CHAPITRE XLIY
Pierre-André de Rafélis de Broves,
Vicaire général de Fréjus, Cabiscol de Lorgues, puis Prévôt du chapitre de Toulon, Membre de l'assemblée du clergé de 17G0, Prieur de Boulogne.
^tjMerre-Andrc, troisième fils de Joseph-Barthélémy )P de Broves, et de Marguerite de Glandevès, naquit ^L^i le 26 novembre 17 18, et fut baptisé le 27 novembre 17 18. « Baptême de Pierre-André de Raphaelis (sic), iiis de noble Joseph-Barthélémy de Raphaelis de Broves, et d'Anne-Marguerite de Glandevès, dame de Broves, né le 26 novembre 1718. Furent parrain : André de Glandevès, chevalier de Saint- Jean-de- Jérusalem ; marraine, Marie-Marguerite de Glandevès Raimondis, gouvernante et lieutenante (sic) de Draguignan (1). » Le parrain de Pierre- André devint plus tard commandeur de l'ordre de Malte, et chef d'escadre ; il était frère d'Anne-Marguerite de Glandevès, dame de Broves, et fut le protecteur de son
(1) Etat civil de Draguignan, 1718,
neveu, Jean-Joseph, comte de Broves et de Saint-Roman, qui s'illustra dans la marine. Il existe, au ministère de la marine, des lettres et des rapports militaires du commandeur de Glandevès. Marguerite de Glandevès, dame de Raimondis, était encore une sœur d'Anne-Marguerite, dame de Broves ; un de ses fils, capitaine de vaisseau, fit la campagne d'Amérique sous les ordres de Jean-Joseph, comte de Broves, qui était alors chef d'escadre. Ce Raimondis eut les bras emportés par un boulet de canon, dans un combat naval, et obtint une pension avec le brevet de commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint- Louis. Ces faveurs lui furent accordées, sur le rapport favorable de son oncle, chef d'escadre, le comte de Broves Suint-Roman.
Nous ne savons en quelle maison d'éducation Pierre- André fit ses études. Nous supposons qu'il les commença à Broves sous la conduite d'un précepteur, et qu'il les continua a Draguignan, au collège des Pères de la doctrine chrétienne. Nous supposons encore qu'il fit sa théologie au séminaire d'Aix, et qu'il vint les achever au séminaire de Fréjus. Il avait commencé ses études théologiques sous l'épiscopat de Monseigneur Pierre de Castelane, évoque de Fréjus, prélat fort zélé, et surtout fort ennemi des Jansénistes ; il les acheva sous Mgr du Bellay, qui succéda à Pierre de Castelane, en 1^39. Mgr du Bellay choisit de suite l'abbé Pierre-André, alors Agé de vingt-trois ans, pour vicaire général. Mgr du Bellay « était un prélat de haute distinction, il menait un grand train de maison, et dépensait largement ses quarante ou cinquante mille livres de revenus. Fatigué par les chaleurs et le climat de Fréjus, qui n'étaient pas favorables à sa santé, il se créa une résidence à Draguignan, situé dans la partie la plus saine de son diocèse. Il acheta l'ancien monastère des religieuses visitandines, vaste habitation admirablement exposée au midi, et entourée de jardins. Il bouleversa cet édifice, afin d'y établir des appartements appropriés à son usage, et au logement de ses vicaires
généraux. Il fît de ce couvent un palais, il ouvrit ses vastes salons, et il se mit à recevoir tous les soirs l'élite de la population dracénoise. L'intimité de Mgr du Bellay et de Monsieur de Broves, père de Pierre-André, a laissé des souvenirs dans la mémoire des vieillards de Draguignan ; feu Monsieur l'abbé Barbes, ancien curé de Cannes, et natif de Draguignan, m'a raconté que son père avait entendu dire que tous les soirs, Monsieur de Brovis traversait l'étroite rue du Combat, qui sépare la rue Saint-François de celle où se trouvait le palais de Mgr du Bellay ; les passants attardés le rencontraient souvent dans l'obscurité de cette ruelle, et se disaient en patois « Aquel, es moussu de Brovis. » La famille de Broves et celle de Raimondis étaient admises dans l'intimité de l'évêché, et fréquentaient « ce salon de compagnie, tapissé en cuir fond rouge, meublé de douze fauteuils à l'antique, couverts de maroquin rouge, de deux tables de piquet, de trois tables à quadrille, d'un trictrac avec ses deux bougeoirs d'argent, d'une encognure en bois de noyer et dessus de marbre, d'une grande table à pieds de biche, sur laquelle il y avait une Sainte-Beaume, avec son cadre doré, de tentures en taffetas vert sur la cheminée, et des rideaux d'indienne aux fenêtres. »
