CHAPITRE XLII
Jean-Nicolas de Rafélis, marquis de Rognes.
Premier procureur du pays de Provence.
fean-Nicolas, fils de Jean-Baptiste-Isidore de Rafélis de Rognes (i), fut le premier qui ait porté le titre de marquis de Rognes, et nous ne savons pas encore à quelle époque précise ce titre lui fut accordé; nous devons, toutefois, tenir pour certain que ce titre lui fut attribué par lettres patentes, et qu'il en eut la possession légitime.
Jean-Nicolas, plus heureux que ses devanciers, eut le bonheur de vivre en paix avec ses vassaux de Rognes, et, sans doute, que les anciens procès pendants entre la communauté et la seigneurie, ayant été, non sans frais considérables de part et d'autre, vidés et terminés, il eut le bon esprit de n'en pas soulever d'autres, ou la chance de ne pas se trouver dans la nécessité d'entrer en contestation avec la communauté récalcitrante. Parlant de Jean-Nicolas, l'abbé Martin dit : « Ce nouveau seigneur se conduisit d'une manière bien douce et bien agréable à la communauté ; aucune plainte contre lui ne se trouve consignée dans les archives. » En effet, les registres de Rognes ne
(1) Voir au chapitre XXXVII de cet ouvrage.
contiennent presque rien, qui soit relatif à Jean-Nicolas. On ne dit pas même que Jean-Nicolas fut procureur de pays en l'année 1734. Cependant, cette qualité de procureur de pays faisait de Jean-Nicolas l'un des chefs de la province de Provence. Les procureurs du pays de Provence étaient au nombre de six, deux étaient élus dans l'ordre du clergé, deux en celui de la noblesse, et deux en celui du tiers-état ou des communautés. Ces procureurs étaient élus, soit par les trois ordres réunis, dans les Etats de la Province, soit dans les assemblées générales des communautés. Ils siégeaient, de droit, aux Etats, aux assemblées des communautés, et aux assemblées des procureurs de pays. Les procureurs de pays avaient un banc à part aux Etats de Provence, et ils avaient pour charge d'expédier les affaires, qui survenaient en l'absence des Etats, lorsque ces affaires étaient de telle nature qu'ils pouvaient y pourvoir par eux-mêmes, sans avoir recours aux décisions des diverses assemblées. Les procureurs de pays signaient les délibérations des Etats de la Provence (1).
Par ses fonctions de procureur de pays, Jean-Nicolas eut occasion de rendre des services à la communauté de Rognes. C'est ainsi qu'en 1734, la communauté ayant à réclamer, à la viguerie d'Aix, quelques restes de dettes, pour des avances faites par elle au sujet des militaires de passage, elle pria le marquis de Rognes de vouloir bien faire vérifier les comptes qu'elle présentait. Le marquis chargea un greffier de faire la vérification de ce compte, et comme la demande se trouva juste et légitime, ordre fut donné de rembourser les sommes dues. L'historien du village de Rognes s'étonne que ce fait, consigné dans les archives de cette communauté, soit le seul dans lequel on ait fait mention de la qualité de procureur du pays, qui appartenait à Monsieur de Rognes. « Cependant, dit-il, le
(1) Voir là-dessus l'Etat de Provence, dans sa police par le P. R. de B.
greffier de la communauté, à cette époque, était un homme instruit et de bon sens, qui n'aurait pas dû passer sous silence un événement dont la gloire et le profit rejaillissaient sur tout le pays habité par le marquis. Peut-être qu'il était de règle de ne mentionner, dans les procès-verbaux, que ce qui avait trait aux affaires du pays ». Peutêtre aussi, pourrions-nous ajouter, que ce silence affecté fut l'effet de cette envie rancunière et de ces vilains sentiments, tant de fois constatés à Rognes.
