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CHAPITRE LV

Charles-François, vicomte de Rafélis de Broyés,

Enseigne de vaisseau, Inspecteur Général des Postes, Chevalier du Lys.

é à Anduzc, en Languedoc, Tan i;^3, Gharles- 7-lt téJ / François, fut le lils de Jean-François de lh'<>\ i ■-. * JL^I député aux Etats Généraux de i ;!»•>. et Le frère de Joseph-Barthélémy, contre amiral honoraire. Il (il son éducation à Alais, à l'école de marines qui existait alors dans cette ville, et il entra de bonne heure dans l'armée navale, à peine âgé de i5 ans. En 17S!). au mois de novembre, il se trouvait sur mer. Joseph-Barthélémy écrivait en effet dans une lettre citée plus haut : m Le chevalier Charles est encore sur mer; je l'attends tous les jours. » Il servit comme élève de marine, sur plusieurs bâtiments de l'Etat, ainsi que le prouve un certificat qui lui fut délivré le « premier jour complémentaire de fructidor, de l'an 7 de la République Une, el Indivisible (Septembre

1799). Je m'empresse de vous faire passer par votre

lettre du 18 fructidor (sic) un certificat du commissaire du

bureau des armements, au port de Toulon, constatant que

vous avez servi sur les corvettes la Belette, et le Rossignol,svLr le brik Y Aurore; quant kY Eclair %s\xv lequel vous avez aussi été embarqué, les rôles de ce bateau ne sont pas dans ce port. » (i).

Il fut également embarqué en qualité d'élève de ire classe sur un vaisseau du roi, du 16 avril 1^91 au i5 juillet de la même année. Du i5 juillet au 5 octobre suivant, il servit, avec le grade d'enseigne de vaisseau, sur la frégate la Galathée. Charles-François n'a jamais servi sous les ordres de son oncle, mort depuis six ans, lorsqu'il entra dans la marine ; mais il a pu servir à côté de son frère Joseph-Barthélémy, ou sous les ordres des amis de son frère, qui était déjà officier supérieur dans l'armée navale.

De suite après les tristes journées d'octobre, dans lesquelles la famille royale, après avoir, avec peine, échappé à la mort, fut emmenée prisonnière aux Tuileries, Charles-François fut appelé à Paris par son père, député à l'Assemblée Nationale. L'on voulait entourer la personne du roi de gentilshommes, d'une fidélité à toute épreuve.

M. de Broves offrit ses deux fils au roi, et il fut convenu que le jeune Charles-François, alors âgé de dix-huit ans, serait incorporé dans les gardes du corps, compagnie d'élite, qui fut licenciée, puis rétablie trois fois depuis les événements de 1^89, « Appelé à Paris, par mon père, dès le retour du roi à Paris, j'obtins un congé, et j'entrai dans les gardes du roi, au moment de leur troisième formation. J étais aux Tuileries à la journée du io août 1792, où j'eus le malheur de perdre mon père. M'étant rendu en Angleterre, pour aller de suite rejoindre l'armée des princes, j'appris son licenciement, et ne vis plus d'autres ressources, que de rentrer dans ma patrie, où j'ai servi depuis cette époque, dans diverses administrations, et notoirement dans celle des postes, où j'ai obtenu des places distinguées, telles que celle de directeur en chef des postes de

(1) Archives de la marine.

l'armée française en Italie, et celle d'inspecteur général

de la division de la Hante-Vienne, en résidence à Limoges. »(i).

Charles-François ne dit pas, dans cette Lettre, qu'an 10 août ij9i, en combattant auprès de son père, il fut grièvement blessé à la tête, et qu'on fut obligé de Le tr< paner pour lui sauver la vie.

Après sa courte émigration, étanl rentré en France, il prit le parti le plus sage ; suivant l'exemple du plus grand nombre de gentilshommes français, il entra dans Les armées du premier consul Napoléon. Simple soldat dans un régiment de chasseurs à cheval, il parvint bientôt an grade d'officier, et se fît estimer de ses chefs, par son courage et son esprit militaire. Sa santé délabrée par Les fatigues de la vie des camps, l'obligea de renoncer à la carrière glorieuse des armes ; ses bons états de service Le firent immédiatement admettre dans l'administration des postes. Il fut envoyé comme commis des postes à L'armée française de Hollande, en i8o3; et fut, la même année, nommé directeur divisionnaire. L'Italie ayant été réunie à la France, il fut envoyé à Milan, comme directeur en chef. Dans cet emploi très considérable, il eut L'avantage d entrer en relation, avec les principaux personnages de L'administration française en Italie, et notamment avec M. Forestier, qui fut ministre de la marine en l8i5, et avec M. le comte de Lavalette, qui fut ministre des postes en i8o9.

