LUCILE DE CHAI EAUBPI AND
Vicomte de Chateaubriand,
Ministre, ambassadeur, grand homme,
Toi qui voulais en Orient
Dormir ton dernier somme,
Et, loin de la rumeur que font Les mondes, là-bas, dans l'Attique, Superbement t'étendre au fond D'un sarcophage antique ;
Toi qui, plus tard, suprême orgueil Auquel condescendit ta Ville, A la mer imposais ton deuil, Prenant pour tombe une ile,
As-tu vraiment, de tout ton cœur, Sans que ce dessein t'importune, Cherché les restes de ta sœur Dans la fosse commune ?
Ah ! mieux qu'entre des marbres tins.
Qu'en un cercueil de bois de rose, Pâle, grave, ses yeux divins Fermés, elle repose
l58 LES RADES
Sous VOS portiques clairs et beaux Que tant de lumière surplombe, Tombeau roi de tous les tombeaux, Mémoires d' Outre-Tombe !
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A Olivier de Gourcuff
26 octobre i853.
OLIVIER de Gourcuft, le soleil et la brume; L'arbre cher à Palias et le chêrte d'Armor; Ton œuvre, c'est ton nom : universel effort Où s'unissent vigueur et grâce sous ta plume.
Je sais que ne fut pas exempte d'amertume Ta vie, et qu'il fallut lutter contre le sort. Hélas ! ton insomnie est du labeur encor : La lampe intérieure au tront pensif s'allume.
l60 LES RADES
Ami, bon ouvrier du verbe, jamais las
De lire, de songer, d'écrire, les lilas
Sont flétris, il est vrai, mais ce soixanienaire
Te rajeunit et ta « musette » a plus d'un son. Et je forme ce vœu que ton petit garçon Fasse vivre les plus beaux rêves de son père !
26 octobre igi3.
Balzac aux Jardies
Ce ne sont pas des romans comme on iavatt entendu avant lui, que les livres impéri' sables de ce grand critique.
George Sand.
Jou( ses livres ne forment quun livre, livre vivant, lumineux, profond, ou l'on voit aller et venir et marcher et se mouvoir, avec je ne saii quoi d'fffaré et de terrible mêlé au réel, toute notre civiliiation contemporaine. Victor Hugo.
A Saint André de Li^nereux.
DOUX ermitage des Jardies, Clair vallon de Ville-d'Avray A Balzac, au temps des dandies.
Plaisait ton décor simple et vrai.
(i) Dit aux Jardies le ig août i^oo.
Tu fus le délicat royaume Où le robuste travailleur, Pareil à quelque dieu qui chôme, Se reposait prés de la fleur.
Tu fus, qtiand il cessait d'écrire, La petite maison des champs Dont la fraîcheur et le sourire Et les beaux ombrages penchants.
Et la paix bonne à qui s'y fie Faisaient taire en lui, pour un soir, Tous les tumultes de la vie Et le conviaient à l'espoir.
Tu fus l'oasis et l'étape Où, joyeusement, il s'assied, Et pendant une heure s*échappe De la geôle du romancier.
Lorsque grondait l'idée en marche Dans son front grand comme le ciel, — Ainsi qu'un fleuve autour d'une arche Roule son flot torrentiel, —
BALZAC AUX JAPDIES 1 63
Qui sait si l'allée où nous sommes, Quelquefois ne l'entendit pas Envier, lui. l'enfanteur d'hommes, La tranquillité des lilas ?
Car nul ne saura jamais comme Il essaya de se leurrer Sur la tristesse d'être un Homme, Et se défendit d'en pleurer.
Vallon riant au pur visage, Peut-être t'aima-t-il aussi De garder dans ton paysage La grande ville à sa merci ?
Quand il montait sur la colline Qui protège l'humble maison, Là-bas, jusqu'où le ciel s'incline Fumait Paris à l'horizon.
Après le Lys dans la vallée C'était, au delà du coteau, La vaste aventure appelée Vautrin, Gobseck ou Birotteau :
Celte cuve de vie ardente, Pleine de sanglots et de cris, Nouveau cercle d'un nouveau Dante, Foiie^ amour et mort, Paris !
Spectacle énorme, chaotique, De la ville se déroulant En frontispice romantique.
Et Notre-Dame au dernier plan.
Face à face avec la bataille, Je m'imagine là Balzac, Devant un spectacle à sa taille, Trouvant le cri de Rastignac !
Banlieue en fleurs, nid vert d'idylles Dont Théocriie aurait chanté Les touchantes amours fragiles Qui durent à peine un été ;
Où, comme autrelois les lorettes, Les midinettes d'aujourd'hui Viennent cueillir des pâquerettes Dès que l'aube d'avril a lui,