Vers la fin de septembre i?35, Nicolas de Rognes contracta mariage avec Françoise de Serre, fille de noble George de Serre, seigneur d'Antraigue, et de Thérèse de Seyton. Ce mariage fut d'abord célébré à Antraigue, avec éclat et magnificence. Mais les habitants de Rognes voulurent se divertir, ou se virent dans l'obligation de témoigner à leur seigneur et à leur nouvelle châtelaine, combien vive était leur joie. Au jour assigné, et après avoir pris toutes les dispositions nécessaires, ils se rendirent jusqu'aux limites des terres de Rognes, c'est-à-dire au lieu de la chapelle de San-Carlé, laquelle est comme la borne qui inarque la séparation du terroir de Rognes de celui de Lambesc. Des boêtes avaient été préparées et disposées de façon à être tirées, dès le moment que l'on apercevrait les carrosses de la noce. Les consuls et les bourgeois vinrent à cheval jusques à cet endroit ; là ils mirent pied à terre, et l'un d'entr'eux, fut même assez malheureux pour tomber de cheval, et assez heureux pour ne se faire aucun mal.
Monsieur et Madame de Rognes quittèrent, un instant, leur carrosse pour recevoir les salutations et les compliments, qui leur furent adressés, par le premier consul en chaperon, par le deuxième consul, et enfin par les deux capitaines des deux compagnies de fusiliers, qu'on avait cru devoir former, avec les jeunes hommes du village. Monsieur et Madame de Rognes répondirent à chacune de ces harangues, et alors, toute la population accourue en ce lieu, hommes, femmes et enfants, se présentèrent
devant eux, et témoignèrent leur joie par de grandes acclamations. Plusieurs décharges d'artillerie se firent entendre . ; les deux trompettes se mirent à sonner ; les deux gros tambours commencèrent à battre, et l'on exécuta séance tenante, plusieurs danses, qui amusèrent beaucoup la jeune dame, et qui se firent aux sons joyeux du fifre et du tambourin, mêlés à ceux des trompettes et des tambours. Lorsque les danseurs et les danseuses eurent assez balle, les musiciens suspendirent leurs roulades, et l'on se mit en devoir de se rendre au village. Les deux gros tambours prirent, comme de juste, la tète du cortège : les deux compagnies de fusiliers vinrent ensuite, précédées de leurs drapeaux et de leurs capitaines. Danseurs et danseuscsr suivaient par groupes se succédant à distance, sautant pai\ intervalle, et réglant leurs pas et leurs attitudes, selon la cadence des flageolets et des tambourins. Les timbaliers et les trompettes précédaient le corps de ville, et se faisaient entendre de temps en temps, variant ainsi les monotones tambourinades des tambourins et les ritournelles des fifres et des musettes ; cet ensemble ne satisfait pas mal l'oreille des Provençaux, lesquels, ont toujours été avides et fiers d'entendre la musique, telle qu'on la cultivait au bon vieux temps du roi René. Les consuls et la bourgeoisie étaient remontés à cheval, et accompagnaient le carrosse des jeunes mariés. Plusieurs voitures venaient ensuite, elles étaient occupées par les parents et autres invités.
Arrivé à la porte du village, nommée porte de Bernardin, les carrosses s'arrêtèrent, Monsieur et Madame de Rognes restant dedans. Les danseurs et danseuses exécutèrent là, de nouvelles figures de danse . Ces danseurs étaient habillés de blanc, avec des rubans de diverses couleurs ; ils avaient une robe retroussée jusqu'au genou, des bonnets chargés de plumes brillantes et de grelots, dont le tintement était en harmonie avec le son des flageolets.
On n'entra pas dans le village parla porte de Bernardin, mais ayant longé le rempart, le cortège dépassa l'Eglise ;
là, le vénérable pasteur de la paroisse, à la tête d'un nombreux clergé, parut, pour complimenter les jeune époux. Le compliment fait, Ton continua à longer le rempart, et Ton arriva à la porte de la Fontaine où l'on avait dressé un arc de triomphe ; de nouveau, Ton tira des boôtes, de nouveau, Ton dansa. Le cortège rentra dans le village, et filant par la grande rue, il arriva enfin au château, où il y eut encore des salves d'artillerie, et des danses de tous genres .
Monsieur et Madame de Rognes invitèrent à diner les consuls, la bourgeoisie et les capitaines des deux compagnies de fusiliers ; Ton avait dressé des tables pour les fusiliers et pour les danseurs, et il y eut aussi des vivres et des barriques de vin, pour tous ceux qui voulurent manger et boire.
