‹ Les radesChapitre 29 sur 47 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Il part... La morphine le suit, l'enchanteresse... Alors, pour qu'il renaisse et qu'il se reconnaisse, Ce poète meurtri que Paris exilait, Le bon curé sermonne un 'peu ; la chanoinessc Dit son avis ; Jeanne offre une tasse de lait.

Il aime Jeanne, la lectrice, et Jeanne l'aime. Mais leur amour aura le dénouement suprême, Car le marquis, à l'heure où nait un Keruzel, Se fait une piqûre au cœur ! Triste baptême : Pour carillons, des glas assombrissant le ciel !

« Croyant en Dieu, fidèle au roi, docile aux prêtres », Comme Jeanne, « malgré les lâches et les traîtres », Il a fait un signe de croix en étouffant. « Que le bon Dieu lui soit clément » ! Que ses ancêtres Accueillent au séjour céleste leur enfant !

Vous sourirez à voir Jeanne heureuse, très fière

De son rôle, jeter l'aiguille meurtrière

A la fontaine ; mais vous tremblerez de peur

Devant le tragique épisode au cimetière.

Et vous serez, ce soir, tous conquis par l'auteur.

28 Novembre 1909

AMI, voici le douloureux anniversaire.

Je pleure et je revis les deuils, ceux d'autrefois, D'iiier et de toujours... hélas ! ta triple croix ! Et mon cœur fraternel contre ton cœur se serre.

Ta Gabrielle que la mort prit la première, L'aînée ; ensuite ta Simone dont la voix Plus douce que le chant d'un rossignol au bois, Si gentiment t'appelait o son petit grand-père ; »

Ta Jeanne enfin, « si brave ! » Ah ! puisse ton demain S'apaiser et, si tu le peux, prends le chemin Qui mène aux oasis où la douleur s'allège :

Du paradis — suave, harmonieux cortège — Tes deux filles tenant leur nièce par la main, Gabrielle, Simone et Jeanne te protègent !

28 novembre 1^12.

^P^^ /\àf^ \ Vi^jh^ .^' và:T^^>ra»'^j

Chant Royal en l'honneur

de Louis Tiercelin ('

Le^ Asphodèles, L'Oasis, tes premiers vers, Et ce chef-d'œuvre, La Chanson des Vieilles Choses, Les derniers : quarante ans que tu as tous offerts Au Rêve, à la Beauté, fleurs sous tes pas écloses ! Paris t'avait fêté, lorsqu'un soir l'air natal T'effleura, comme ton Reruzel que le mal De Bretagne avait pris. De l'Isole à la Rance, De Vannes à Tréguer, comme une prescience Fit deviner ton œuvre et, d'un fervent essor. Cet unanime cri monta dans le silence : Gloire à Toi, Prince des poètes de l'Armor !

(i) Dit à Kera^iir^ en Paramé, le /*'" Septembre igi 2.

146 LES PADES

Bretaigne est Poésie ! Ah ! que nous étions fiers

De ces mots précurseurs de destins grandioses,

Nous poètes qu'autour de Toi, sous les cieux clairs,

L'amour des vers groupait et le dédain des proses.

Bretaigne est Poésie ! A l'appel triomphal

Nous accourions 'avec un respect filial ;

O la lyrique et magnifique effervescence

Par quoi fleurit chez nous une autre Renaissance !

Arthur ressuscitant pour Toi sonna du cor.

Et le son merveilleux emplit l'espace immense :

Gloire à Toi, Prince des poètes de l'Armor !

Le Parnasse, UHermine, harmonieux concerts,

Toi pour chef, virtuose entre les virtuoses.

Cet heureux temps revit : il n'y a pas d'hiers !

Nous sommes jeunes, gais, dispos, jamais moroses,

Et nous appareillons loin du ?nonde banal

Pour fuir au radieux pays de l'Idéal

Où les Etoiles nous attendent. L'Espérance

Est en nous ; les bourgeois, forts de leur importance,

Sont aux aguets ; contre eux nous sommes tous d'accord

Pour clamer notre amour, notre reconnaissance :

Gloire à Toi, Prince des poètes de l'Armor !

