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CHAPITRE LVI

Marie-Magdeleine de Rafélis de Broyés, Marquise de Boisrokeut.

îarie-Magdeleine était fille de Jean-François, et sœur de Joseph-Barthélémy, et de Charles-Fran- ^■JLf^HB çois de Rafélis de Broves . Elle naquit à Anduze (Gard). Elle épousa, en 1780, Louis- Alexandre de Gué" rouit, marquis de Boisrobert, fils de messire Louis- Mathieu, marquis de Guéroult de Boisrobert, capitaine au régiment du Forez, et de Catherine du Roure. Etaient témoins de ee mariage : Gaspard-Daniel de Pellet, officier d'infanterie, chevalier de Saint-Louis : Jean-Joseph, comte de Rafélis de Broves, lieutenant-général des armées navales ; Jacques Miot-Favard, colonel d'infanterie : Joseph-Barthélémy de Broves, lieutenant tl»s vaisseaux du roi, chevalier de Saint-Louis : de la Farelle : Le major de la Farelle ; Vignolle de La Farelle : Denys de Gaillère. Le mariage se fit à Draguignan, parce que Marie-Magdeleine était protégée et dotée, par son oncle le comte de Broves.

De i^89 à 1793, Marie-Magdeleine partagea toutes les

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angoisses patriotiques de son père, de ses frères et de tous les bons Français. En mars 1791,11011s la trouvons occupée à soutenir la foi royaliste et catholique de tous ceux qui l'approchaient ou l'entouraient. En effet, un certain abbé Pirson, cordelier défroqué, aumônier de la garde nationale d'Alais, qui se faisait applaudir à Nîmes dans la salle de spectacle, où se réunissaient les amis de la constitution, et toutes « les dames et demoiselles de la ville », qui se vantait avec affectation de n'avoir pas voulu tirer deux moutures du même sac, c'est-à-dire de n'avoir pas voulu recevoir les deux traitements de prêtre assermenté, et d'aumônier de la garde nationale, un certain abbé Pirson, dis-je, écrivait à la date précitée, ces quelques mots significatifs, adressés à M. Boissier de Sauvages : (( H y a une dizaine de jours que Madame de Boisrobert,qui fait tourner la tête à Monsieur votre cher oncle l'abbé, par son aristocratie, en lui faisant lire VAmi du Roi, lui dit qu'elle savait de bonne part, que M. l'abbé votre frère, avait quitté St-Sulpice, et qu'il serait bientôt ici, pour n'avoir pas voulu prêter le serment. » Ces quelques lignes d'un moine apostat nous montrent sous un jour favorable et vertueux la marquise de Boisrobert, qui demeura toujours digne de son père et de ses frères. En 1793 elle fut enfermée au fort d'Alais, par un arrêté du comité de surveillance, daté du G germinal. Sa mère, Elisabeth de Mourgues, vicomtesse de Broves, fut également écrouée, le 22 floréal de la même année.

Dans le journal de l'abbé Laborie, il est dit que ce vicaire d'Alais se trouva dans les prisons du district d'Alais, avec M. l'abbé de Pèlerin, et avec Mesdames de Boisrobert et Cabannes de Camont, avec l'abbé d'Esponchez, chanoine d'Alais, et frère de Monseigneur d'Esponchez, évoque de Perpignan, et député du clergé de Perpignan aux Etats généraux de 1789. L'abbé de Pèlerin fut condamné à mort par le tribunal révolutionnaire siégeant à Nîmes. Yoici quelques détails sur le martyr de ce jeune ecclésiastique. 11 avait commis l'imprudence de se promener sur