Le soir, les danses recommencèrent ; toutes les femmes et filles du pays furent admises dans ce bal champêtre ; les daines de la noce dansèrent sans façon avec les paysans, et les beaux seigneurs avec les paysannes ; l'on avait composé des vers dans l'idiome provençal, en l'honneur de Monsieur et de Madame de Rognes, qui les entendirent et s'en firent donner copie. Il y eut aussi des chansons, qui affectèrent des allures malicieuses à l'égard des bourgeois du pays, chacun d'cntr'eux eut son couplet, assaisonné d'une pointe satirique. Ces chansons se chantent encore, dit-on, dans le pays de Rognes, et ce genre de couplets satiriques a été quelquefois pratiqué dans les communautés et collèges.
Dans ces chansons, il ne fut rien dit au préjudice de l'amour que l'on portait, en ce moment, au seigneur et à la nouvelle dame de Rognes. Le troubadour qui les composa, voulut seulement s'égayer aux dépens des bourgeois, et ses satires ne furent que d'agréables plaisanteries. Cette fête demeura fameuse, les pères la racontèrent à leurs enfants, de telle sorte, que L'abbé Martin, curé de Rognes, en 1824, put recueillir tous ces détails, dont il a
q4 UNE FAMILLE DE PROVENCE
formé le compte-rendu que nous venons de reproduire presque mot à mot.
En 1737, Nicolas de Rognes fit une vente de terres faisant partie de son domaine noble. Ces terres furent achetées par des paysans ; pour se compenser de ces terrains aliénés, qui furent mis à la taille et classés dès lors dans la catégorie des terres roturières, il obtint que certaines terres, faisant partie de son domaine, et appartenant jusques là à la catégorie des terres sujettes à la taille, fussent déclarées terres nobles, et exemptes en conséquence de la taille. Ces sortes d'arrangements avaient quelquefois lieu, lorsque les seigneurs étaient, ou assez aimés, ou assez puissants auprès des communautés bourgeoises, pour obtenir leur consentement à ces diverses combinaisons.
Kn 1737, M. de Rognes fut choisi par les consuls et les habitants de Rognes, pour être arbitre dans un différend survenu entre la communauté de Rognes et un nommé Bonnaud Gaspard. Cet homme étant fermier du four à cuire le pain, s'était arrogé le droit d'accumuler du bois et de la paille dans le hangar qui abritait le four communal. Le feu s'étant mis à ces fagots, le couvert du four avait brûlé, et le toit s'était écroulé sur le four. Il s'agissait de réparer les dégâts commis par le feu, et de décider quel était celui qui devait payer les frais de ces réparations. Le fermier affirmait que le feu n'avait pas pris par sa faute, et qu'il n'était pas obligé d'entretenir les édifices municipaux. La communauté, au contraire, prétendait que Gaspard Bonnaud avait affermé le four à ses risques et périls, et qu'il n'avait pas le droit d'entasser des matières combustibles dans le hangar du four à cuire le pain. D'un commun accord, il fut résolu qu'on s'en tiendrait au jugement de M. de Rognes et de M. de Tournefort. M. de Tournefort n'était autre que le fameux botaniste, qui était natif de Rognes, et qui fut, peut-être, au début de sa carrière, encouragé par la famille de Rafélis. — Les deux arbitres décidèrent à la façon de Salomon, que les deux parties répareraient à frais commun, l'édifice communal,
que toutefois la communauté serait tenue de payer, en sus de sa moitié de la dépense totale, le prix de la principale poutre, qui devait supporter le toit du hangar.
En 1739, des démêlés au sujet de la fête de la paroisse paraissent avoir eu lieu entre le seigneur et la communauté ; une convention apaisa le différend. La fête de la paroisse était la fête de la Croix de septembre. L'on décida que ce jour-là, les consuls et le cortège se rendraient Le matin au château, pour aller au-devant de Monsieur et de Madame de Rognes, et pour les accompagner à la messe, et les ramener de l'église au château. Il fut encore convenu que la même cérémonie aurait lieu le soir du même jour, lorsqu'on irait assister aux jeux et réjouissances publiques. Au son des fifres et des tambourins, seigneurs et consuls allaient en grande pompe, vers le lieu où Ton tenait la fête. Il fut statué qu'au cas où le marquis et la marquise seraient absents, on agirait de même à l'égard de leur lieutenant, lequel serait tenu, d'ailleurs, de se rendre au château. Cette convention fut passée, et signée de part et d'autre, le 23 août 1739.
