À. — LE SYNDROME PSEUDO-THALAMIQUE
Le tableau clinique observé dans le cas de lésion importante
de toute l'étendue du territoire est des plus intéressants. Il réalise en effet un syndrome pseudo-thalamique.Il en était ainsi dans l'observation XXX VII que nous avons publiée récemment en collaboration avec MM. Foix et Chavany (1). Il existait une hémiparésie, mais cette hémiparésie qui laissait à la main une presque totale liberté, lui donnait un aspect anormal fait d’un
1. Ch. Foix, Chavany et Maurice Lévy, Syndrome pseudo-thalamique d'origine pariétale. Lésion de l'artère du sillon inter-pariélal(Rev. Neur.., janvier 1927).
mélange de contracture légère avec conservation de la position normale des doigts qui rappelait quelque peu ce que l’on voit dans les cas de main thalamique. Cette main était quelque peu instable, sans présenter précisément de mouvements choréïformes et, point plus important, il existait, d’une part, des troubles sensitifs très nets, d'autre part, aussi une certaine irrégularité dans les mouvements commandés.
Les troubles sensitifs portaient sur les divers modes de sensibilité superficielle (tact, température) et profonde (troubles de la notion de position au niveau des doigts et des orteils, perte du sens stéréognostique). Etendus à la moitié gauche du corps, sans avoir l'intensité de certaines anesthésies thalamiques, ils n’en étaient pas moins nets; ils ne s’accompagnaient, par contre, d’aucun trouble subjectif.
L'incoordination, sans être comparable à J’asynergie des syndromes cérébelleux ou thalamiques, était cependant facilement mise en évidence par les épreuves classiques en particulier au membre supérieur : les mouvements présentaient une légère irrégularité avec un peu d’hésitation et de ressaut en arrivant au but. La contracture intentionnelle manquait. Il est à noter enfin qu'il n’y avait pas d’hémianopsie.
En résumé, le tableau clinique était constitué par une hémiparésie avec attitude spéciale de la main, des troubles sensitifs prédominant sur la sensibilité profonde, une légère .incoordination. Il rappelle donc, par bien des points, ce que l’on observe dans les syndromes thalamiques et le diagnostic peut en être assez malaisé. Mais l'absence d’hémianopsie, contrairement à ce quise passe dans les syndromes de la cérébrale postérieure, dont le syndrome thalamique fait partie, doit faire rejeter l'hypothèse d’une lésion thalamique. L'existence de légers troubles de la coordination ne suffirait pas à la justifier. Une lésion corticale suffit en effet à les déterminer, comme le montrent de nombreuses observations cliniques dont la similitude avec la nôtre permet de penser qu'il s’agit vraisemblablement de lésion très analogue. Telle est l'observation de M. Roussy et Mlle G. Lévy (1). La question des troubles
1. Roussy et Mlle G. Lévy, Troubles sensitivo-moteurs, d'aspect radi-
pseudo-cérébelleux, d’origine corticale, est actuellement admise ; MM. Foix et Alajouanine ont même observé chez le chien de la dysmétrie dans les mouvements des membres par lésion expérimentale de la région pariétale,
Quant aux troubles sensitifs, leurs caractères permettraient de les rattacher à une hémianesthésie corticale et non thalamique. L’altération prédominante du sens stéréognostique et de la notion de position, l'intégrité parfois absolue de la sensibilité superficielle sont le plus fréquemment observées, conformément aux idées de Verger, Déjerine.
Dans sa thèse, Regnard insiste également sur l'importance du trouble de la sensibilité profonde. Cependant, il n’y a pas toujours une dissociation aussi nette entre sensibilités superficielle et profonde, parfois à l’astéréognosie, au trouble de la notion de position s'ajoutent des troubles du tact et parfois même des erreurs dans l'appréciation du chaud et du froid. Désirant nous maintenir dans le domaine strict des faits, nous n’entrerons pas dans les discussions que soulève la théorie de Head des sensibilités protopathique et épicritique.
Quoi qu'il en soit, ces troubles sensitifs d’origine corticale sont le plus souvent prédominants au niveau de l'extrémité des membres. Parfois, ils sont très localisés et peuvent même affecter une disposition radiculaire. M. Lhermitte (1) dans une étude d'ensemble sur le sujet en a rapporté des observations remarquables.