Mgr du Bellay avait à son service seize domestiques, et sa maison ne renfermait pas moins de quarante chambres, salons, cabinets. Chaque appartement avait une serrure spéciale, mais le prélat avait eu le secret de se faire un passe-partout, chef-d'œuvre de serrurerie, qui ouvrait toutes les portes de son palais. C'est dans ce palais, avec un tel prélat, que l'abbé Pierre-André vécut de longues années, se partageant entre la maison de son père et colle de son évoque. Sévère observateur de la discipline ecclésiastique, Mgr du Bellay fut un maître en même temps qu'un ami pour notre honoré grand-oncle. Celui-ei collabora à tous les essais de réformes que le prélat voulut taire dans son diocèse. Il établit une grande propreté dans les
4o UNE FAMILLE DE PROVENCE
églises, les sacristies, les ornements, les linges, les livres du culte, et les vases sacrés. Les prêtres furent obligés de soigner leur tenue, trop souvent négligée. Les jeunes ecclésiastiques allaient volontiers faire leur théologie au séminaire d'Aix, il les obligea à faire au moins un an de séminaire à Fréjus, avant de recevoir les ordres sacrés. Il fit imprimer un catéchisme à l'usage du diocèse de Fréjus, nous sommes persuadés que l'abbé Pierre-André fut appelé à donner sa collaboration dans l'entreprise si grave et si importante de la rédaction du catéchisme diocésain .
Pierre-André se trouvait auprès de Mgr du Bellay au moment où, tout péniblement impressionné de la suppression des Jésuites, qui venait d'avoir lieu, le bon prélat. très clairvoyant, dit à ses séminaristes réunis autour de lui : « Mes enfants, le même sort nous attend. Adieu mitraille, adieu prêtraille ; je suis trop vieux pour voir ce malheur social, mais vous le verrez vous-même. »
Pierre-André vit ce malheur social prédit par son père en Dieu, et il en mourut victime.
L'abbé de Rafélis de Broves fut reçu licencié en théologie, probablement, dans la faculté ou université d'Aix. « Lettre et diplôme de licence en théologie, pour Pierre- André de Rafélis, vicaire général de Fréjus (i). » Il fut ensuite nommé cabiscol de Lorgues ; la charge de cabiscol était une de ces dignités, qui existaient autrefois, dans les églises collégiales et cathédrales du Midi. Il fut ensuite nommé prévôt d'Aups, et nom d'Ampus, comme l'a dit mon honoré père dans ses notes, car il n'y avait pas d'église collégiale à Ampus. « Mise en possession de la pré voté d'Aups, en faveur de messire Pierre-André de Rafélis de Broves, licencié en théologie, cabiscol de Lorgues, vicaire général de Fréjus (2). » La collégiale d'Aups, sous le titre de Saint-Pancrace, était la première des cinq collégiales du diocèse de Fréjus, (Aups,Barjol, Lorgues, Pign ans
(1) Revel, notaire, 6 février 1742.
(2; Revel, notaire, 1747, folio 587,
et Draguignan.) Cette collégiale d'Aups était composée d'un prévôt, d'un sacristain, de six chanoines, de six chapelains, et de deux curés (i). »
Le 28 août 1760, Pierre- André de Rafélis assiste comme délégué de Mgr l'évêque de Fréjus (Mgr du Bellay), au procès-verbal d'estimation du monastère des Ursulines, mis en vente à cause de la dispension des religieuses ruinées par le système de Law. « Savoir faisons, nous Antoine Gordon, bourgeois de la ville de Draguignan, expert indiqué par M. le promoteur du diocèse, pour dresser procès-verbal estimatif des bâtiments et jardins des religieuses Ursulines de cette ville, qu'ensuite de l'assignation à nous donnée, à la requête de M. le promoteur, par exploit du cinquième du présent mois, de comparoir le lendemain, à huit heures du matin, dans la maison et salle de Monsieur de Brovès, servant de prétoire, et par devant messire Pierre-André de Ralïélis de Brovès, vicaire général de Mgr l'évêque de Fréjus, commissaire en cette partie, député, pour prêter serment, nous avons tenu l'assignation (q). »
Le i3 octobre iy55, l'abbé de Brovès assistait à Brovès au mariage de sa sœur, Marie-Magdeleine, avec messire Jean de Thoas de Selle, seigneur de Caille. Labénédiction nuptiale fut donnée par messire Joseph Aubany, prêtre du lieu des Avys, ami de la famille. L'abbé de Brovès signe avec simplicité, à la suite de tous les témoins, qui furent : « Messire Charles-François de Glande vès, baron de Glande vès, seigneur de Castellet, Cassien, A'ergon, de L'IIubac, d'émirat ; grand sénéchal de Castelane, oncle maternel de la demoiselle ; messsire Charles de Lombard de Gourdon, de la ville de Grasse ; messire Albert de Thoas
(1) L'Etat de la Provence dans l'Eglise, parle P. R. I>. H., page 141, tome 1.