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la place de la Maréchale d'Alais, ayant a la main un calepin et un crayon, écrivant probablement quelques notes. Dans ce temps, où la patrie était déclarée «mi danger, une véritable panique s'était répandue dans Les Gévennes : on pensait voir partout des traîtres, des émissaires d<- la coalition des aristocrates avec L'étranger. Un mandat d'arrêt fut lancé contre l'abbé de Pèlerin, comme suspect d'avoir voulu tirer le plan de la citadelle d'Alais, pour le faire passer aux ennemis delà Convention nationale. De la prison du fort d'Alais, l'abbé de Pèlerin fut transféré avec ses co-detenus, dans la maison d'arrêt du palais de justice à Nîmes. Au mois de mars 1794, l'abbé de Pèlerin, seulement de vingt-huit ans, fut appelé à la barre du tribunal révolutionnaire. On ne lui permit de choisir un avocat que demi-heure avant son interrogatoire. Sun avocat lut incapable de plaider, soit parce qu'il ne connaissait point l'affaire de son client, soit parce qu'il fut intimidé, soit parce qu'il trahit volontairement ses devoirs professionnels. L'abbé, obligé de se défendre Lui-même, lut un mémoire qu'il avait compose d'avance. On ne tint aucun compte de son innocence : il fut sur le champ condamné à la peine de mort. La sentence fut pronom midi, l'exécution eut lieu à 5 heures du soir. L'abbé Laborie nous apprend que ce saint prêtre passa les quelques heures qui lui restaient à vivre, à réciter paisiblement son bréviaire, et à lire le livre de piété, qui était à L'usage des détenus, et qui servait successivement à chacun. La nuit qui avait précédé son jugement, il L'avait employée à se disposer à la mort, à se confesser, à confesser Bes compagnons de captivité ; puis il s'était Livré an repos comme d'habitude, et il avail dormi d'un sommeil tranquille, ("est avec ce ferme courage que L'abbé de Pèlerin monta sur L'échafaud, Le 9 mars i — *. » ^ -

Par ce qui arriva à L'abbé de Pèlerin et à quelques autre-, l'on peut juger à quels dangers furent exposés Monsieur et Madame de Hoisrobcrt. .Madame de BroveS, et tOUfl les autres prisonniers du Tort d'Alais. en i;'.»'). Cependant Le

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journal de l'abbé Laborie nous apprend que les détenus ne furent pas trop maltraités, qu'ils eurent pour geôlier un individu « dont on ne pouvait pas dire qu'il était méchant, mais dont on ne pouvait pas dire non plus qu'il était bon. » Avec de l'argent, on obtenait des adoucissements, on avait des livres pour lire, du papier pour écrire ; on permettait de faire venir les repas du dehors ; pas toujours cependant, puisque le jour de Pâques 1793, ils dînèrent chacun avec un hareng, et un morceau de pain. L'abbé Laborie nous apprend encore que quelquesuns des prisonniers laïques étaient en proie à l'abattement le plus profond, à cause de la confiscation de leur bien, et de la misère absolue que cette confiscation leur faisait entrevoir. Loin de redouter la mort, ils la désiraient, et quelques-uns même poussèrent le désespoir au point d'avoir l'intention de se détruire, et de sortir de ce inonde à l'instant même où ils sortiraient de prison.

Madame de Boisrobert eut le bonheur d'échapper à tous ces malheurs, de voir sa mère et son mari sains et saufs, et même de conserver sa fortune et celle de son mari : elle réussit même à sauver du naufrage, qui engloutit la fortune de son frère, le comte de Broyés, quelques parcelles de ses biens, qui avaient élé englobés, dans le séquestre des biens de l'émigré Joseph-Barthélémy (1).

Le marquis de Boisrobert était de la famille du port.1 Boisrobert, il avait conservé les allures de l'ancienne cour, c'était un marquis tout à fait style Louis XV : un jour il conduisit sa femme à la campagne, dans une charmante petite maison, puis, au dessert, il lui déclara que cette bagatelle de maison était à elle, et qu'il la lui offrait pour sa fête. A la rentrée des Bourbons, il équipa à ses frais un régiment, et dépensa, clans cette circonstance, la plus grande partie de sa fortune. Aussi la marquise de Boisrobert, femme sérieuse et pleine de sens, soufirait-elle de

(1) Ordonnance du Directoire de Draguignan, 1795. Archives du Var.