Fatigué par un travail incessant de jour et de nuit, sa santé L'obligea de nouveau à quitter Milan. Il eut

de i8o5 à 180Ï), un emploi, dans les postes. à Paris. C'est là <pie nous le trouvons en (807, avec son frère Joseph-Barthélémy ; ils habitaient ensemble ; Charles, plus jeune, plus content de son sort, pins confiant en L'avenir, pour tout dire en un mot, pins heureux (pie son frère aîné, allait dans le monde, et prenait sa part des agréments et des

(1) Lettre au ministre de la marine, archives de la marine.

3oO UNE FAMILLE DE PROVENCE

distractions que procure la capitale à ceux qui l'habitent. Il cherchait à entraîner son frère dans le mouvement parisien, afin de le forcer à se distraire, à oublier ses années d'infortunes, à concevoir un meilleur espoir dans l'avenir ; peut-être même poussait-il son aîné à faire auprès de Napoléon des démarches, qui auraient eu, peut-être, pour résultat, de déterminer les ministres de l'empereur à l'inscrire sur les rôles de la marine impériale : mais il n'y réussit jamais. Esclave de ce qu'il regardait comme son devoir, mal habile à dissimuler son ardente foi royaliste, héroïquement fidèle à lui-même, et dominé par ses regrets, par sa tristesse, mon grand-père s'isolait en lui-même. J'en trouve la preuve dans quelques phrases d'une lettre qu'il écrivait alors de Paris, à celle qui devait être un jour sa femme. « Mon frère, dit-il, est répandu en des sociétés, au milieu desquelles il ne me convient pas d'aller ; je préfère demeurer seul pendant la soirée ; et j'ai, pour toute compagne, la douce espérance. »

En i8o9, Charles fut nommé inspecteur des postes des quatre départements de la Creuse, de la Corrèze, de l'Indre et de la Haute-Vienne. Il remplaçait, dans ce poste, le marquis de Lombard, qui devint plus tard son grandoncle, car il épousa la même année, en i8o9, la petite nièce du marquis de Lombard, Mme Louise-Elisabeth Augareau de la Branche, fille de Florentin Augareau de la Branche, et de Marie-Joséphine de Quinquerez. Cette famille portait d'azur à une branche d'or. Mme de Broves fut une personne admirable, qui, de très bonne heure veuve, sut avoir l'énergie nécessaire pour élever une famille de cinq enfants, orphelins en bas âge. Une bonne amitié régna toujours entre elle et Mme la comtesse de Broves, ma grand'mère ; elle eut jusqu'au bout un grand attachement pour son neveu Louis de Broves, mon père. Elle puisa dans sa foi chrétienne le courage de remplir sa mission de tutrice et de mère, et de supporter de grandes épreuves, avec une résignation parfaite, et une élévation d'âme bien digne d'admiration. Dans sa dernière maladie,

qui la cloua près de trois ans sur un lit de douleur, elle mpouvait faire le moindre mouvement, et ne pouvait |>as même se servir de ses mains endolories ; sa patience lut à la hauteur de ses effrayantes épreuves. L'on n'a point encore oublié, que malgré ses immenses souffrances, elle voulut être scrupuleusement fidèle aux lois de L'Eglise : avec un charmant et doux sourire, elle refusa un peu d'aliment gras, qu'on voulait lui donner le vendredi-saint, la veille de sa mort. Sa fille Louise lui ressembla par la piété et par la foi. Atteinte d'une maladie de cœur, elle était comme sur la croix, en des souffrances qui ne cessaient ni la nuit ni le jour. Constamment en prière, elle subissait cette passion avec un courage qui étonnait tout le monde. Vers la fin de sa vie, lorsque de violentes crises survenaient, elle engageait ses sœurs à remercier Dieu. Sa sœur Henriette, tremblante de la perdre, lui dit un jour : «Ma chérie, ne demande pas à mourir. » — « Non, dit-elle, non, je ne refuse pas de souffrir. M (les traits semblent tirés de la vie des saints.