(2) Archives du diocèse de Fréjus. (Pièce publiée par M. Octave Teyssier, dans sa brochure : Le Palais d>' Monseigneur du Bellay, à Draguignan).
4a UNE FAMILLE DE PROVENCE
de Selles, seigneur de Caille ; messire Alexandre d'Isnard, seigneur d'Esclapon ; messire Joseph Ghiris, curé de Broves (i). »
Dans la même année, Pierre-André assista, comme vicaire général, et comme bon voisin, au triduum solennel qui eut lieu dans la chapelle de la Visitation de Draguignan, à l'occasion de la béatification de Sainte-Chantal. « Ce jour-là une grande animation régna dans la ville de Draguignan. La fête du couvent devint celle de la cité ; le canon, les boëtes, une énorme quantité de fusées, portèrent aux nues l'explosion de l'enthousiasme général. Dans la chapelle des Yisitandines, il y eut des illuminations splendides, et des décorations riches et de bon goût. Monsieur de Broves, vicaire général de Fréjus, présida à l'ouverture et à la clôture de la fête ; il dit la messe avec une chasuble en broderie d'or relevé, et à fleurs naturelles, qui avait été brodée par les religieuses, expressément pour cette circonstance. Aujourd'hui, ce chef-d'œuvre de broderie, qui a échappé aux destructions de l'époque révolutionnaire, existe encore dans la sacristie de l'église paroissiale, le prêtre s'en sert aux grandes solennités : grâce aux intelligentes réparations dont il a été l'objet, cet ornement pourra être conserve encore longtemps dans l'état de fraîcheur qui lui a été rendu ; tel qu'il est, il mérite l'admiration des connaisseurs. — Monsieur Taxil, promoteur du diocèse, fit la lecture du bref de béatification, le panégyrique de la sainte fut prononcé successivement par le père Mourard, recteur du collège des doctrinaires de Draguignan, par Monsieur Vaille, confesseur de la communauté, par Monsieur Chautard, bénéficier de la cathédrale de Fréjus, par Monsieur Ferréol Lombard, sacristain de la collégiale de Draguignan. Ces détails sont extraits d'une lettre circulaire, écrite par la mère Garcyni, supérieure du couvent, et adressée à toutes les maisons de la congrégation .
(1) Etat civil de Broves.
Monsieur de Broyés, vicaire général, fut aussi L'ami, le conseil et l'appui de la communauté des Yisitandines, surtout dans les années 1^58 et i^59, où cette maison fut pour ainsi dire anéantie, par une sorte de peste, qui emporta neuf religieuses de chœur, et ne laissa dans la maison que de jeunes professes. Mgr du Bellay, sans doute sur les prières de l'abbé de Broves, qui était allié à la famille de Thomassin, obtint de Monseigneur l'archevêque d'Aix, Madame de Thomassin, religieuse de chœur du monastère delà Visitation d'Aix. Cette supérieure, amie de Monsieur de Broves, s'efforça de faire pratiquer la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. Elle obtint une indulgence plénière pour chaque premier vendredi du mois, et lit ériger un autel du Sacré-Cœur dans la chapelle. Elle fit prospérer la maison. Dans une circulaire de 1759, la mère de Thomassin dit textuellement : « Qu'on ne saurait avoir trop d'édification de l'empressement avec lequel Messieurs les chanoines de la collégiale et les musiciens de la ville, apportent leur concours aux fêtes et solennités du couvent. Monsieur de Broves, vicaire général, se donne lui-même la peine de chanter des litanies et des motets en musique. »
Au commencement de l'année 1760, l'abbé de Broves, grand vicaire de Fréjus, fut nommé député à l'assemblée générale du clergé de France, pour la province d'Aix.
