LUCILE DE CHATEAUBRIAND I
Devant ce dur vieillard dont le silence point,
Bonne, mais n'ayant pas la science divine
Qui doit faire, plus tard, aux vergers de Saint-Point,
Eclore comme un lys l'âme d'un Lamartine,
La châtelaine avec grande tYayeur s'incline.
Le second de leurs fils. Monsieur le Chevalier Montre comme son père une humeur importune C'est un enfant bizarre, un sauvage écolier Aux Ordres destiné selon la loi commune Qui veut que soit d'Eglise un cadet sans fortune.
Seule dans la maison, Lucile a deviné, Irritable elle aussi, singulière, indocile. Quel signe de génie est au front de René, Quel rêve impérieux hors de Combourg l'exile, Et son cœur est au cœur de son frère un asile.
Comme on pressent l'orage en marche aux soirs d'été, — Quand des éclairs lointains tremblent sur une cime,- Aux furieux élans dont son frère emporté Vers on ne sait quel ciel ou quel enfer s'abîme, Lucile voit venir l'aventure sublime.
l54 LES RADES
Visionnaire ardente au vol impétueux, Avec lui, dans le frais jardin des Louisianes Elle va, tandis que bondissent devant eux. Le long des fleuves, sur les lacs, sous les lianes, Leurs grands désirs en fraternelles caravanes.
Combourg, pays jadis riant, Solitudes, châtaigneraies Où Monsieur de Chateaubriand Abattait les orfraies ;
Voûte du mail silencieux Où tombaient, aux chaudes soirées, Lucile et René, de vos yeux, Des larmes ignorées ;
Lac tranquille vers qui, le soir, Les légendaires hirondelles Quittant les tours du vieux manoir, Volaient à tire d'ailes ;
Grands paysages familiers Qu'aima leur ombrageuse enfance, Racontez-nous ces écoliers A qui tout fait offense !