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arbitraire dont c'est la fonction essentielle de s'inventer un spectacle, de se donner elle-même à elle-même en spectacle, et ce qu'il nous faut analyser, c'est le mécanisme, en vertu duquel les modes de cette activité supportent la connaissance scientifique. Or, la seule activité qui existe dans l'univers est cette activité, et tout mouvement émanant d'elle s'exprime, et c'est là tout ce que nous en pouvons dire en une relation rigoureuse d'objet à sujet. Dans cette relation, la position réciproque occupée par l'objet et le sujet à l'égard l'un de l'autre n'est qu'une conséquence de l'activité essentielle de la pensée et ni l'objet, ni le sujet ne possèdent aucun pouvoir quelconque de créer ou de modifier cette relation que leur impose le mouvement de la pensée.
Ceci posé, et pour que la pensée se puisse donner un spectacle cohérent et suivi comme celui auquel nous assistons, il faut et il suffit que, parmi la diversité des postures où elle se meut et se divise, il en soit qui se répètent selon un rythme fixe et invariable. Ce fait de répétition rythmique dans le mouvement de la pensée soutient entre le sujet et l'objet une série de relations absolument fixes et constantes qui donnent l'illusion d'une réalité objective ou qui, pour mieux dire, sont la réalité objective, s'il est bien entendu que l'on cesse d'en-
tendre, sous cette qualification, une réalité indépendante du mouvement de Tesprit. Tant que le rythme de la pensée demeure semblable à lui-même, il détermine entre le sujet et l'objet, entre une infinité de sujets et une infinité d'objets, ces rapports fixes et inébranlables que Ton vient de signifier, et le sujet, qui n'est doué par lui-même d'aucun pouvoir modificateur, est condamné à considérer l'objet sous cet aspect toujours identique, à distinguer en l'objet des propriétés incommutables sur lesquelles il n'a aucune prise, à l'égard desquelles toute son action s'épuise à les connaître. C'est en raison de la persistance de ces gestes constants et rythmiques de la pensée que je ne puis me soustraire, si j'ouvre les yeux au spectacle des apparences corporelles. Ce geste constant vient-il à se briser, toute la réalité objective qu'il supportait s'effondre, nous n'avons plus à en discourir, le rêve cohérent, que la pensée construisait, est dissipé pour faire place à quelque autre, oh trouveront place d'autres, de nouvelles descriptions. Mais le geste continue, c'est bien le même rêve que nous poursuivons, nous sommes en possession d'une réalité objective sur laquelle nous pouvons tabler, avec laquelle nous ne pouvons pas ne pas compter. Cela suffit pour affirmer que nous possédons la matière de la science. Des objets se révèlent à nous avec
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des propriétés fixes, avec des caractères distincts, nous allons pouvoir abstraire ces propriétés, en former des lois qui participeront de la fixité imposée à Fobjet dans sa relation avec le sujet, nous allons pouvoir, en combinant entre elles la diversité des lois, utiliser à notre profit les propriétés de la matière et, selon la formule inventée en vue d'une réalité indépendante, exploiter la nature en lui obéissant.