MM. Pierre Marie et Bouttier (2) ont également décrit des troubles corticaux à topographie radiculaire. Dans l'observation de M. Roussy et Mlle Lévy, dont nous parlions plus haut, les troubles sensitifs avaient une tendance à reproduire une disposition radiculaire, comme celle qui a été observée pendant la guerre dans certaines blessures du cerveau.
culaire et troubles d'aspect cérébelleux par lésion corticale. Rev. Neur., nov. 1926.
1. J. Lhermitte, De la valeur séméiologique des troubles de la sensibilité à disposition radiculaire dans les lésions de l’encéphale. Semaine méd., juin 1900.
2. Pierre Marie et Bouttier, Études cliniques sur les modalités des dissociations de la sensibilité dans les lésions encéphaliques. Rev. Neur., janvier et février 1922.
Par toutes ces modalités, le syndrome de l'artère du sillon interpariétal constitue un des types les plus intéressants des ramollissements sylviens. Son diagnostic peut paraître difficile avec le syndrome thalamique vrai. Mais la discrimination pourra être faite en se basant sur la moins grande importance des troubles de la sensibilité objective, l'absence de troubles subjectifs et surtout la modération des troubles de la coordination. L'absence d’hémianopsie, en tous cas, devra toujours faire rejeter le diagnostic de syndrome thalamique, car il ne cadrerait plus avec ce que l’on sait des lésions de la cérébrale postérieure.
B. — L’APHASIE PAR RAMOLLISSEMENT DU TERRITOIRE DE L’ARTÈRE DU SILLON INTERPARIÉTAL
Les lésions, telles que nous les avons décrites, peuvent, quand elles siègent à gauche, entraîner des troubles de la parole,
Fig. 55. — Ramollissement de l’artère du sillon interpariétal. Lésion typique mais moins importante que la précédente.
d'aspect assez particulier. Ce que l’on observe, en effet, c’est surtout un trouble très marqué de l'articulation des mots. Il s’agit d’ailleurs plutôt de dysarthrie que d’anarthrie. Tous les mots sont incorrectement prononcés ; on ne retrouve pas ce phénomène si spécial du & tout ou rien » des anarthriques. Quant aux signes d'aphasie proprement dite, ils sont en général modérés ; la dénomination des objets, la compréhension de la parole sont assez bonnes et l'écriture est peu troublée.
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C’est ce tableau clinique que nous avons observé chez une malade (observation XXX VIII) qui, à la suite d’un ictus, présenta une dysarthrie accentuée, aussi nette dans la parole spontanée que dans la parole répétée, tandis queles signes d’aphasie de Wernicke étaient au minimum,réduits en réalité à l’agraphie. Elle avait, en outre, une hémiparésie à tendance monoplégique facio-brachiale avec troubles sensitifs légers mais nets et prédominants au niveau de la main. Enfin, une apraxie idéomotrice, peu intense d’ailleurs, venait compléter le syndrome.
Fig. 56. — Ramollissement de l'artère du sillon interpariétal avec lésions débordant en avant et en arrière. Hémiparésie avec troubles sensitifs, dysarthrie (obs. XXX VIII).
L’étendue deslésions, en particulier sous-corticales, rend compte ici de l'ensemble symptomatique. Il y avait des foyers de ramollissement multiples mais dont le principal portait sur l’artère du sillon interpariétal. Corticalement il frappait la partie inférieure de P, et la partie antérieure de P,; sous corticalement, la lésion débordait en avant sur le sillon rolandique et la partie toute postérieure de F, (fig. 56 et 57), en arrière sur la partie profonde du lobe pariétal. La monoplégie facio-brachiale s'explique donc facilement si l'on considère l'atteinte de la substance blanche de F, , l’apraxie idéo-motrice s'explique par l'extension des lésions sur la partie profonde du lobe pariétal.
Quant aux troubles de la parole, intéressants par la prédomi-
nance de la dysarthrie, ils ne sauraient étonner, car nous les avons vus déjà apparaître et modifier le tableau de l’aphasie de Wernicke du ramollissement sylvien postérieur, quand les lésions débordaient en avant jusque sur le territoire de l'artère du sillon interpariétal. D'ailleurs, une telle dysarthrie a été également observée pendant la guerre chez les blessés de la région du gyrus-supra-marginalis.
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Fig. 57. — Même cas.
Le diagnostic de cette variété d’aphasie pourrait sembler difficile, au premier abord, avec une aphasie de Broca ou une anarthrie, mais les symptômes qui lui sont habituellement associés permettent de la reconnaître : l'hémiplégie est en effet modérée, due à l'atteinte partielle des fibres de projection de F,, tandis que les troubles sensitifs sont en général assez nets, bien que variables d'intensité.