En 1740» Ie sieur de Rafélis, marquis de Rognes, lit signifier aux consuls l'état des terres déguerpies dans le territoire de Rognes. Il paraît que dès ce temps-là, les paysans abandonnaient leurs terres, dont le produit se trouvait probablement insuffisant pour les faire vivre. Ces terres déguerpies formaient en 1740 mie surface totale de deux cent quatre-vingts charges de blé. Le marquis, usant de ses droits féodaux, déclara aux consuls « qu'il fallait ou qu'on mette dans ces terres homme vivant, mouvant, et confisquant, pour en payer les tailles et les censés, ou qu'on les réunisse aux domaines de la seigneurie, suivant les lois et coutumes. » Personne ne s'étant présenté pour posséder ces terres déguerpies, elles furent annexées à la seigneurie, qui en jouit comme nobles et franches de toute taille.
La même année, Jean-Nicolas lit donner avis à la communauté et à MM. les consuls que « désireux de contri-
buer à l'utilité publique », il se proposait de construire à ses frais une fontaine publique, à la condition qu'on lui laisserait prendre pour l'usage de son jardin et de son château, la quatrième partie des égouts de cette fontaine. Cette demande fut favorablement accueillie. Il fit donc construire près de la porte de Saint-Etienne, une perspective de fontaine en pierre de taille, avec deux canons, et une nappe d'eau au milieu. Au bas de cette fontaine, on pratiqua une sorte de conque en pierre de taille, qui se remplissait d'eau, et les écoulements s'en allaient par une conduite, dans la terre du seigneur, qui remployait à arroser son jardin.
En 1757, le sieur de Rognes figure pour la première fois, avec le titre de marquis de Rognes dans les délibérations de la communauté : on le voit contribuer pour sa quote part, sur la liste des impositions extraordinaires pour les frais de guerre ; il fut déclaré débiteur de quatre cent quarante-trois livres dix-neuf sols, qui furent payés par lui.
En 1758, la marquise de Rognes favorisa beaucoup messire Persinet, curé de la paroisse, homme de bonnes œuvres et d'oraison, qui priait sans cesse pour son troupeau, et lui fit, parait-il, un bien infini. Elle aida M. le curé à augmenter l'argenterie de l'église, par l'achat d'un bel ostensoir en argent ; elle donna un topaze oriental, une émeraude, des boucles d'oreille en diamant que l'on éparpilla sur les rayons de l'ostensoir. Madame de Rognes, secondée par Mesdames de Ribes, Mademoiselle Duchène etc., contribua beaucoup à l'acquisition de nombreux objets d'église, tels que ornements, chandeliers en argent, bouquets en argent, croix en argent, tapis de Turquie, pour le marchepied de l'autel.
Jean-Nicolas de Rafélis fit tenir ses enfants, sur les fonts baptismaux, par deux jeunes gens pauvres du village, auxquels il donna ensuite un présent. Lorsque ces jeunes gens se marièrent ensemble, le seigneur dota la nouvelle épouse, et paya les frais de la noce. A l'insu des
consuls, Jean-Nicolas emprunta une somme au profit du budget communal, et paya des dépenses urgentes. L'on voit par tous ces détails, que le premier marquis de Rognes fut homme généreux, bienfaisant et délicat.
En 1762, le marquis de Rognes fut élu, pour la seconde fois, procureur du pays de Provence, et il fut même premier procureur du pays de Provence . Tout cela indique que Jean-Nicolas fut un homme éminent, qui rendit dans son temps, bien des services au roi, à la Provence et à la ville d'Aix. Ayant été procureur de pays en 1734, et Tétant une seconde fois, ce fut pour lui un très grand honneur, d'autant plus précieux, qu'il était fort rare d'être dans sa vie, nommé deux fois procureur de pays. Il ne perdit pas de vue les intérêts de la communauté, et profita de la puissance que lui conférait sa situation, pour les servir d'une façon utile. Il fit réparer les chemins d'Aix à Rognes, et de Rognes à Lambesc, et les fit prolonger jusques à Cadenet.