Dès lors l'activité scientifique est possible. Activité purement spectaculaire et qu'il faut distinguer expressément de l'activité où la pensée continue d'improviser le spectacle. Cette distinction est, sous le jour de l'idéalisme, de la plus haute importance. Le jeu de la pensée s'exerce, dans le monde qui est notre représentation actuelle, selon des degrés de nécessité différents. Or l'activité scientifique ne prend barre que sur les mouvements de la pensée où se manifestent certains caractères de nécessité déterminés. Ce sera donc préciser les conditions sous lesquelles la science est possible et reconnaître exactement son aire que de recher-
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cher quels sont ceux de ses mouvements où ces caratères sont marqués. Cette recherche nous conduira à distinguer, parmi divers modes des mouvements de la pen^e, deux modes distincts, engendrant deux catégories de nécessité, distinctes aussi et inégales, mais à l'occasion desquelles la pensée pourra s'exercer par la suite sous sa forme scientifique. On distinguera ensuite un autre mode de mouvements à l'occasion desquels l'activité de la pensée sera classée sous une nouvelle catégorie de nécessité, que Ton nommera le déterminisme de la force, cette catégorie nouvelle se distingue des précédentes en ceci, qu'elle implique, aux premiers stades de sa genèse, l'action du hasard ou d'un arbitraire mental. Aussi échappe-t-elle, à Tépoque de sa formation, aux prises de l'activité scientifique. On donnera le nom d'activité morale à la forme sous laquelle le jeu de la pensée s'y manifeste et on assignera le champ de cette activité morale pour frontière au domaine sur lequel il est possible à. l'activité scientifique de^s'exercer. Dès maintenant, toutefois, on signalera que les modes du nécessaire, à l'occasion des(|uels se déploie l'activité scientifique, ont leur origine, ceux du moins du second degré, dans ces mouvements arbitraires de la pensée que régit seul le déterminisme delà force. Ces mouvements deviennent objets de science après
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que le déterminisme de la force ayant mis fin à la lutte pour la puissance engagée entre eux, en a éliminé quelques-uns et a établi entre les autres des hiérarchies définitives et fixes. ,
Les développements que Ton va entreprendre rendront compte de la signification et de la portée de celte remarque préliminaire. 11 apparaîtra d'ailleurs, dans toute la suite de ces développements, que lactivité de la pensée ne s'exerce jamais qu'à l'occasion des rythmes tracés par l'activité même de la pensée au cours de ses modes antérieurs, de quelque catégorie du nécessaire que ces modes relèvent, en sorte que la pensée, dans toutes les opérations où elle se manifeste, ne se montre jamais en rapport qu'avec elle-même.
La pensée se montre soumise tout d'abord à la nécessité essentielle de sa natui;^ qui implique la division en objet et en sujet, hors de laquelle aucun état de connaissance n'est possible. A l'occasion de ce premier geste créateur de la réalité du spectacle, l'activité scientifique trouve à s'exercer avec une entière certitude. A décrire ce mouvement de fragmentation élémentaire, elle manie
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ce rationalisme des formes de la connaissance où la pensée trouve les caractères qui la définissent, caractères en dehors desquels le phénomène de l'existence, privé de toute conscience de soi-même, s'évanouit. Si, selon Thypothèse que Ton a supposée possible sans décider de sa réalité, nous ne considérons pas le temps et l'espace comme engendres avec nécessité par la distinction en objet et sujet, il nous faut mettre à part, avec le mouvement qui accomplit cette distinction, un mode de la nécessité qui n'aura plus d'analogue et qui formera une catégorie unique.
ladépendamment de ce premier mode on a dit que le jeu de la pensée en suscitait d'autres encore et, par delà le mouvement de division qu'elle exerce en vertu de la nécessité de sa nature, la pensée continue en effet de se mouvoir, c'est-àdire de se diviser avec elle-même selon une infinité de modes, ainsi qu'en témoigne la diversité concrète de l'univers. Or, si ces mouvements, consécutifs au premier mouvement de fragmentation de la pensée, ne sont point déterminés avec nécessité par la forme de ce premier mouvement, constatons
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qu'un geste irrationnel fait ici son apparition. A-t- 11 pour origine une combinaison du hasard ou un arbitraire mental, la question est bien loin d'être dénuée d'importance, mais elle n'est pas en jeu ici et, tout ce qu'il faut retenir, dans l'intérêt de l'analyse actuelle, c'est le caractère irrationnel du mouvement.
Hiérarchiquement, et immédiatement après la distinction en objet et en sujet, les assises les plus fondamentales de notre connaissance sont constituées par les notions de temps, d'espace et de cause, c'est donc en ces notions qu'il nous faudrait voir la manifestation du premier geste irrationnel de la pensée. Ces formes seraient devenues les formes de la connaissance, non parce qu'elles seraient les seules possibles, mais parce qu'elles auraient été appelées à la fonction qu'elles remplissent, soit par l'action du hasard, soit par l'action d'un arbitraire mental. Or, si l'activité scientifique ne peut se donner cours qu'à l'occasion des mouvements de la pensée empreints d'un caractère de nécessité, il faudrait conclure qu'il n'y a pas de science possible en tant que fondée sur les notions de temps, d'espace ou de cause. La géométrie et l'arithmétique pure, en s'inscrivant à rencontre de cette conclusion, nous invitent à rechercher, en dehors de la nécessité
qui résulterait pour ces notions d«n lien de dépendance logique à Tégard de la distinction en objet et sujet, lien que nous supposons n'exister pas, une autre forme, un autre mode delà nécessité. Ce mode nouveau existe. Il ne conditionne pas, comme le précédent, le fait même de lexistence de la pensée, soit, le fait même de l'existence, mais il conditionne le fait de connaissance particulier qu'est l'existence de notre monde phénoménal. Cette nécessité suffit à fournir les bases d'une science rigoureuse à l'égard du monde que nous connaissons.