« Assemblée générale du clergé, tenue à Paris, au couvent des Grands- Augustins.
« L'an 17O0, le samedi ier mars, Messeigneura les évoques et archevêques, et Messieurs les députés du second ordre, convoqués pour rassemblée du clergé do France, se sont rendus à l'hôtel de Mgr L'archevêque de Narbonne, où, étant assemblés, les prélats ont dit, etc »
« Messieurs les agents généraux du clergé ont fait la lecture des procurations.
« La procuration de la province d'Aix, en Provence, passée devant Boyer, notaire royal apostolique à Aix. Le 5 février 1760, par laquelle Mgr l'Illustrissime et . llévéren-
dissinie Pierre Annet de Pérouse, évoque, comte et seigneur de Gap, confesseur du roi, et son conseiller en tous ses conseils, a été député pour le premier ordre du clergé; et pour le second ordre, messire Pierre- André de Rafélis Brovès, cabiscol à l'église collégiale de Lorgues, et vicaire général de Mgr l'évêque de Fréjus
(( Monsieur l'abbé de Broglie a dit : Sur une
réquisition du procureur du roi, à Agen, du 4 décembre 1758, ce tribunal rendit le même jour une ordonnance qui enjoignait à tous les propriétaires de biens nobles, soit laïques, soit ecclésiastiques, de la fondation de Tournon, de fournir les titres de nobilité de leur bien, et faute d'y satisfaire dans un certain délai, qu'ils seraient imposés à la taille, comme tous les biens ruraux.
« Les ecclésiastiques, possesseurs de biens nobles, ne crurent pas devoir se soumettre à cette ordonnance, et nommèrent les collecteurs pour les biens de la dotation de leurs paroisses, dont ils avaient toujours joui, comme de biens nobles, et dans la possession desquels ils avaient été confirmés par plusieurs déclarations.
« Cependant, Messeigneurs,ilsont été imposés à la taille, faute d'avoir représenté leurs titres, et plusieurs collecteurs ont été mis en prison, pour ne l'avoir pas exigée, et ont été forcés de payer de leurs propres deniers le mon tant de cette imposition injuste. Si ceux de Tournon succombaient dans cette affaire, il n'est pas douteux que l'élection d'Agen n'étende l'exécution de son ordonnance dans tous les lieux de son ressort, et ces exemples ne manqueraient pas d'être suivis dans tous les pays où la taille est réelle.
« L'ordonnance de l'élection d'Agen est contraire à l'article 4 de la déclaration de 1684, et son entreprise doit être nécessairement réprimée.
« Le rapport fait, l'assemblée a chargé Messieurs les agents d'écrire à ce sujet à Monsieur de Tourny, intendant de Bordeaux, et a prié Mgr l'évêque de Gap, et Mon-
LES RAFÉLIS fô
sieur l'abbé de Broves, de voir Monsieur d'Ormesson sur le môme sujet. »
Séance du 3o mai 1760 :
« Mgr l'évêque de Gap a dit que suivant les
intentions de l'assemblée, il avait été avec Monsieur l'abbé de Broves, chez Monsieur d'Ormesson, pour lui faire des représentations au nom de l'assemblée, au sujet de la sentence que les juges de l'élection d'Agen ont rendue pour obliger les propriétaires de biens nobles etc. etc. Que Monsieur d'Ormesson avait paru touché des raisons qu'ils lui avaient exposées, en faveur des ecclésiastiques ; qu'il avait promis d'écrire à ce sujet, pour faire surseoir à cet égard à toute poursuite contre eux, jusqu'à ce que le conseil soit en état de statuer sur cette affaire (1). »
Séance du 17 mai 1760 :
« M. l'abbé de Jumilhac a lu à l'assemblée un mémoire, qui lui avait été adressé par Mgr l'archevêque d'Aix, par lequel ce prélat se plaint d'un abus introduit depuis peu au Parlement d'Aix, au sujet d'une aumône arbitraire, à laquelle les juges taxent les personnes qui ont besoin de l'annexe de cette cour, en les dispenses qu'elles ont obtenues en cour de Rome ou à la vice-légation d'Avignon, pour pouvoir se marier avec des parents aux degrés prohibés.