Charles-François souffrit toute sa vie d'être sépare de son frère et de sa sœur : en i8i5, il fut un instant question de réunir les deux familles. L'on entrevit la possibilité d'obtenir pour Charles-François, l'inspection de la division des postes, dont le Gard faisait partie. Charles lit part à son frère de ses espérances et de ses désirs à cet égard, et lui demanda son avis. L'amiral répondit : « Ce que vous me proposez est une chose qui demande de graves réflexions de la part d'un père de famille. Si vous .in/ garçon, je vous inviterais d'accepter. Mais Notre position est bien différente, d'autant (pie le pays où VOUS êtes offre plus de ressources, pour l'éducation des enfants. Peut-être en destinerez-vous pour la marine: dans ce cas, VOUS êtes plus à portée de l'école de marine, fixée à Angoulème. >> Sur ce conseil, le vicomte de Broves refusa les propositions qui lui avaient été laites, et continua à résider a Limoges. L'amiral souffrait aussi de L'éloignement de Bon frère, mais il s'y résignait, cl rien de [dus louchant que le

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motif de cette résignation : « Soyez heureux, écrivait-il à son frère, le 17 février 181 7, soyez heureux, mon ami, auprès d'une femme sensible et douce, entouré d'une famille charmante, voilà nos vœux sincères. Nous gémissons d'être séparés de tous, mais nous sommes obligés de nous dire que beaucoup plus jeunes que nous, nous ne pourrions espérer vieillir ensemble, et de cette triste idée nous nous faisons un motif de consolation. » N'y a-t-il pas dans ces quelques phrases un sentiment profond, une raison supérieure, une philosophie mélancolique et douce, l'abnégation stoïque du soldat et du marin ?

Jusqu'à la fin de sa vie Charles-François fut l'ami dévoué de son frère, toujours prêt à lui rendre des services, que la situation gênée de mon grand-père rendirent plus d'une fois nécessaires. Un jour l'amiral fut sur le point d'acheter une maison, Charles en fut informé, et de suite mit sa bourse à la disposition de son frère, qui lui répondit : « L'offre que vous me faites n'est pas à refuser (1). »

Ayant autrefois connu M. Forestier, ministre de la Marine en 181/4, Charles lui écrivit aussitôt qu'il apprit sa rentrée au ministère, pour lui recommander son frère. Dans sa lettre, il lui rappelait les relations qu'ils avaient eues ensemble, à Paris, à Anvers, et à Toulon, il le priait de s'intéresser à son frère, et de lui faire accorder une inspection des classes. ((Mon frère est doux, disait-il dans sa lettre, il est patient, et s'acquitterait bien de ce travail, s'en étant occupé autrefois, lorsqu'il était confié à notre oncle, le comte de Broves, lieutenant général des armées navales (2). »

Trois mois après, Charles-François écrivait de nouveau au ministre ; mais cette fois, il écrivait pour lui-même, sollicitant l'emploi de directeur en chef des postes militaires, donnant les prérogatives d'officier supérieur ; n'ayant

(1) Lettre du 20 février 1817.

(2) Archives de la Marine.

pas obtenu l'objet de sa demande, il sollicita Le grade de lieutenant de vaisseau. En rentrant en France, les Bourbons avaient accordé un grade de plus à tous les anciens officiers de la marine royale. Je ne sais s'il réussit dans

dans cette démarche, mais il est certain qu'on lui refusa la croix de St-Louis, ou celle de la Légion d'honneur, qu il avait désirées. L'amiral lui-même, s'était employé a lui faire décerner l'une ou l'autre de ces deux décorations militaires : « Je vais vous transcrire la réponse que l'amiral d'Augier a bien voulu faire à la lettre que je lui a\ ais écrite en votre faveur.

« Paris, 8 février 1817.

« Je me reproche, mon cher général, d'avoir aussi longtemps tardé de répondre à la lettre que vous m'avez fait l'amitié de m'écrire, en faveur de votre frère. .l 'ai entretenu Son Excellence de la proposition de la commission relativement à M. votre frère : niais alors la décision du roi, sur les nominations dans la Légion d'honneur, était connue. Lorsque cette question sera de nouveau agitée, je rappellerai bien volontiers et avec plaisir les droits de M. votre frère à la décoration. J'aurais bien voulu qu'il put être porté sur les états de proposition pour la croix de St-Louis, mais les autres membres de la commission ne furent pas de cet avis.

« Signé : d'Aï gier,

« contre-amiral. I) »

Ni Tune ni l'autre de ces décorations ne lui lut décernée, malgré ses parfaits services militaires et administratifs ;

malgré sa haute situation et sa longue carrière, il tut mil. lie.