On a tenu pour avéré que cette nécessité ne peut être déduite du rapport de dépendance des notions secondaires de la pensée à l'égard de la relation d'objet à sujet : ce n'est pas à dire, concevons-le, que ce rapport n'existe pas, ni que les notions de temps, d'espace et de cause puissent s'exercer en dehors de cette relation, mais cela signifie que, dans l'intérieur de cette relation, elles eussent pu ne pas se former et que d'autres notions, au lieu d'elles, eussent pu s'affirmer, en sorte que, la relation d'objet à sujet étant donnée, elles ne suivent pas nécessairement. Mais privées de cette détermination par l'action du fait antécédent trop ample et dont elles n'épuisent pas toute la virtualité, elles fondent leur nécessité sur le caractère
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d'utilité essentiel qu'elles présentent à l'égard de toutes les catégories de phénomènes subséquentes, catégories dont elles conditionnent Texistence après que celles-ci lés ont adoptées comme bases de leur développement,
A la suite de cette série de mouvements arbitraires mais constants qui, en fait, donnent naissance aux perspectives du temps, de l'espace et de la cause, la pensée continue en effet de se mouvoir en se fragmentant et ces nouveaux mouvements engendrent de nouvelles séries de phénomènes. D'un nouveau geste arbitraire la pensée formule et définit, dans les cadres du temps, de l'espace et de la cause, avec la sensation, avec la diversité des perceptions qui s'élèvent de cette source, telles relations particulières entre le sujet et l'objet, et voici que le lien qui unit étroitement le sujet à l'objet dans le fait de la perception, s'exprime objectivement en la représentation de la matière et de ses modes, pesanteur, visibilité, rythme défini du mouvementqui l'anime, mouvement d'attraction et de répulsion des molécules qui la composent. Or cettenouvelle série de mouvements qui a donné naissance à la perception et, par elle, aux apparences et aux propriétés de la matière est bien indépendante en une certaine mesure de la série des mouvements antécédents qui se formulèrent en les
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notions de temps et d'espace ; elle a le même caractère arbitraire en ce sens que, s'inscrivant dans Fangle formé par ces notions, elle eût pu se traduire en des mouvements d'un autre rythme, donner naissance à des perceptions autres que celles que nous connaissons. Elle l'emporte en indépendance sur les notions de temps et d'espace en ceci encore : tandis que ces notions ne pouvaient se formuler, sans autre alternative possible, que dans la relation d'objet à sujet, les mouvements qui, en se développant en fait sous les catégories de temps et d'espace, ont donné naissance à la perception et aux qualités de la matière, eussent pu se développer sous des catégories de même degré que celle de temps et d'espace, mais différentes, sauf à donner naissance à des notions différentes de celles que nous fournissent nos perceptions actuelles. Mais en fait, — non pas nécessairement, mais empiriquement, — c'est sous les catégories précises du temps, de l'espace, de la cause que ces nouveaux mouvements de la pensée, les derniers venus parmi ceux que nous avons considérés, ont pris place. Or, avec ce fait empirique, nous touchons le nouveau mode de nécessité dont nous nous étions mis en quête. Il est maintenant possible de le décrire et de le caractériser. Cette troisième série de mouvements de la pensée
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qui a engendré la perception et les propriétés de la matière, — bien que non déterminée en son principe, mais du fait qu'elle s'est développée sur la base formée par la seconde série des mouvements de la pensée, — requiert désormais, pour pouvoir persister, pour conserver la signification qu'elle a prise, la constance des mouvements de cette seconde série. Son existence est subordonnée à cette constance. Une nécessité de connaissance, absolue, eu ce qui la concerne, exige que les perspectives du temps et de l'espace présentent une solidité et une fixité immuables. De même l'emplacement d'un nid sur une branche exige que la branche soit solide. Il faut qu'elle supporte le nid pour que celui-ci puisse s'emplir d'œufs, pour que ces œufs puissent éclore, pour que de petits corps pressés, animés de cris aigus puissent s'y développer, s'y couvrir de duvet et de plumes jusqu'au jour oîi ils s'essaieront à voler. La branche cassée à quelque moment, c'est le nid en morceaux, c'est les œufs brisés sur le sol, c'est tout un processus de phénomènes liés entre eux que voici aboli. Que le large mouvement rythmique de la pensée qui donne naissance aux perpectives du temps et de l'espace cesse de s'exercer et c'en est fait aussi de la matière et de ses propriétés, tout le paysage de sons, de couleurs, de résistances qui déjà s'était formé
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SOUS le regard de la connaissance, tout ce paysage se dissipe et se brise.