L'assemblée, désirant s'opposer à cette nouvelle entreprise, a prié Mgr l'évêque de Gap, et Monsieur l'abbé de Broves, de présenter un mémoire à Monsieur le Chancelier, pour la réformation d'un pareil abus.
Le 24 mai, Mgr l'évoque de Gap a dit que, conformément aux intentions de l'assemblée, il avait été. avec M. l'abbé de Broves, chez M. le Chancelier, qu'ils avaient représenté à ce chef de la justice, que, dès l'année 1741' u'
(1) Collection des procès-verbaux dos assemblées du Clergé de Franco, tome VIII, page 730.
Parlement d'Aix avait tenté d'augmenter les droits qu'il avait accoutumé de prendre sur les annexes des dispenses ecclésiastiques, etc., etc. Mgr l'évêque de Gap a ajouté que M. le Chancelier avait trouvé les plaintes du clergé à cet égard, justement fondées, et qu'il ferait cesser cet abus (i). »
L'abbé de Broves signa les procès-verbaux de l'assemblée de 1760, et en particulier son nom figure au bas de la répartition de la somme de 3i millions, « à laquelle l'assemblée a jugé que les revenus des diocèses du royaume doivent être fixés. »
Quelque temps après la clôture de l'Assemblée du clergé de 1760, Monsieur l'abbé de Broves obtint du roi un important bénéfice : « Monsieur l'abbé de Broves, vicaire général de Fréjus, est nommé par le roi au prieuré de Boulogne (a). »
En 1768, au mois de juin, messire Pierre- André de Broves se trouvait à Broves et assistait au mariage de sa sœur, Marie -Marguerite, avec messire François-César Chauvet d'Allons, procureur du roi à Draguignan. Avec son frère Jean-Joseph, chef d'escadre, il tenait la place de son père, Joseph-Barthélémy, mort depuis dix ans.
Il signa avec simplicité, à la suite de son frère aine qui signa « Broves » : « l'Abbé de Broves ». Parmi les témoins de ce mariage, furent Jean-Baptiste-Alexandre Chauvet d'Allons, aide-major au régiment de Roussillon, frère de l'époux ; messire Christophe de Villeneuve Bargemon, chevalier, baron de Yaucluse, seigneur de Bargemon et autres places; messire Gaspard de Rafélis de Tourtour, chevalier, seigneur de Tourtour ; messire d' Audiffret ; Marguerite de Glandevès, dame de Broves, (mère de Pierre-André, de Jean-Joseph et de Marie-Marguerite, etc.) assista à ce mariage, elle signe la dernière, et son nom est
(i) Ibid, page 920.
(2) Gazette de France, du 7 Août 1760.
placé entre celui de l'abbé Latil, prieur, et celui de l'abbé Ghiris, curé de Broves. Sa signature, dune écriture encore ferme, est ainsi libellée : « Glandevès Brovès (i). »
Madame de Broves, veuve de Joseph-Barthélémy, mourut à Broves le 5 novembre 1768. L'Abbé de Broves se trouva certainement auprès d'elle, pour l'entourer d'affection filiale et de soins spirituels, dans ce moment suprême. Il faut croire que tous ses nombreux enfants étaient présents à Broves, sauf Jean-Joseph, qui était capitaine de \ aisseau, et faisait campagne dans ce temps-là. L'abbé de Broves, pour lequel son frère Jean-Joseph semble avoir eu toujours une estime affectueuse, reçut de lui la commission de faire le nécessaire, pour l'expédition de ses affaires personnelles.
C'est pour cela, sans doute, qu'un mois à peine après la la mort de Madame de Broves, (le 14 décembre 1768), au gros de l'hiver, nous rencontrons l'abbé de Brovès, à Brovès, s'occupant des intérêts de son frère Jean-Joseph.
