L’APHASIE DE WERNICKE PAR GRAND RAMOLLISSEMENT SYLVIEN POSTÉRIEUR
L’aphasie de Wernicke est ici en général modérée. Les malades parlent, parfois même ils sont très loquaces, ils n’ont pas de défaut évident de l'articulation et si l’on s’en tient à une conversation simple, beaucoup d’entre eux comprennent à peu près ce qu'on leur dit. Cependant l'attention est mise, en
général, en éveil par l'aspect d'hésitation si spéciale qu'ils présentent presque toujours dans leurs réponses, par une certaine bizarrerie qui doit faire soupçonner l’aphasie de Wernicke et en rechercher les éléments.
L'épreuve de la dénomination des objets montre alors un oubli plus ou moins important du vocabulaire, qui est véritablement le symptôme « pierre de touche » de l’aphasie de Wernicke. Ou bien les erreurs sont multiples, ou bien le malade se contente de répondre « je sais, mais je ne peux pas dire ». Et à l’occasion d’une telle épreuve, on voit apparaître l'intoxication par le mot et les phénomènes paraphasiques constants. La compréhension des ordres — surdité verbale des classiques — est souvent limitée aux ordres simples (ouvrez la bouche, fermez les yeux) ou tout au moins demi-complexes (mettez le pouce droit sur l'oreille gauche), En graduant la difficulté, on peut mesurer le degré de l’incompréhension présentée par ces malades. La lecture est parfois très troublée et l'étude de l’écriture la montre plus touchée encore avec un élément dysgraphique bien caractéristique. Enfin, la difficulté du calcul montre d'une façon à peu près constante le déficit intellectuel que présentent les malades.
Quant aux phénomènes surajoutés d’apraxie, idéo-motrice et idéatoire, ils sont d'intensité variable, nous verrons que l’apraxie idéatoire est proportionnelle dans son intensité à celle de l’aphasie de Wernicke.
Ce sont ces symptômes que l’on retrouve dans lobservation XXII. La malade avait une aphasie de Wernicke légère, elle présentait en outre une apraxie idéatoire que le test de la bougie faisait facilement déceler et enfin une apraxie idéomotrice bi-latérale des plus nettes : elle était incapable de reproduire un pied de nez, le salut militaire, etc... C’est un élément constant dans le syndrome clinique du grand ramollissement sylvien postérieur.
3° Les symptômes changent considérablement quand il existe une lésion associée du territoire de la pariélale antérieure. En cas de lésion droite, apparaît une hémiplégie.
En cas de lésion gauche l'aspect de l'aphasie est profondément modifié.
Il peut paraître singulier qu’une lésion qui souvent ne déborde pas la partie corticale de la pariétale ascendante (fig. 37 et 38) détermine des troubles hémiplégiques plus ou moins importants. Mais en réalité cette lésion pénètre profon-
Fig. 37. — Ramollissement pariéto-temporo-pli courbe débordant en avant (Obs. XXII).
dément dans la substance blanche au niveau du centre ovale notamment. Elle y déborde sur le territoire des fibres de projection de F4 d’où l'association d’hémiplégie. Celle-ci demeure d’ailleurs fort modérée et s’accompagne d’une hémianesthésie qui reste elle aussi modérée, comme des troubles sensitifs d'origine corticale et qui touchent avec une certaine prédilection la notion de position et le sens stéréognostique (obs. XXIIT). Nous n'envisagerons pas ici la question très délicate de savoir dans quelle mesure ces constatations confirment ou infirment les théories de Verger, Claparède, Raymond, Head, Déjerine, sur la nature des troubles sensitifs d’origine corticale et la différence qu'on peut à ce point de vue établir entre eux et les troubles sensitifs d’origine thalamique.
Signalons cependant que de légers troubles de la coordina-