‹ Les ravageurs des forêts et des arbres d'alignementChapitre 5 sur 18 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

L'Hylobe du Pin. — Le Pissodës note. — Paresse de ces deux insectes. — Profit que Ton peut tirer de cette paresse pour détruire l'Hylobe. — Effet que produisent sur le Pissodës les précautions prises pour THylobe. — Le Bombyce du pin. — Ponte des femelles de cet insecte. "—Emploi des fossés pour détruire les chenilles. — Le Bombyce Moine. — Manque de moyens pour détruire ses chenilles. — Emploi du goudron. — La Noctuelle pîniperde. — Phalëne géomètre ou arpenteuse du pin. —

Le Sphinx du pin Le Bombyce pinivore. — La Pyrale

des bourgeons. — La Pyrale des pousses. — La Pyrale de la résine. — L'Hylésine du Pin. — Travaux de la larve^ de ce Ravageur. — Travail de l'insecte parfait. — Manque de remèdes efficaces contre l'Hylésine. — Ravageurs de rËpicéa. — Le Bostriche typographe. — Époque de son apparition. — Son travail. — Moyen à employer pour le combattre. — Le Bostriche chalcographe. — Ses travaux. — Pyrale hercynienne. — Pyrale écailleuse. — Pyrale des cônes. — Bostriche curvidenté.

Au premier rang, voici VHylohe du Pin, aussi appelé le Charançon du Pin {Curculio pini, L.), et qui, avec son camarade le Pissodès noté , peuvent bien être nomùiés Ravageurs des jeunés plants. C'est un petit insecte assez laid, muni d'un bec en trompe comme tous les Rhyncophores,

auxquels il appartient. Il est brun avec des poils jaunes, et a environ un centimètre de long. Partout où pousse le Pin, partout se iroxiveVHijlobe; jamais on ne le trouve sur les bois feuillus , mais il exercé aussi ses ravages sur TÉpicéa. On le voit apparaître par nuées en forêt, vers le mois de mai, juin et juillet, au moment où il est occupé à faire sa ponte dans les vieilles souches, ou même au pied des arbres un peu dépérissants. La petite larve qui croit de ces œufs ronge le liber du bois, quelquefois s'enfonce jusque dans l'aubier, si elle en a le temps et la force, et s'y transforme en nymphe.

Jusque-là le mal n'est pas bien considérable; mais c'est à l'état d'insecte parfait que l'Hylobe va commencer ses ravages. Il se jette dans les jeunes semis, — les plantations surtout, — et préfère les plants qui ont de trois à six ans, mais cependant les attaque tous, au besoin, jusqu'à quinze ans et plus. Là, il monte sur les jeunes Pins, ronge la pousse terminale, les bourgeons, Fécorce des jeunes tiges et des branches, puis passe à un autre arbuste pour recommencer la même opération. Si on approche la main pour le saisir, il se pel(Jtonne et se laisse tomber dans l'herbe. Bien qu'il soit pourvu d'ailes inférieures, il est très-lourd et n'aime pas .à voler. Pendant les grandes chaleurs et pendant la fraîcheur de la nuit, il descend parmi les herbes qui sont à terre, soit pour

s'abriter du soleil, soit pour éviter le froid. Quand il fait mauvais temps, il se tient sous les branches et surtout celles du bas des jeunes plantes qui sont entourées d'herbes.

Paresseux comme il l'est, l'Hylobe serait trÈs-difficile à atteindre, s'il n'avait pas le mauvais goût d'aimer la terre fraichemont remuée. Aussi; comme

Fig. n. — tKBOt>ÈBJI01Ê(eroaiiï)lPi!MBâaniilalm).~Dim':aaiaait!

il craint en même temps le soleil, on lui prépare, de place en place, un petit guéret, sur lequel on met un morcean d'éeorce formant toit. Il y vient se mettre au frais le jour, et à l'abri la nuit. Mais, le matin, déjeunes enfants vont lever ces petits pièges et détruisent un incroyable nombre d'insectes rassemblés dessous, et s'y tenant immobiles.

KOlS RÉSIKEUX.

En même temps que les d^ts de l'Hylobe, les jeunes Pins ont à souffrir ceux du Pissodès noté{Pissode8 nota- (us(unpeupluspetitque le premier, de couleur brune et blanche, mais beaucoup plus dangereux encore, parce qu'il dévore et comme larve et comme insecte parfait. La larve vit dans les racines des jeunes plants. Le Pissodès, lui, vit sur les pousses terminales. Il a de comnaun avecl'Hylobeque, i quand l'un et l'autre n'ont pas le temps de se reproduire avant l'hiver,, ils se laissent tomber par terre, s'y glissent sous les mousses ou entre lesgerçuresde l'éeorceaupr^sdespins, s'y engourdissent et y passent la saison froide dj^sui

pour se réveiller, se dégeler au printemps, et recommencer leurs ravages.