« Savoir faisons, que sur la réquisition à nous faite, de la part de messire Pierre-André de Rafélis Brovès, prévôt de l'église de Toulon, en qualité de procureur général de messire Jean-Joseph de Raphélis de Broves, chevalier, capitaine de vaisseau, au département de Toulon, absent, d'arpenter et estimer toutes les terres, les contenances nobles et cultivées, que le dit seigneur possède dans la terre de Broves et de St-Roman, en conformité de la lettre de Messieurs les syndics de la noblesse, du 10 juin de la présente année. Nous avons procédé à cette opération. Nous nous sommes servi d'un arpent de huit pans, qui composent la canne. Nous avons estimé les biens, emplacements, maisons, bastides, champs, prés, jardins, meuriers, qui sont fort rares dans ce pays, etc., etc.. Revenant le total des revenus de la terre de Broves à 3639 livres et de la terre de Saint-Roman à •j()/J3 livres. Ayant remis le présent à messire Pierre-André de Rafélis
(1) Voir l'acte du 13 juin 1768, état civil de Broves.
de Broves, prévôt de l'église de Toulon, pour servir et valoir à Monsieur son frère, ainsi que de raison. Fait et fini à Brovès, le quatorzième jour de décembre 1768. Signé : Pellicot (1) ».
Monsieur Granet, vieillard du village de Broves, m'a dit que cette estimation était de beaucoup inférieure aux revenus réels de cette terre de Broves et de Saint-Roman ; à son estime elle produisait au moins dix mille livres de rente, et aujourd'hui telle qu'elle est, divisée et cultivée, elle produit trois fois davantage .
Nous savons, d'une science certaine, que l'abbé de Broves était maladif, et qu'il fut obligé de cesser l'exercice de ses fonctions de vicaire général, à cause du mauvais état de sa santé. Nous croyons qu'il remplit les fonctions de grand vicaire jusqu'en 1770, et que, dès lors, il vécut retiré à Draguignan, au sein de sa famille. Il habita probablement la maison de Broves, qui se trouvait sur la place du Marché, puis il habita dans la rue Saint- François, l'hôtel que Jean-Joseph de Rafélis de Broves, acheta en 1780, à Latil, marchand de Draguignan, qui tenait luimême cet immeuble de la famille de Villeneuve Flayosc, laquelle racheta cet immeuble quelques années après, lorsqu'il fut mis en vente, après la mort de Jean-Joseph de Broves. A l'époque où éclata la révolution, l'abbé Pierre-André logeait, m'a-t-on assuré, dans une maison petite et étroite, située dans les environs du collège des Pères de la doctrine chrétienne. Un vieillard, âgé de quatre-vingts ans, a dit à Monsieur Mireur, archiviste du département du Var, qui me l'a raconté, que Yabbé de Broçis était un homme très bon et très charitable, il avait des jours désignés d'avance pour répandre ses aumônes dans le sein des pauvres. Il lui arriva même, au dire de ce vieillard, d'user des services du trompette de Draguignan, pour faire annoncer, à son de trompe, dans tous les quartiers de la ville, qu'une distribution de pain, d'argent,
(1) Archives du Var.
ou de vêtements, aurait lieu tel jour, à telle heure, au domicile de Monsieur l'Abbé de Broves (i).
Il est également certain que depuis 1780, Pierre-André, qui tenait un certain état de maison, grâce aux bénéfices ecclésiastiques dont il était pourvu, s'abandonna aux soins de sa sœur Marguerite, épouse séparée de Ghauvet d'Allons. Marguerite de Broves, dame d' Allons, ne trouva que des malheurs, dans un mariage mal assorti. Elle s'est rendue digne de notre respect, par le dévouement à toute épreuve qu'elle a su témoigner à son frère, prêtre vieux et infirme. Nous pensons que Marguerite n'aurait pas été recueillie par son frère, homme respectable et considéré, si sa séparation d'avec son mari n'avait pas été justifiée par quelque inconséquence notoire de son mari , poète léger, anacréontique dans ses vers et peut-être dans ses mœurs, capricieux avec sa muse et peut-être aussi avec sa femme.
Ayant sa sœur Marguerite à son foyer et gouvernante de sa maison, entouré d'affection, par son autre sœur, Magdeleine, épouse de Jean de Thoas de Celles., qui résidait à Grasse, et par tous les parents et amis qu'il possédait, l'abbé de Broves vécut paisiblement à Draguignan, où les charmes de la société s'offraient en foule à ceux qui les désiraient; car alors Draguignan était une ville où, selon l'expression de Monseigneur du Bellay, ancien évêque de Fréjus, il y avait « beaucoup de décimaires, de nobles et de désœuvrés ». N'ayant reçu de ses père et mère que peu ou point de patrimoine, il était toutefois en mesure de tenir sa maison dans l'opulence, car il possédait plus de vingt mille livres de revenus ecclésiastiques, de sa prévôté du chapitre de Toulon, ou de son prieuré de Boulogne. Lors de la déclaration que les ecclésiastiques furent obligés de faire des revenus de leurs bénéfices* l'abbé de Broves déclara 7.000 écus de revenus. « Ier mars 17%, Pierre-André de Halélis de Broves,
(1) Renseignement fourni à Monsieur Mireur, par Tabard l'aveugle, en 1859.