(1) Archives de la Marine.

et l'on se contenta de lui conférer la décoration du Lys, ordre éphémère de chevalerie, qui fut de suite de bien mince valeur, car les préfets de la Restauration le prodiguèrent tellement, qu'ils l'avilirent, au point qu'il devint plutôt un emblème de foi royaliste, qu'une distinction honorifique. J'ai connu un ouvrier terrassier, qui n'avait même pas fait son service militaire, et qui cependant se trouvait pourvu du brevet de chevalier du Lys. Il paraît toutefois que le titre de chevalier du Lys conférait certains privilèges. Mon grand-père en effet écrivait à son frère : w Adressez-vous au Ministre, et demandez-lui l'expédition de votre décoration du Lys, accordée par la Commission, sans préjudice de vos droits à la croix de St-Louis. Mais ne négligez rien pour celle-là, qui vous a été accordée, en raison des privilèges qui y sont attachés pour les enfants, et dont il faut profiter pour les garçons (i) ».

J'ai tout lieu de croire que Charles-François eut la consolation de mourir à Alais, dans les bras de son frère et sous les yeux de sa sœur. J'ai vu l'acte de sa sépulture dans les registres de la cathédrale d' Alais, à la date du 8 août 1820. Il n'est pas dit dans cet acte que le défunt était mort ailleurs qu'à Alais .

Charles-François fit une mort très chrétienne, il était vraiment pieux, très charitable et bienveillant pour tout le monde ; il laissa de profonds regrets, non seulement dans sa famille, mais encore chez ceux dont il avait été le chef depuis i8o9 jusqu'en 1820. Le document suivant, qui lut publié à cette époque, en est une preuve évidente.

(1) Lettre du Ier septembre 181G.

Nécrologie de Charles-François de Rai élis.

vicomte de Broves,

inspecteur des Postes de la division de la Hante-Vienne

« Sacrum officium est amicitiam honorare.

« La mort vient d'enlever à l'administration des Postes un homme justement estimé, nous lui devons des regrets : c'est une douce consolation pour nous de les lui donner. et c'est un devoir sacré d'honorer la mémoire de celui, qui a constamment suivi les sentiers de la probité et de l'honneur.

« Charles-François de Rafélis vicomte de Broves, inspecteur des Postes de la division de la Haute-Vienne, ne a Anduze, département du Gard, d'une famille illustre par les services qu'elle a rendus à nos rois : elle était d'origine d'Italie, elle habite la France depuis quatre siècles, et ses ancêtres furent élevés à la dignité de gonfalonniers, dignité accordée au mérite et à l'illustration ; ils avaient pour armes un champ d'azur à trois chevrons d'or, la couronne et le manteau ducal.

« Son père, le comte de Broves, colonel d'infanterie, chevalier de l'ordre royal et militaire de St-Louis, lut une des victimes de l'horrible époque du 'J septembre i ;'.»■>.

« Rafélis de Broves reçut une éducation digne de ses ancêtres. Il avait à peine 10 ans, qu'il montrait déjà des dispositions particulières pour la marine, et son oncle. amiral, cordon rouge, l'appela près de lui. pour lc^ utiliser; aussi avait-il à peine atteint sa i5œ* année, qu'il fut fait officier, sous ses ordres ; doué d'un caractère doux, mais actif, il était très réservé : il avait l'esprit pénétrant, 1 imagination ardente, il fut bientôt un marin, qui offrait les plus belles espérances. Il lit plusieurs voyages sur La

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Méditerranée ; en parcourant cet élément, il y connut bien jeune les chances incertaines de la vie, dans un état aussi honorable, où tous les talents réunis rencontrent souvent des obstacles invincibles, et c'est ce qui flattait sa naissante ambition.

« Son père, qui était alors à Paris, le fit appeler dans la capitale ; attaché à son prince par tous les sentiments qui ont honoré sa vie et sa mort, il désirait que son iîls le serve dune manière plus rapprochée de sa personne. Il lui fit abandonner la carrière où les succès avaient été les fruits de ses études, pour le placer dans les gardes de ce prince malheureux que la France pleurera toujours.

« 11 quitta sa terre natale pour aller en Angleterre, où était son oncle. Devait-il rester sur un théâtre témoin de l'affreux forfait, qui lui arracha son père ? Ce souvenir affligeant donne une haute idée de sa belle âme.

« Il rentra dans sa malheureuse patrie, encore en proie à une guerre extérieure, mais plus tranquille au sein de son gouvernement ; il servit dans un régiment de chasseurs à cheval, où il se fit connaître par sa soumission à ses chefs, par son respect pour les lois, et son attachement à son devoir. C'est ainsi que se conduit l'homme de bien.

« Les fatigues de la guerre avaient délabré sa santé ; il ne put continuer un service si pénible, il obtint son congé.

« Ses dispositions naturelles étaient si étendues, qu'il pouvait être fructueusement employé à divers genres d'administration.