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ces aberrations, de ces généreuses folies ; elle dit dans une de ses lettres : « Il est écrit dans ma destinée que j«' dois avoir toujours un dar (sic), qui me perce Le cœur. »

Elle eut en efï'et la mission de fermer les y< u\ à tons les siens, elle vit successivement mourir son frère cadet, et son mari ; elle eut en outre la charge de soigner sa vieille mère, notre bisaïeule, Elisabeth de Niourgues. L'une de ses lettres nous donne quelques détails précieux sur les derniers jours de la vicomtesse de Broves, femme <1<- Jean-François, député aux Etats généraux.

(( Tout déchire mon cœur, d'une séparation cruelle à laquelle tout devrait me préparer, et néanmoins La nature s'y refuse. Toutefois, c'est un bienfait que je nourris pour soutenir mes forces.

« Je ne m'occupe qu'à rendre ma pauvre mère heureuse, qu'à lui procurer tout ce qu'elle désire. Elle mange assez, et avec plaisir, tout ce que ses fantaisies lui demandent.

« Elle est depuis quelques jours couleur de la mort : cils a les yeux ternes, ses pieds sont bien plus lourds à remuer, elle est plus faible.

«Bien souvent elle voit son état tel qu'il est. et ne se flatte pas de vivre longtemps ; je cherche à la rassurer et à dissiper ses tristes pensées, par tous les exemples de guérison dans un âge plus avancé, et alors je vois tout 1«' plaisir qu'elle éprouve à prendre de L'espérance.

« Elle est devenue plus calme et pins patiente, et demande à Dieu de lui donner plus de mal, afin «1 expier davantage ses fautes. Elle a conservé sa vue. sa tête et sa mémoire.

« Je ne la quitte pas de tout Le jour, et je ae voudrais pas céder à d'autres le bonheur de La soigner. Je couche tout à côté, et elle ne donne pas beaucoup de peine La nuit. Le jour elle est assise sur une chaise Longue, entourée de coussins, et les pieds sur une chaufferette toujours

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garnie. Quelquefois, je la mets sur un fauteuil. Elle tient à être toujours bien propre et bien blanche, à faire un peu de toilette, comme si elle attendait des visites (i). »

Il me semble que de cette lettre se détachent les silhouettes morales de Magdeleine de Boisrobert, et d'Elisabeth de Mourgues, laissant lune et l'autre des impressions de tendresse et d'élégance, ayant l'une et l'autre un cachet de distinction supérieure, portant avec dignité la résignation dans le présent, la conscience de leur naturelle excellence, la foi en un meilleur avenir.

Les Boisrobert sont de Normandie, ils vinrent en Languedoc au commencement du XVIIIe siècle, par suite du mariage de Louis-Mathieu, marquis de Boisrobert, avec une demoiselle du Roure. Le petit-lils de Mathieu de Boisrobert, Charles de Boisrobert, épousa une demoiselle de Jullien de Mons.

Magdeleine de Rafélis de Broves mourut le 2 février 1823. « L'an 1823 et le deuxième jour du mois de février, par devant nous, Louis-Augustin de Finnas Périès, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, maire d'Alais, se sont présentés M. Joseph-Paul-François-Amédée de Jullien de Mons, ancien oilicier au régiment des cuirassiers de Condé, et M. Philippe-Charles-Michel de Brossard, âgé de cinquante-deux ans, ancien capitaine de cavalerie, chevalier de Saint-Louis, chevalier de la légion d'honneur (2) natif de Saint-Maixcnt, lesquels nous ont déclaré le décès de Marie-Magdeleine de Rafélis de Broves, veuve de Louis-Alexandre Guéroult de Boisrobert, ancien officier d'infanterie, décédée hier, dans sa maison, rue d'Auvergne (3). »

(1) Lettre du 29 septembre 18 1G.

(2) Etat civil d'Alais, 28 août 182G.

(3) Ibid. 2 février 1823.

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