L'AGE D'OR
Tout s'apaise. Dans l'air flotte un parfum d'adieu. Sur les forêts, les monts, les plaines et les it;rèves, Souriant et léger dans son fin manteau bleu, Descend le soir, pasteur des astres et des rêves. Félicité de l'être et des choses ! La paix Du firmament se mêle à la paix de la terre, Et les hommes enfin soulagés de leur faix, A travers l'infini contemplent le mystère. Tout s'apaise, mais tout s'émeut. Charme éternel De l'embarquement pour Ailleurs à toutes voiles ! Heure divine où l'on pressent, au bord du ciel, La palpitation prochaine des étoiles I
Etoile, entre toutes tes sœurs,
Etoile, à jamais sois bénie !
Ta douceur parmi leurs douceurs Est infinie, Toi qui viens la première au rendez-vous du soir, Etoile de rameur, Etoile de l'espoir !
l30 LES RADES
C'est toi l'or, c'est toi la chimère, C'est toi la fleur de l'idéal Toujours cclose, de brumaire A floréal !
Heureux ceux-là qui, sous la pourpre ou sous la toile, Marchent vers ta clarté tranquillement, Etoile.
Des hommes autrefois connurent l'âge d'or.
C'était le temps heureux des mœurs simples et douces
La vie était paisible et sans effrois encor,
Et la joie adhérait au sol, comme les mousses.
C'était l'âge charmant où l'on ignorait l'or.
Où personne n'était avare ni cupide,
Où plus loyalement entre humains, et plus fort,
La main serrait la main, l'une et l'autre étant vide.
L'âge d'or reviendra quand l'or ne sera plus. Le métal fera place aux fraternels échanges, Et, pour enivrer l'homme en ces siècles élus, Ces vins délicieux de la table des anges, La beauté, la justice et l'amour absolus Jailliront aux pressoirs d'idéales vendanges !