‹ Les radesChapitre 26 sur 47 · LA SYMPHONIE DE L OR · texte numérisé non relu

LA SYMPHONIE DE L OR

Maintenant, aux jardins du ciel Ont fleuri toutes les étoiles ; Vers le seul or essentiel Orientons toutes nos voiles.

C'est l'or, alléluia, c'est l'or !

Poète, dis des vers encor !

Alléluia, c'est l'âge d'or!

S4k<f ^<t yij^ SkL.** S^^t S^ik? Sk^*f ^^** N|k!* V^**

A. Louis Le Cardonnel

Laisse ea toi déborder le grand Dieu qui t'assaille.

Loi;is Le Cardonnel, mon frère, je t'envie. Beau poète mystique et bon prêtre, d'avoir, Sur la hauteur d'Assise avec bonheur gravie. Dressé la tente pour ton rêve et ton espoir Et transplanté la fleur pieuse de ta vie. Quel que soit l'horizon qui s'olTre, on ne peut voir Que reliques des temps merveilleux où vous vîntes Sanctifier la plaine et bénir le coteau. Saint François, sainte Claire, ô figures qu'a peintes Dévotement, sur tant de murailles, Giotto!

A LOUIS LE CAPDONNEL ^ 1 33

C'est un pays où naît dans le cœur, aussitôt

Qu'on est entré, qu'on le contemple, une prière.

C'est la contrée auguste entre toutes. Autant

Qu'aux âges belliqueux, elle reste guerrière

Par l'appareil ancien de lutte revêtant

Ses cités dont chacune est une aventurière,

Au guet, depuis le moyen âge, et qu'on s'attend

A voir ouvrir un teu subit de coulevrines.

Gomme aux jours où François transformait les fourrés

De ronces en massifs de roses purpurines,

Par le simple contact de ses membres sacrés ;

Où, père des lépreux et des pestiférés,

Il baisait, pour l'amour de Jésus, leurs poitrines,

Elle conserve encor son visage fervent

De batailleuse et de croyante, cette terre

Qui mit la même ardeur à sa foi qu'à la guerre.

Aussi le voyageur se demande souvent

Si c'est un château-fort ou quelque monastère

Qu'il voit sur chaque roc ombrien s'élevant.

Dans le pays que Dante appelle « Hôtellerie

De Douleur», elle fut, comme elle est maintenant,

L'hôtellerie évangélique où tout venant

Mieux que partout ailleurs médite, songe et prie,

La fraîcheur, l'allégresse et la grâce émanant

De ce délice qu'est la poétique Ombrie.

l34 LES RADES

Quand tu fuyais cela qui n'est pas éternel,

A tâtons, en cherchant encor la droite voie,

Sans doute as-tu vécu, Louis Le Cardonnel,

Hors de l'Amour Unique et de la seule joi^.

Poète cependant qui regardais au ciel !

Je t'imagine t'en faisant, le soir, reproche,

Quand, lassé de Paris et du Quartier Latin,

Et des cafés et des cénacles où ricoche

Sur uii grossier propos un propos byzantin,

Tu te disais : « Seigneur, que votre jour soit proche !

Il est venu. La paix dans le cœur, tu t'assieds

Au bord d'une terrasse où, sur ton front, la brise

Fait palpiter des vols d'anges ; et sous tes pieds,

L'admirable vallée ombrienne précise

Les sites où jadis, pâles, extasiés,

Apôtres de la Galilée italienne,

Les douze premiers fils de François, en prêchant

La douceur et l'amour qui sont la foi chrétienne.

Subitement tombaient à genoux dans un champ.

Pour avoir aperçu le Christ près d'eux marchant.

Ah ! quelle destinée est à présent la tienne ! Poète et prêtre, vivre ainsi dans la cité Où saint François semble à travers les temps resté, Tant l'air qu'on y respire est pur, tant elle fleure Comme une véritable odeur de sainteté;

A LOUIS LE CARDONNËL l35

Tout le jour, sans quitter le seuil de sa demeure,

A la lumière sur les monts connaître l'heure,

S'abandonner à la noUra madré terra,

A ses clartés, à ses odeurs, à ses eaux vives

Que tant le Séraphin d'Assise savoura,

Ml, sachant d'où l'on vient ainsi qu'où l'on ira,

Mettre son àme en des strophes contemplatives

Où la foi coule comme un tîeuve entre ses rives !

Telle se rythme dans Assise, sans émoi, Ta simple, calme, pure vie; et c'est pourquoi, De tout mon cœur blasé, mélancolique, moi Dont l'existence au mal n'est pas encor ravie, Louis Le Cardonnel, mon frère, je t'envie.

Page 1