‹ Les radesChapitre 31 sur 47 · LUCILE DE CHATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

LUCILE DE CHATEAUBRIAND

Lieux augustes où, tant de fois S'unirent leurs mains fraternelles, Rendez-nous le son de leurs voix, L'éclair de leurs prunelles,

Le jour qu'un sang tumultueux Monta dans leur gorge oppressée, Et qu'ils eurent, tremblants tous deux, La peur de leur pensée 1

Bois, lac, château, dites encor S'il est vrai que, sous les ténèbres De ses cheveux, dans le décor Des tins de jour funèbres,

Figure grave aux yeux si beaux, Lucile évoquait ce Génie Dont s'accoude sur les tombeaux La pensive insomnie r

Et quel couple prodigieux Devait faire, à la nuit qui tombe, Cet aigle impatient des cieux Avec cette colombe !

l56 LES RADES

Aux rêves communs des soirs de Combourg Ne s'est pas ouverte une même porte :

Le frère en vécut, la sœur en est morte. Mais nous les aimons d'un égal amour.

L'un fut le Poète et l'autre la Muse!

Sa tâche finie, elle s'en alla Par un soir de lune ainsi qu'Atala, Ame ardente à qui le corps se refuse.

Elle avait, d'un cœur trop passionné.

Sentant que ses jours seraient éphémères, Tendu sa jeunesse à trop de chimères : Lucile mourut du mal de René.

Mais ce fut en paix que partit son âme, Ayant jusqu'au bout fait sa mission; Elle avait été l'Inspiration, Elle avait transmis au flambeau la flamme.

Hélas ! Celle qui fut la grâce et la douceur, La souffrance et l'amour, le rêve et l'harmonie. Celle qui fut pour toi, René, le bon génie, La compagne admirable et l'adorable sœur, Tu n'as pu la pleurer à son dernier asile : Nous n'irons pas porter des fleurs à ta Lucile I

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