C'est dans Brocélyandc, un soir de printemps. Vers La roche sous laquelle, ô Merlin, tu reposes, Ils s'en viennent des bois, des landes et des mers. Par ce soir bleu propice à des apothéoses.

CHANT ROYAL EN l'hONNEUR DE LOUIS TIERCELIN I47

Tous les Celles fameux de tous les temps ; féal

D'Arthur, Gauvain ; Gwench'lan, Taliesinn sans rivai.

De la Villemarqué, Luzel ; et l'assistance

Voit l'Enchanteur t'otiYir, en signe d'allégeance,

Sa harpe suspendue aux quatre chaînes d'or !

Et Viviane, la fée apriline, lance :

Gloire à Toi, Prince des poètes de l'Armor !

Le Vieux Roi na plus sa petite reine... Hivers,

Vous avez dévasté Kerazur : ses doigts roses

Ne cueillent plus de fleurs aux pieds des arbres verts,

Mais elle cueille au Paradis toutes les roses !

En Irlande chantait un barde. Sort fatal,

La Saverne grossit ses eaux ; le barde, égal

Aux ondes, sur le toit chante sans défaillance,

Et sa harpe résonne avec plus de puissance ;

Et ce barde, c'est Toi, car tu chantes encor

Au-dessus de ton deuil, de toute ta souffrance :

Gloire à Toi, Prince des poètes de l'Armor !

ENVOI Brizeux et vous, rimeurs de Bretaigne et de France, Louez sa foi dans l'art, sa constante vaillance. Et ce patriotique et magnanime effort Pour grandir son Pays : toute son existence I Gloire à Toi, Prince des poètes de l'Armor !

A la chère mémoire de mon maître Louis Tiercelin

2 Juin 1915

'Beali qui Jugent, quoniam ipii consolabuntur.

Matth. V. ).

Lcuis, mon maître et mon ami, la brusque mort Fut pour moi comme un coup de poignard, et je saigne. Avec toi disparaii ma jeunesse : Bretaigne Est Poésie au fond de notre passé dort.

Ah ! de quel magnifique et traternel essor Nous emportait l'amour des vers, à ton enseigne !... Puis les temps sont venus que la douleur te ceigne. L'Ère Bretonne est close, ainsi le veut le sort.

A LA CHEKE MEMOIPF. DE LOTIS TIERCELIN I49

Le « Vieux Roi » tend les bras à sa « Petite Reine » Dans son jardin de Kera^ur, au ciel ! Le îhrène S'apaise : le poêle est enfin consolé.

Et, dans l'éiernité bienheureuse de l'heure,

S'émerveille de percevoir l'Irrévélé...

Mais toute la Bretagne inconsolable pleure.

20 juin I giS.

Lucile de Chateaubriand

Tout lui était souci, chagrin, blessure ; ...elle n^était quune solitaire avantagé; de beauté, de génie et de malheur.

(Mémoires d'Outre-Tombe.

A Charles Le Goffic.

LuciLE de Chateaubriand, Ame douloureuse et si blanche.

Toujours pleurant, toujours priant, Sur vous mon vers se penche.

(i) Dit sur le Grand Bey, le 7 août i8g8, aux fêtes du cinquantenaire des funérailles de Chateaubriand.

Vagues et beaux, d'un bleu de lin.

Vos tendres yeux élégiaques Fleurirent un soir, au déclin Du siècle de Jean-Jacques.

Pareille à la lune parmi Le léger voile qui la gaze, On ne vous perçoit qu'à demi, Lucile, soutfle, extase,

Pâle aurore, timide éveil, Vacillante et faible lumière Dans le grand lever de soleil Où monta votre frère !

Vos traits sont incertains et flous, Mais parce qu'elle reste obscure, Elle appelle du rêve en nous, Votre grave figure !

A Combourg, sur le noir château seigneurial Régne un maître hautain, taciturne, farouche, Personnage attardé d'un vieil armoriai Qui, de l'aurore à l'heure oij le soleil se couche, S'enferme en son logis et n'ouvre pas la bouche.

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