‹ Les radesChapitre 18 sur 47 · SYLVES · texte numérisé non relu

SYLVES

La seule Lyre douce L'ennuy dis cœurs repousse.

Et va l'esprit flatant Tte Vescoutant.

Ronsard.

Poésie ! â trésor ! perle de la pensée !

Alfred de Vignt.

Heureux qui, comme Adam, entre les quatre fleuvîs, Sut nommer par leur nom les choses qu'il sut voir, Et de qui l'écriture est un puissant miroir Fidèle à les garder immortellement neuves !

Anatole France.

A MAPTIAL SIMAS.

A la mémoire du poète

Albert Thomas

La morts sont sous la terre et le matin est beau. Comtesse de Xoailles.

POÈTE dont le cœur de mon cœur fut le frère, Plus haut que les répons et le chant funéraire Retentissait en moi ce vers que tu aimais. Et que plus ne diront tes lèvres, plus jamais. Ce vers dont la détresse et la magnificence Te séduisaient par une obscure prescience,

Mon pauvre ami déjà si proche du lombeau :

« Les morts sont sous la terre et le matin est beau ! »

C'était par un matin pareil qu'au cimetière

En silence suivant la route forestière,

Cortège douloureux et lent, nous conduisions

S'ensevelir ton rêve et tes illusions.

Mon Dieu ! Qu'il était beau, ce matin de mai ! Comme

Tu l'aurais aimé, toi, dont chaque vers se nomme

Un cantique à la vie, un hymne vers le ciel !

Et je songeais : o C'est un décor essentiel

Oij la nature à se faire plus belle insiste,

Pour adresser l'adieu suprême à cet artiste »

Mais aussitôt je me révoltais : « Se peut-il

Qu'après avoir été celui qui sait, subtil,

Entrer dans la riante intimité des choses,

Avoir des rendez-vous d'amour avec les roses.

Et réunir en soi les délices épars

Que la terre et le ciel offrent de toutes parts;

Se peut-il qu'un matin, les yeux fermés, inerte,

A l'heure où tout reluit sur la campagne verte,

11 faille s'en aller dormir dans un trou noir

Où c'est fini, soleil, étoiles, de vous voir.

Et que, malgré ce deuil et sans le moindre indice

De remords, la lumière encore resplendisse ? »

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