En 1763, M. de Rognes maria sa fille, Julie de Rafélis de Rognes, avec M. de Falconis, conseiller en la cour des comptes. La communauté de Rognes voulut bien témoigner son affection et sa reconnaissance à la famille de ses châtelains, en lui faisant tous les honneurs qu'on avait cru devoir accorder en d'autres circonstances. On fit à la nouvelle mariée un présent de vingt-cinq louis d'or, et l'on organisa une fête qui dura trois jours. L'on forma encoredes compagnies de fusiliers et de danseurs. La jeune dame les passa en revue, et donna à chacun des rubans et des cocardes .
Les abbés de la jeunesse, précédés de tambourins et de danseurs, se présentèrent au château, et haranguèrent les jeunes époux. L'on appelait abbés de la jeunesse, deux jeunes gens choisis parmi tous ceux du pays, pour présider et ordonner les fêtes et réjouissances publiques. Leur charge ne durait qu'un an. Les abbés de la jeunesse de cette année firent exécuter dans la cour du château, des danses et des jeux, et les seigneurs firent servir des rafral-
chissements. « Le corps de ville précédé des consuls, arriva ensuite, les consuls haranguèrent de nouveau les jeunes époux, et présentèrent à la demoiselle une bourse déposée sur un bassin en argent, et dans laquelle il y avait vingtcinq louis d'or. Gela se passa en présence du marquis et de la marquise, qui eurent également leur part de compliments, ainsi que les messieurs et les daines qui étaient présents à la noce. La jeunesse reçut des distributions d'argent. Tout le inonde, dit l'abbé Martin, (auquel j'ai emprunté l'ensemble de ce récit), fut content de cette fête, ceux qui la la donnèrent, et ceux qui la reçurent. Le mariage fut célébré dans la chapelle du château, en présence des messieurs et des dames venus à la noce ; enfin il y eut beaucoup de décence, et beaucoup de cordialité, et tous les étrangers furent charmés de la bonne harmonie qui régnait entre le village et le château.
En 17OG, le marquis de Rognes présenta au sénéchal d'Aix une requête tendant à faire obliger les recteurs de l'hôpital de Rognes à exhiber leurs titres de propriété sur les terres faisant partie du patrimoine des pauvres. 11 savait qu'il avait certainement des droits sur la directe de ces terres, et il demandait à voir les titres de propriétés de l'hôpital, afin de manifester clairement ces droits. En eftet, l'exhibition de titres faite par les recteurs de l'hôpital, eut pour résultat de faire produire par le marquis de Rognes, un mémoire dans lequel il déclarait « que de toutes les directes que l'hôpital prétendait être siennes, il n'y en avait qu'une seule, qui appartienne au dit hôpital » et que toutes les autres revenaient, de droit, au seigneur de Rognes. Il s'ensuivit une transaction, en vertu de laquelle toutes les directes en question, étaient abandonnées à l'hôpital, moyennant une petite redevance annuelle de cinq francs par an. Mais cette transaction n'arriva qu'après un long procès, qui coûta de l'aveu de l'abbé Martin, 6.000 francs à la communauté, et laissa subsister un nid à procès, qui eurent lieu, plus tard, et qui furent encore plus graves. Envoyant ces choses, l'on se demande quelle était
donc la passion qui dominait ceux qui étaient chargés des intérêts de cette commune? Gomment, pour éviter de faibles redevances, s'embarquaient-ils en de longs procès, qui ruinaient la communauté? Les de Rognes étaient obligés de défendre leur bien, et ils le firent presque toujours avec succès. La commune, au contraire, fut toujours sacrifiée par ceux qui comprenaient si mal ses véritables intérêts.
Jean-Nicolas, marquis de Rafélis de Rognes, mourut en 1775. L'on célébra, dans l'église de Rognes, un service solennel pour le repos de son àme. Son éloge funèbre fut prononcé par les consuls, et l'on cita particulièrement ce trait « qu'au temps où le régiment de la Couronne était cantonné à Rognes, le marquis, à l'insu de la communauté, avait payé les dépenses faites par ce régiment, et qui auraient dû être à la charge de la communauté ». Jean- Nicolas mourut à Aix, en Provence. Ce fut, dit l'abbé Martin, le meilleur des Rafélis ; cependant, ajoute-t-il, il fit un procès à la communauté. Aux yeux prévenus de l'abbé Martin, la communauté infaillible et souveraine, ne peut avoir eu tort, en quoi que ce soit.
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