ancien vicaire général de Fréjus, déclare n'avoir qu'une pension de 7.000 écus, qu'il s'est réservée sur la cathédrale de Toulon, par acte de permutation de la fin d'avril 1789, avec l'abbé de la Serre, vicaire général de Toulon ; prévoté à laquelle il fut nommé en régale, le i5 août 1760; et depuis à peu près ce temps-là, toujours à peu près malade ; le bénéfice donné en permutation, sous le titre de Pierre de Luxembourg, est dans la même cathédrale de Toulon, mais de si peu de valeur, qu'il n'a pas pris la peine d'en prendre possession (1). »
Le texte que nous venons de citer, prouve ce que nous avons avancé, à savoir que Pierre-André n'avait pas moins de 21.000 livres de rentes ; le ton de cette déclaration, dans laquelle l'abbé semble faire peu de cas de ces 21.000 livres de rente, permettrait à la rigueur de supposer, qu'avant sa permutation avec l'abbé de la Serre, en 1789, il possédait des revenus bien autrement considérables. L'on doit toutefois ajouter ici à sa louange et pour honorer sa mémoire, qu'il n'a pas thésaurisé les biens d'Eglise, mais que se soumettant à la règle ecclésiastique, il avait, selon les saints canons, employé en bonnes œuvres le surplus des revenus qui lui restaient, après avoir pourvu à ses besoins personnels. La preuve en est que lorsqu'éclata la révolution, et que ses revenus ecclésiastiques furent supprimés, il se trouva réduit à la plus grande pauvreté. En effet : « A la fin de l'année 1790, de Rafélis, ancien prévôt de l'église cathédrale de Toulon, né le 24 novembre 1717, à Draguignan (2), vicaire général de de Fréjus, pendant plus de vingt ans ; cabiscol de Lorgues, depuis 1746 à 1761 ; député à l'assemblée générale du clergé, 1760 ; nommé à la prévoté du chapitre de Toulon en 1761; demande un traitement de
(1) Déclaration du clergé, archives du Var, à Draguignan.
(2) Ceci est inexact, il est né en effet le 26 novembre 1718, et à Brovès.
LÈS RAFELIS 5l
4.000 francs, payables à Draguignan, où il fait sa résidence auprès d'une de ses sœurs, qui le soigne (1). »
Nous ne savons aucun détail sur l'existence de Pierre- André, depuis 17% jusqu'en 1793. Tout ce que nous pouvons assurer avec certitude, c'est qu'il fut un des premiers couchés sur la liste des sectionnaires et des suspects, en ses qualités de prêtre non assermenté, de frère d'un député royaliste aux Etats généraux, ayant défendu, au prix de sa vie, la famille royale, dans la journée du dix août ; et enfin en sa qualité d'oncle d'émigrés, de cousin d'émigrés et d'ami d'émigrés. Il fut emprisonné en 1793 et mourut en prison. « Le i3 octobre 1793, dans l'hôtel de la citoyenne Raimondis, on a entassé des prisonniers de tout âge et de tout sexe. La plupart sont coupables de parenté avec les émigrés ; la maîtresse de la maison la première (2). »
Parmi les noms des détenus l'on trouve, Marguerite Raphélis, ci-devant de Broves, épouse Ghauvet François- César, ci-devant d' Allons, ce poète, lauréat de l'académie de Marseille, qui a eu beau protester, les larmes aux yeux, qu'il était innocent de l'émigration de son frère... Voici les suspects retenus jusques à la paix, par ordre du tribunal révolutionnaire de Grasse et qui en furent quittes à bon marché. Parmi eux, Jacques-Paul Périer, ci-devant de la Garde ; Marc-Antoine-Hercule Jordany, et le malheureux abbé Pierre- André Raphélis, ci-devant de Broves, brisé par les ans et par la souffrance, qui ne devait, hélas, revoir ni la paix, ni la liberté, car il mourut en prison, le i3 fructidor, an IL (i3 septembre 1794). L'abbé de Broves appartenait à une de nos premières familles, et avait rempli des postes et des missions distinguées, successivement cabiscol du chapitre de Lorgnes, vicaire général, prévôt
(1) Délibération du district de Toulon, registre 1790-1791. Fol. 72. Archives du Var.