Ainsi, après que le mouvement de la pensée a fait surgir dans les cadres de l'espace, du temps et de la cause, — avec les modes de la perception, — les propriétés de la matière, les notions du temps, de l'espace et de la cause, qui eussent pu jusqu'ici être suppléées, aux termes de notre hypothèse, par d'autres notions d'un même degré de formation, acquièrent désormais, du fait de l'entrée en scène de cette troisième série de mouvements, du fait de l'élection dont elles ont été l'objet de la part de celles-ci, un caractère de nécessité absolue dans le système de connaissance formé par la corrélation des trois séries de mouvements que l'on vient de décrire. Désormais, aucun objet ne pourra exister pour aucun sujet en dehors de l'espace et du temps, parce que les perceptions et les qualités de la matière où le mouvement de division de la pensée s'est exprimé requièrent expressément l'existence de ces formes.
Cette analyse nous initie à un mécanisme qui va se reproduire tout au long des séries de mouvements liées entre elles dont l'ensemble constitue l'univers tel qu'il nous apparaît. On a mis à part déjà la première de ces séries, celle qui s'est constituée "uniquement par la relation de sujet à objet.
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On Ta donnée pour la modalité même où Texisy tence de la pensée se définit. On Ta montrée engendrant une catégorie du nécessaire dont le caractère d'universalité est absolu. Cette première série, dans la chaîne phénoniénale que nous considérons, se peut figurer, afin de signifier la nécessité selon laquelle elle conditionne l'existence, par un anneau fermé. Aucun anneau, figurant un nouvel élément du spectacle du monde, n'y pourra être introduit qu'il ne s'ouvre pour accepter la relation que symbolise ce premier anneau fermé, la relation d'objet à sujet. Tous les éléments qui, suscités par une seconde série de mouvements, se classeront sous la catégorie de cette première relation, seront donc à l'origine symbolisés par des anneaux ouverts; mais sitôt qu'une troisième série de mouvements viendra à se produire, soit, à s'en tenir à l'exposé précédent, la série des mouvements où la perception se formule avec ses différents cas, sitôtquecette série aura fait choix, pour se développer sous leur dépendance, de quelques mouvements détermiués de la seconde série et des notions que ces mouvements commandent, soit, dans l'exposé, des notions d'espace, de temps, de cause, ces notions recevront, de ce fait, et au regard du nouveau rapport formé par leur entremise entre les éléments de la troisième série et ceux de la
première, la mission exclusive de figurer dans le système, cette deuxième série tout entière.
Cette deuxième série se verra définie par cette limitation et les anneaux qui symbolisent le temps, Tespace, la cause, entr'ouverts jusqu'ici, se fermeront sur Tanneau de la première série dont ils ne pourront plus être détachés. Ainsi, indéfiniment, chaque nouveau terme du mouvement de la pensée, faisant choix, parmi les éléments de la série précédente, de quelques-uns de ceux-ci, sous la dépendance desquels ils se développeront, fermeront Tanneau demeuré ouvert de cette série. Toute la suite de ces anneaux, d'abord ouverts, puis fermés, en raison de ce mécanisme, toute cette suite figurera le second mode de nécessité que l'on vient de décrire. Ce ne sera donc jamais que dans le cercle demeuré ouvert du dernier anneau delà série des phénomènes, ou plutôt, au-devant de cette ouverture, et en vue de pénétrer dans l'anneau, que pourra se produire le geste d'improvisation incalculable, impossible à prévoir, où le spectacle phénoménal s'enrichira d'une complication nouvelle. Ce geste ne réussira à se formuler qu'à la suite d'une lutte et d'une compétition entre mille autres gestes de même nature, émanant d'entités virtuelles pourvues des mêmes droits, luttant entre elles pour la puissance, l'emportant