« Il fut placé dans les postes, en i8o3, en qualité de commis à l'armée française de Hollande. Son intelligence, son zèle, une aptitude remarquable, lui attirèrent bientôt les regards de l'administration générale ; il fut nommé directeur divisionnaire la même année i8o3.

« L'Italie ayant été réunie à la France, il fut envoyé à Milan comme directeur en chef. Dans ce poste important, il avait des rapports constants avec les principaux agents de ce royaume : ils surent l'apprécier et l'estimer, et ceux qui étaient sous ses ordres avaient pour lui un attache-

3oj

ment sincère, qui n'est accordé qu'à radininistrateur, (rai sait se faire aimer.

« Quelques changements dans l'ordre administratif des Postes, le firent revenir à Paris; il fut nommé, en i8o9, inspecteur des Postes, dans le département de la Haute- Vienne. C'est dès cette époque que nous avons eu l'avantage de pouvoir cultiver son esprit, que nous avons apprécié ses belles qualités. Tout en lui le rendait digne de la confiance et de raflcction de tous ceux qui avaient avec lui quelques rapports.

(( Il vivait dans une simplicité qui le rendait accessible à tout le monde ; il avait des mœurs douces: rempli de religion, il aimait à faire le bien; il ne lui est jamais arrivé de nuire à qui que ce fut .

«Dans ce concours de vertus et de mérites il s'associa une épouse bien digne de porter son nom. 11 voulut que ses parents partageassent le sort heureux que lui offrait sa compagne chérie, et ces respectables vieillards ont vécu avec lui, dans une intelligence et dans une harmonie parfaites.

« Le retour du Roi, lui ayant permis de reprendre le titre de vicomte, il ne voulut pas s'en glorifier; uni dans ses goûts et dans ses habitudes, la modestie fut pour lui une vertu; il préférait secourir le pauvre que d'afficher le faste de la fortune et des honneurs : son mérite particulier lut toujours d'éviter l'ostentation. 11 unissait à un cœur m lisible le plaisir d'être utile à L'humanité. Il était (lune intégrité sans exemple, et, dans ses rapports administratifs, il n'a jamais été défavorable à aucun des employés, qui étaient sous ses ordres.

« Enfin, bon fils, bon époux, bon père, excellent ami. honnête citoyen, tel était l'homme que qous regrettons, et

qui, à quarante-Sept ans, a payé son tribut a la nature !

« Il laisse une épouse inconsolable, quatre enfants eo bas

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âge, et deux vieillards livrés à la plus juste douleur. Puissent tous les hommes le (sic) ressembler.

« Pour tous les employés des Postes,

« Ghartox. »

dette nécrologie fut insérée dans tous les journaux de la Creuse, de la Gorrèze, de l'Indre et de la Haute- Vienne. Elle renferme quelques erreurs de faits, mais elle exprime parfaitement les sentiments que tout le monde professait à l'égard de Charles-François, et elle honore grandement sa mémoire.

Les prévisions de mon grand-père à l'endroit des fils de Charles-François faillirent se réaliser. L'un d'entr'eux, Joseph, mort depuis longtemps, voulut entrer dans la marine. Ayant dépassé l'Age requis pour être admis dans les écoles navales, il voulut essayer de se faire admettre comme aspirant auxiliaire, dans la marine militaire. L'on tenta vainement d'utiliser en sa faveur les amis encore vivants du contre-amiral son oncle. L'on écrivit à ce sujet au vice-amiral baron d'Augier. Mais la réponse du baron d'Augicr ne fut pas favorable à ce dessein : il répondit que la fonction d'aspirant auxiliaire était une mauvaise porte pour entrer dans la marine, qu'il avait plusieurs fois travaillé à faire nommer ofïiciers, des auxiliaires qu'il protégeait, sans avoir jamais pu y réussir; et il ajoutait que ceux qui veulent devenir officiers de marine n'ont d'autre moyen que celui d'entrer à l'école navale. « Si votre cousin, ajoutait-il encore, veut être officier, qu'il renonce à l'être dans la marine, mais qu'il entre dans les rangs de l'infanterie. » Voici ce que ma grand'mère De Broves disait de son neveu Joseph. « Joseph a le cœur bon et noble, ce qui lui fera toujours pardonner les petits écarts, qu'une tête, qui n'a pas encore tout le plomb, qu'elle aura plus tard, pourraient lui faire commettre. Il est très sensible à l'amitié, et se rend facilement aux raisonnements

qu'elle dicte. Du reste Joseph est le plus joli garçon de la famille, (i). »

Je laisse à des mains pieuses et plus autorisées, le soin de compléter cette notice.

(1) Lettre de 1832.

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