CHAPITRE XLIII
Charles-Gaspard-Guillaume de Rafélis de Soissans
Prieur de la Canourgue, en Gévaudan,
Moine de l'Abbaye de Saint-Victor de Marseille,
Grand Vicaire de Narbonne et de Toulouse,
l'un des membres fondateurs de l'Académie de Marseille.
|$4j^jharles-Gaspard-Guillaume de Rafélis de Soissans, l^Sp prêtre religieux, profès de l'Abbaye de Saint- JfisQp Victor, de Marseille, l'un des premiers membres de l'Académie de Marseille, prieur de Condion, en Saintonge, puis de la Rumette, puis de la Canourgue, en Gévaudan, naquit à Marseille, le i5 mars i69i, de Pierre-Dominique de Rafélis, seigneur de Soissans et de Saint-Sauveur, capitaine d'une des galères du roi, et de Geneviève d'Arnoux, de Vaucresson.
La famille de Rafélis est divisée en trois branches, celle d'où est sorti celui dont il s'agit, domiciliée à Avignon, est dévouée à la marine, où elle a servi avec distinction. Le père de Charles-Gaspard Guillaume a laissé encore un autre fils ecclésiastique, quatre fils aussi connus par le mérite de leur esprit que par celui de leur profession. L'aîné a servi avec honneur sur les vaisseaux du roi; des trois cadets, tous officiers des galères du roi.
l'un est mort encore jeune, et les deux autres étaient
capitaines de galère en 1743.
En i693, Pierre-Dominique de Soissans, commandait la
galère la Magnanime, attachée avec trente autres
galères à l'Amirauté de Provence, dont le siège était à
Marseille (1).
L'abbé de Soissans fut conduit à Paris, dès sa tendre
enfance; il y commença des études, qu'il continua plus tard à Avignon, chez les .Jésuites, où il fit même son cours de théologie. De bonne heure il s'était destiné à l'état ecclésiastique, il voulut faire mieux encore, il entra comme novice dans la fameuse Abbaye de Saint-Victor, de Marseille, après avoir fait son noviciat tout entier à Saint- Victor, il prononça ses vœux et devint religieux profès, le 28 décembre 1707. En 1715, il fut élevé au sacerdoce, et fut appliqué bientôt après au ministère de la prédication évangélique. Il eut du succès dans ce genre de ministère, il fut recherché, et ses discours étaient suivis avec zèle, par un nombre considérable d'auditeurs. Avignon, où sa famille était bien connue, fut le principal théâtre de ses succès de prédicateur. Il fut encore plus applaudi dans la ville de Grenoble, en Dauphiné, où il prêcha davantage et où il séjourna plus longtemps qu'à Avignon.
Charles-Gaspard-Guillaume avait étudié l'histoire ecclésiastique, et avait apporté à ce genre d'étude un goût très prononcé ; il s'y était appliqué, en procédant toujours à l'aide d'une méthode de savante critique. Il avait composé un certain nombre d'ouvrages sur les questions de l'histoire ecclésiastique ; mais, soit que ces travaux n'aient été que manuscrits, soit qu'ils aient été égarés, soit qu'ils aient été détruits par lui-même, il ne reste de lui qu'une dissertation sur la vie de Procule, évêque de Marseille, qui vécut dans le cinquième siècle. L'histoire de Procule, évêque de Marseille, est en effet très curieuse, et ses
(1) Voir l'état de Provence, du R. P. R. de B., page 126, tom. l«r.
actes, au point de vue ecclésiastique, ont été diversement appréciés. Proculus, évoque de Marseille, assista au concile d'Aquilée; Saint-Jérôme le cite comme un prélat remarquable par son zèle et sa piété. Proculus fit juger, au concile de Turin, la question des préséances des évêques de Marseille sur les autres évèques de la deuxième Narbonnaise. Mais Patrocle, archevêque d'Arles, s'éleva contre lui, et réclama la préséance en laveur de son siège. Le pape Zozime écrivit aux évèques de la Gaule, et cita Proculus à Rome. Proculus refusa d'obéir. L'affaire l'ut rapidement instruite, et Zozime enjoignit aux Marseillais d'obéir à Patrocle, et, de plus, il déposa Proculus.
