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CHAPITRE LUI

Josepii-Isidore-Casimir de Rafélis, marquis de Rognes,

Chevalier de Malthe, major des vaisseaux du roi.

^f^oseph-Isidore-Casimir, fut le troisième et avanies'ML dernier marquis de Rognes, il fut le deuxième fils lyjji? de Nicolas de Rognes, et frère du précédent. Il fut chevalier non profès de Tordre de Saint- Jean de Jérusalem, et major des vaisseaux du roi. Son nom paraît plusieurs fois dans les archives de Rognes, dans des actes où il est question de droits féodaux.

En i?9i, aux événements de Toulon, il signe encore une protestation faite par les officiers des vaisseaux de la marine royale en faveur de MM. d'Albert de Rioms et de Rafélis de Rroves, emprisonnés par les insurgés de la ville de Toulon. Il fut avec sa sœur Pauline-Françoise- Félicité, héritier de la fortune de sa tante de Fos-Amphoux, fortune très considérable.

Pauline de Rognes resta selon toute apparence célibataire, et vécut, dit-on, jusqu'en 1824, après avoir traversé, non sans risques, les tristes événements delà Révolution. J'ai lu dans un papier, sans date et sans signature, que « Françoise-Félicité-Pauline de Rognes possédait une pièce

d'or romaine, qui avait fait partie d'un petit trésor découvert par un paysan, dans le terroir de Rognes. Ce trésor contenu dans une boite de plomb, se composait de quatrevingts pièces d1or,qui avaient chacune une valeur de vingt francs, et qui portaient, d'un côté F image de Jupiter tonnant, avec cette légende Jupiter eus tos, et de l'autre côté l'effigie de l'empereur Néron, avec cette légende: Nero Cœsar Augustus.

1785. Françoise-Louise-Gabrielle- Albert du Chêne de Fos Amphoux, lègue à Françoise-Félicité-Pauline de Rafélis de Rognes, sa cousine, ses livres et ses bijoux, où qu'ils soient. Comme sa petite nièce, Yictorine Rafélis de Rognes a beaucoup de biens, elle lui lègue, seulement comme souvenir d'elle, une bague de cent louis, qui lui sera donnée à son mariage, ou à ses vingt-cinq ans. Elle institue héritier universel, Joseph- Antoine-Isidore-Casimir de Rafélis de Rognes, chevalier de Malthe, son cousin, pour jouir et disposer de ses biens, à son plaisir et volonté. La testatrice casse, révoque et annulle tout autre testament et tous autres codiciles. »

Au moment de la révolution, c'est-à-dire en 1791, le chevalier de Rognes suivit l'exemple de la plupart de ceux de la noblesse ; il émigra. Ayant appris les décrets de la Convention nationale, qui confisquaient les biens des émigrés, il essaya de prévenir les fâcheuses conséquences de son émigration, en se faisant délivrer par le Grand Maître de Malthe, le certificat suivant :

« Nous, Eugène-Olivier-François de Seytre de Caumont, chargé des affaires de France en l'isle de Malthe, certifions que Joseph-Antoine-Isidore de Rafélis de Rognes, major de vaisseau au service de la France, chevalier de Saint- Jean de Jérusalem, arrivé le 14 février 1791, en vertu d'un congé, pour faire ses caravanes, n'a cessé depuis cette époque d'y faire son service et sa résidence.

« En témoignage de quoi, nous lui avons signé ces pré-

sentes, contresignées par nous chancelier, et y avons apposé le sceau royal de cette chancellerie . « Fait à Malthe, le 26 septembre 1792.

« Signé, Seytre Gaumont. » (1).

Mais ce certificat ne produisit pas l'effet qu'on en attendait ; car Pauline de Rognes, sœur de l'émigré, écrivit le 10 février 1^93, la courageuse lettre suivante.

« Au citoj'en administrateur du département du Var. « Citoyen.

« J'apprends, dans ce moment, que l'avis que vous avez envoyé au département, au sujet de l'émigration de mon frère, le chevalier de Rafélis, ne lui est point favorable, parce que son certificat n'est pas signé par des témoins français.

(( Je vous représente que l'ordre de Malthe a été décrété étranger, et que par conséquent, il n'est pas soumis aux formalités, que nous observons en France dans ce moment-ci. D'ailleurs, il n'y a pas assez longtemps qu'on a déclaré cette loi, pour qu'elle ait pu être sitôt connue à Malthe, et pour que les certificats aient pu arriver revêtus de toutes les formalités nécessaires.

« Je réitère ma demande, pour qu'on veuille bien accorder quelque délai, pour la vente des meubles du chevalier Rafélis, jusqu'à ce qu'il ait été mis en mesure de présenter des certificats en bonne et due l'orme.

« Gomme dans plusieurs départements on n'a pas observé cette loi, il est juste que dans toute la République on agisse d'une manière uniforme. Si l'on change de Lois si souvent, je crois que mon frère, qui est à trois cents lieues d'ici, n'est pas tenu de les savoir.

« Ne fusse (pie quinze jours, je vous Bupplie d'attendre

(1) Archives du Var, dossier des émigrés.

une réponse, et de vouloir bien retarder les enchères jusques au i5 juin, et je crois qu'alors nous aurons un certificat conforme à l'autre, et revêtu des formalités nécessaires.