(2) La maîtresse de la maison était une Glandevès, par conséquent une cousine de l'abbé de Broves, dont la mère était une Glandevès.
du chapitre de Toulon, c'est lui qui avait eu l'honneur de représenter la province d'Aix, à l'assemblée générale du clergé, en 1760 (1). »
Le décès de Pierre-André de Broves, figure à l'état civil de Draguignan. « Déclaration du décès de Pierre-André Raphélis, 77 ans, décédé le i3 fructidor, an II, faite par Delon, âgé de 28 ans, et Bertrand, marchand tailleur. »
L'abbé de Broves, qui avait fait, en 1778, un testament en faveur de Jean-Joseph, son frère aine, fit un second testament, en 1793, dans sa prison, et institua héritière universelle, sa sœur Marguerite. « La citoyenne Raphélis Broves, épouse Chauvet, détenue dans la maison d'arrèl, réclame les hardes et vêtements de femme, provenant de la succession de l'abbé de Broves, décédé dans la maison Raimondis (2). »
L'on a recueilli à la bibliothèque publique de Draguignan, plus de n38 volumes, ayant fait partie de la bibliothèque de l'abbé de Broves. Plusieurs d'entr'eux sont reliés en veau, dorés sur tranche , et ornés d'ex-libris au nom de l'ancien propriétaire. On y voit de nombreuses bibles et de nombreux sermonnaires; les œuvres de Bullon; celles de Rousseau, Lucrèce, Molière, Cervantes, Catulle, Tibulle, les Baisers Poèmes, les Amours de Théogène et de Chariclée ; Daphnis et Chloé ; Contes de Marmontel; Pope; Mémoires de Monsieur de Caylus ; Epitres d'Héloïse et d'Abeilard ; Reynier ; Rétif de la Bretonne; Juvénal; Condiliac, Mably ; Saint-Evremont ; Helvétius ; Voltaire ; l'Encyclopédie. L'abbé avait eu par succession les livres de son frère Jean-Joseph, il les avait en sa possession, mais non certainement en estime. Je possède moi-même, par succession de famille, plusieurs volumes ayant appartenu à l'abbé Pierre- André. Parmi
(1) Extrait des délibérations du conseil communal, du 27 ventôse, an II, (Archives communales). Cité dans l'ouvrage, l'Hôtel de Raimondis, par Monsieur Mireur, directeur des archives du Var.
(2) Inventaire du mobilier des émigrés. Archives du Var.
ces volumes, figurent sept à huit tomes de Y Histoire philosophique et politique de V établissement des Européens dans les Indes. Cet ouvrage impie a été lu par l'abbé Pierre-André, avec une indignation qui se traduit fréquemment par des annotations énergiques, écrites par l'abbé de Broves, sur les marges des pages, où se lisent quelques grossières insultes au catholicisme. Je ne citerai pour mémoire qu'une seule de ces annotations. L'auteur de l'histoire philosophique se moque « des fous de la Trappe qui s'exténuent lentement, et qui ne finissent de vivre qu'en achevant de mourir. » L'abbé écrit en marge : « Fol est cet auteur lui-même, qui parle avec tant d'impudence ; ces fous sont des sages, et cet auteur prétendu sage n'est qu'un fou; qu'il me prouve le contraire, ou qu'il se taise sur la religion, à laquelle il n'entend rien. »
En un autre endroit l'auteur de l'histoire philosophique s'étonne, avec impiété, que les chrétiens ne croient pas à l'immortalité du Pape, puisque les habitants du Thibet croient à l'immortalité de leur grand Lama, et saupoudrent leurs aliments avec les excréments de ce personnage. L'abbé écrit en marge : « Belle exclamation ! il n'y a que la rage qui puisse parler de la sorte. Et cela fera rire un lecteur ? grand Dieu quel siècle que le notre ! »
L'auteur fait une sorte d'apothéose du fameux Frédéric de Prusse; mon grand oncle écrit en marge ces mots, dans lesquels on lit son bon sens, son patriotisme, son esprit supérieur : « On n'aurait pas soupçonné que Frédéric dut être le réparateur de l'univers. »
L'abbé de Broves ne fut ni un abbé philosophe, ni un abbé littéraire, encore moins un abbé de cour, ce fut un saint prêtre.
mite-