L'APHASIE DE BROCA PAR GRAND RAMOLLISSEMENT SYLVI EN SUPERFICIEL
Quand la lésion porte sur le cerveau gauche, l'aphasie apparaît et se présente sous l’aspect de l’aphasie de Broca, c’est-à-dire suivant la conception de M. Pierre Marie, association d'un élément anarthrique important à un élément non moins important d'aphasie proprement dite ou d’aphasie de Wernicke. Les malades sont, dans ces cas, incapables de parler ou tout au moins présentent une difficulté souvent marquée à articuler les mots. Mais surtout l'examen révèle chez eux d'une façon constante le trouble du langage intérieur. Dans la parole spontanée il se traduit déjà par une certaine hésitation, par la difficulté à trouver le mot propre, par l’intoxication par le mot. Derrière l’anarthrie apparaît la paraphasie, parfois masquée par elle. L’oubli du vocabulaire est facilement mis en évidence, de même que l'impossibilité plus ou moins complète de la lecture et de l’écriture. La compréhension des ordres est souvent limitée aux ordres simples et le calcul est profondément troublé, témoignant du déficit intellectuel constant. Tout cet ensemble de troubles est d'ailleurs variable dans son intensité et les variations dépendent de l'intensité de la lésion du territoire postérieur. Plus elle sera profonde, plus les phénomènes de la série de l’aphasie de Wernicke seront importants, c'est dans ces cas surtout que l’hémianopsie pourra venir compléter le tableau clinique. Au contraire, quand la lésion du territoire postérieur est modérée, ces troubles eux-mêmes sont modérés ; le malade se rapproche alors du type anarthrique (observation XVI) bien qu'il soit possible de mettre en évidence chez lui, tout l'ensemble du syndrome de Wernicke.
Le diagnostic de cette variété superficielle d’aphasie de Broca avec les variétés profondes semblerait difficile. En réalité, dans les variétés profondes à trouble hémiplégique égal, les symptômes de la série Wernicke sont toujours plus effacés et la tendance anarthrique est beaucoup plus marquée.
Pour qu'une lésion profonde réalise un tableau d’aphasie de Broca identique à celui que nous venons de décrire, il faut qu’elle déborde largement sur le territoire superficiel ; il s’agit alors de lésion massive, entraînant, comme nous l'avons vu, une hémiplégie massive également. L'aspect si spécial de l'hémiplégie par ramollissement superficiel, sa tendance monoplégique, ses troubles sensitifs légers à prédominance brachiale sufliraient d’ailleurs à différencier nettement la variété superficielle de l’aphasie de Broca.
Parfois, au tableau clinique de cette aphasie s'ajoute de l’apraxie. Maïs l’apraxie idéatoire qui fait en somme partie,sui vant la conception de M. Foix, de la série de l’aphasie de Wernicke, est comme celle-ci réservée aux grandes lésions avec atteinte profonde du territoire temporal postérieur. Quant à l’apraxie idéo-motrice, si elle peut exister, elle est d'ordinaire modérée et susceptible de s'améliorer rapidement,à moins que
la participation pariétale au processus lésionnel soit très importante.