« J'espère tout de votre équité et de votre justice.

« Signé, Pauline Rafélis.

« Aix, 10 février 1^93, an n de la République. » (i).

Mademoiselle de Rognes n'eut pas le bonheur de réussir dans ces démarches ; les biens de son frère furent mis en vente, ces biens étaient considérables.

« Agence des domaines à Barjols. Le receveur des domaines certifie que la somme reçue sur les revenus des biens de l'émigré Casimir Raphélis, s'élève à vingt-deux mille deux cent cinquante-deux livres, d'où il convient d'enlever mille huit cent cinquante-sept livres de dépenses. En conséquence, nous avons versé vingt-mille trois cent quarante-cinq livres, dans la caisse du district de

Barjols.

« Signé, Piiilipp.

« Barjols, 17 frimaire, an 3 de la République Française, une et indivisible. » (2).

Réclamation faite sur les biens de V émigré Casimir Raphélis .

i°. Pour être allé le 18 février 1^92, réparer le toit du château de Fos, moi et mon fils, et pour avoir fait une journée la semaine d'après 3 fr. 00

20. Pour être revenus abattre les créneaux • de la tour et la couvrir 8 00

3°. Pour être revenus réparer le toit du pavillon 8 00

4°. Pour être revenus le 26 juin 4 °°

5°. Pour avoir réparé la bergerie 2 00

Total 25 fr. 00

Signé, Joseph Aquès, maçon. (3).

(1) Archives du Var, dossier des Rafélis.

(2) Archives du Var. Ibid.

(3) Archives du Var. Ibid.

Voici les considérants de l'arrêt, en vertu duquel furent repoussées les réclamations de Pauline de Rognes, en faveur de son frère.

« Le conseil d'administration en permanence, après avoir ouï le procureur général syndic, considérant que l'Ile de Malthe étant pays étranger, le sieur Rafélis, pour y être naturalisé, devrait y avoir résidé depuis avant le Ier juillet 1789. Considérant qu'il n'a pas joint à sa pétition, le congé qu'il prétend lui avoir été accordé, et que d'ailleurs un congé ne saurait être considéré comme une mission qui intéresse la République. Considérant que le sieur Rafélis n'a pas de certificat de résidence en France, puisqu'il en est absent depuis le i5 septembre 1791.

(( En conséquence le district de Barjols est invité à procéder à la vente des biens du susdit émigré. » (1).

Pauline de Rognes ne réussit qu'à se faire rendre quelques bijoux et quelques livres, dont la nomenclature existe au dépôt des archives du Var. Elle réclama ces objets, en faisant valoir les termes du testament de sa cousine Gabrielle de Fos-Amphoux. Elle eut même le désagrément de voir ses propres revenus confondus et saisis avec ceux de son frère.

« La citoyenne Pauline Rafélis vous représente que la récolte de sa campagne de Bazcgan, ayant été portée, comme d'usage, dans les greniers du chevalier Rafélis, son frère, elle demande que cette récolte demeure dans le même grenier, jusqu'à ce qu'il lui soit loisible d'en disposer à sa volonté. » (2).

« Citoyen administrateur,

« Par le testament de ma cousine d'Albert de FoS- Amphoux, du i5 mars 1785, elle m'a légué Les Livresque

(1) Archives du Var.

('2) Archives du Var.

je voudrais choisir dans sa bibliothèque. Je demande donc la moitié des livres et ouvrages complets, qui sont dans la bibliothèque, en outre tous ceux qui sont sur les tablettes d'un cabinet, qui est au rez-de-chaussée, à moi appartenant.

« J'espère tout de votre justice et de mon bon droit, et je suis certaine que vous voudrez bien m'accorder mes justes demandes.

« Signé, Pauline Rafélis. » (i).

Tous les biens de Casimir de Rognes ne furent pas vendus, puisqu'en 1801, il put en arrêter la vente, et réclamer la restitution de ceux qui n'avaient pas encore été aliénés.

« Citoyen préfet,

« Le citoyen Antoine-Casimir Rafélis de Rognes, ayant obtenu son certificat d'amnistie, demande de jouir du bénéfice de l'article 2 dudit acte d'amnistie.

u II vous prie en conséquence de vouloir bien ordonner la main levée du séquestre, qui a été apposé, sur ceux de ses biens qui n'ont pas encore été vendus ni exceptés par l'article 17 du senatus-consulte du 6 floréal, an 10.

(( Signé Rafélis. (2).

« Brignoles, le 16 messidor, an 10, (16 août 180 1). »

Casimir de Rognes vécut encore un certain nombre d'années, après la chute de la République. L'ordre de Malthe n'existait plus, et n'étant pas d'ailleurs chevalier profès, il se maria, mais nous ne savons pas quelle alliance il contracta. Nous savons seulement qu'il eut un fils, mais ce fils mourut jeune ; il mourut vers i83o. Nous ignorons si ce jeune homme porta le titre de marquis de Rognes ; il en avait le droit, puisqu'il était

(1) Archives du Var.

(2) Archives du Var.

le dernier membre vivant de eettc famille, dont les deux derniers rameaux ont été desséchés, l'un par les procès et par la folle dépense, l'autre par l'erreur fatale de l'émigration.

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