« Je ne suis pas surpris que Proculus persiste dans son effronterie, dit le pape Zozime, dans sa lettre, et qu'ayant perdu toute pudeur, il fasse chaque jour des actions condamnables ; il ne s'est fait connaître que par des troubles et par la confusion qu'il met dans Marseille; faisant des évoques, quoiqu'il ne soit plus évêqne, n'ayant qu'une autorité purement humaine, il se vante de pouvoir donner à d'autres une dignité, dont il a été autrefois revêtu, sans l'avoir méritée, et qu'il n'a pu conserver. » Boniface, successeur de Zozime, abandonna la cause de Patrocle et permit à Proculus de reprendre possession d'une prérogative de préséance que les évoques d'Arles ne tardèrent pas à lui enlever définitivement. « Je ne sais dans quel esprit Guillaume de Soissans a expliqué la conduite du pape Zozime et celle de Proculus. Mgr de Belzunce a traité la même question, dans les opuscules historiques qu'il a laissés. Dom Soissans et Monseigneur de Belzunce ont certainement vengé la mémoire de Proculus et celle du pape Zozime. »
« Dom Louis Le Fournier, l'un des moines les plus savants de la célèbre Abbaye bénédictine de Marseille t ayant remarqué les dispositions de Dom Guillaume de Soissans pour les études historiques, le détermina à l'aider dans ses reckerches, et à se consacrer à l'érudition
dans les matières ecclésiastiques. Il n'y a pas de doute que dans l'ensemble des travaux historiques de Dom Le Fournier, il y a plus d'une page due à la collaboration de Dom Guillaume de Soissans (i). »
En 1715, Mgr de Grillon, successivement évêque de St-Pons, puis archevêque de Narbonne, puis archevêque de Toulouse, prit Dom Guillaume pour son vicaire général ; celui-ci exerça cette charge pendant huit ans. Mgr l'évêque de St-Pons, le nomma au prieuré de Gondion, en Saintonge. Dom Guillaume revint ensuite à Marseille, et lorsque en 1726, le roi autorisa la création d'une académie de sciences et belles lettres dans la ville de Marseille, l'abbé de Soissans fut un des fondateurs et figura parmi ses membres les plus considérés et les plus distingués. Il se tint toujours éloigné de la société des Jansénistes, qui avaient de nombreux partisans, dans plusieurs maisons religieuses de Marseille.
En 1^33, Dom Guillaume fut nommé au prieuré de Rouiette, et puis au prieuré-cure de la Ganourgue, en Gévaudan, bénéfices qui étaient l'un et l'autre à la nomination de l'Abbaye de Saint-Victor. Le nouveau prieur alla résider dans son prieuré, ce qui priva pour toujours l'académie de Marseille de sa présence. Il donna sa démission d'académicien et fut remplacé à l'académie par Monsieur de Sinety, depuis commissaire du roi sur les galères, lequel était déjà associé correspondant de cette académie.
Le prieuré de Romette ayant été disputé à Monsieur l'abbé de Soissans, celui-ci se défendit et composa lui-même des mémoires et des factums, dans lesquels il fit briller, dit-on, autant de force et de génie, que de sagesse et de modération.
Sur la fin de sa vie, les médecins lui ayant interdit toute étude trop suivie, il s'adonna, autant qu'il le put, à la
(1) Note extraite de la vie de Monseigneur de Belzunce, évêque de Marseille, par Dom Bérengier.
connaissance des médailles. Il mourut à Avignon, le 7 juin I742> à l'âge de 5i ans (i).
(1). Cet article a été fait avec la notice qui se trouve dons Moréri, Dictionnaire des hommes illustrjs, et avec quelques notes communiquées par Dom Lévéque, bénédictin de l'Abbiyc de Sainte-Magdeleine à Marseille, ou extraites par nous, de l'bistoire de la ville de Marseille.
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