UN SOIB, DEVANT L\ TOUR EIFFEL
Paris nocturne ainsi captant nos yeux, déjà Montait en nous toute l'émotion moderne, Lorsque, par votre voix, brusquement tout changea, Ainsi qu'un rêve avec un autre rêve alterne.
L'ambiance, malgré la Tour et le Métro,
A votre fantaisie avait paru propice,
Et, sur l'espace vous penchant, comme un héraut,
— Ces quatre vers latins, si beaux qu'au frontispice
D'un livre j'ai voulu que l'on apprît par eux Mon amour pour Virgile et pour son Italie, — Voilà que je vous écoutais, poète heureux, Les dire d'une voix d'enthousiasme emplie 1
Italiam!... Italiam!... Secret lien, Ce soir-là, de votre âme à celle de Virgile : Ah 1 tout entière prise au vers virgilien, Comme vous en faisiez frissonner le dactyle !
De sorte qu'au tréfonds des âges, mieux encor, J'entendais les Troyens et le pieux Enée, Debout, la rame à la dérive au long du bord, Saluer la patrie à leurs fils destinée.
34 LES BADES
Je n'oublierai jamais ce soir où vous m'avez, Lorsque nous opprimait l'émotion moderne, D'une voix grave et pure et les bras haut levés, Libéré de ce monde odieux qui nous cerne ;
Ce soir parisien changé pour un instant, Au balcon qui, par vous, devenait un portique. En un soir sur la mer Ionienne, tant Vibrait dans votre accent l'émotion antique.
Logis Breton
La vie butnhle aux travaux ennuyeux et faciles Est une œuvre de choix qui veut beaucoup d'amour. Paul Verlaine.
A Mathilde Rabuan-Tourneux.
AU milieu d'une ville épiscopale, près D'une très vieille et très auguste cathédrale Dont les clochers, pareils à des gestes de paix. Font s'élever la terre au ciel par leur spirale ;
C'est, à l'ombre pieuse et calme de couvents, D'où s'envolent parfois dans une sonnerie Que sur la mer voisine éparpillent les vents, Prières ou cantique à la Vierge Marie ;
C'est, blotti sous le plus riant manteau de fleurs Elançant à l'envi leurs fraîches escalades, Et qui, pistils mutins et pétales frôleurs, Disent bonjour par la fenêtre en camarades ;
C'est, grand comme un palais et c'est, chaud comme un nid. D'accueil compatissant à l'âme qui s'exalte, Un antique logis breton tout en granit, Où l'on rêve de faire une suprême halte.
Ah ! la maison tentante et qu'il y serait bon
De s'asseoir pour n'en plus sortir, de se complaire
A la vie humble, quand on fut le vagabond
Sur de mauvais chemins de nuit, vers la chimère.
Voyageur inquiet et triste, la voici, La maison du bonheur et la maison du rêve : Et, ta poussière au seuil secouée, entres-y. Pour que la vie, enfin, te fasse longue trêve.
Si ton front est pâli, ton esprit abattu. C'est pour t'être écouté penser, regardé vivre ; Or ce n'est pas ainsi qu'il faut vivre et, vois-tu, Ce dessein-là n'est pas celui qu'il faut poursuivre.