Sans être d'une importance aussi capitale que ceux des Bostriches que nous verrons plus loin, les dégâts de ces deux Rhyncophores (Porte-bec) n'en sont pas moins à craindre, surtout pour les jeunes repeuplements, dont les dépenses, souvent considérables, sont amenées à néant par eux. Cependant ces deux insectes sont du petit nombre de ceux que la science forestière apprend à combattre d'une manière certaine, ce qui tient à la délimitation parfaite de leurs mœurs. Il leur faut des souches mortes pour le développement de leurs larves : enlevons toutes celles de la forêt, et nous rendrons la multiplication de ces Ravageurs à peu près impossible. Étendons ce nettoyage aux arbres morts et dépérissants très-affaiblis ; ne laissons rien passer ; puis exécutons les repeuplements, et les Rhyncophores ne viendront plus les décimer.

On enlèvera sans retard tous ces bois extraits. Quoique paresseux pour se servir de leurs ailes, ces deux coléoptères ont quelquefois des lubies; tout à coup, au beau soleil, ils s'élancent en nuages, sans savoir où ils vont, tout droit devant eux, se heurtant à chaque arbre ; mais quand ils trouvent une trouée, une vallée dans laquelle le vent souffle sous leurs ailes, ils vont très-loin porter leurs ravages.

A côté de cela, ils se laisseront mourir par milliers dans un fossé où ils sont tombés et duquel ils n'au- ' raient, pour sortir, qu'à étendre leurs ailes.

On peut profiter de cette singularité pour ouvrir dans quelques cantons, où le sol permet ces travaux, des fossés peu profonds à parois verticales, des espèces de saignées qui souvent servent pendant l'hiver à l'assainissement et à l'écoulement des eaux. En les rafraîchissant à la bêche l'été, on en fait d'excellents pièges où ils viennent, en quantité , trouver un tombeau dont leur stupidité leur défend de sortir.

Nous avons v1it que les deux Rhyncophores marchaient presque toujours ensemble; mais le traitement défensif contre THylobe est, au contraire, avantageux pour le Pissodès, parce qu'en bêchant les souches et autres bois à extraire, on ameublit le sol et on facilite au Pissodès l'accès des racines. Le meilleur, moyen quand un semis est attaqué, c'est d'arracher de suite les jeunes Pins attaqués, que l'on reconnaît à leurs aiguilles rougies et séchées, et de les brûler. Si ces plantes trouvent un écoulement, comme bois, dans le pays, on coupe, d'un coup de serpe, les racines et le bout de la tige, et on brûle la partie dans laquelle le Pissodès est renfermé.

Nous aurions pu ranger les insectes que nous étudions par familles naturelles, mais nous préférons, dans ce petit manuel destiné aux gens du monde, les

ranger d'après l'ordre ou h nature des dégâts commis. Nous venons de voir les Ravi^eurs des jeunes

plants; passons aux Ravageurs des feuilles pour terminer par les Ravageurs des hois- Cette marche sépare, il esl vrai, les Coléoptères ravageurs des plantes des

BOIS IlÉSIMEOX. 87

Colôoiitères Ravageurs des bois; mais elle nous semble faciliter 'considérablement les recherches du forestier qui a besoin de renseignements et qui connaît fort bien, parce qu'il la voit, la partie attaquée des arbres qu'il a aous les yeux, tandis qu'il peut

ng. !1. — eOlCBTOE DU ris. Nia d6 aolo ol Cliryauldle,

trës-bien ignorer la description entomologique de l'animal, cause première des ravages.

Aussi arrivons-nous, sans transition, au plus mortel ennemi du Pin sylvestre. C'est un Papillon de nuit qui a pris son nom de celui de sa victime; on \enommele Bomb'jce du Phi(Bombyxpiiii){(ig.'iO).

Son corps est marron, trapu et poilu j ses ailes infjrieurea brunes, les supérieures crises avec deus petits croissants ou tacher blanches, une de chaque côté; tes ailes sont ployées en toit et portent aussi par derrière un chevron jaune brun assez régulier. Ce Bonibyêe n'attaque que le Pin sylvestre, et encore il préfère celui qui a environ une centaine d'an-

nées d'âge et qui a végété dans un endroit sec. sablonneu!{ et chaud. L'insecte parait à l'état parTait au milieu de juillet; il se tient pendant le jour sur le tronc des arbres et, quand il fait mauvais temps, il s'abrite entre les profondes gerçures de l'écorce. Au crépuscule, les mâles et les femelles se mettent en campagne et volent toute la nuit. Huit jours après,

environ, commence la ponte. Chaque femelle dépose de cent à deux cents œufs, en, petit tas de cinquante au plus qu'elle dissémine, soit entre les crevasses de l'écorce, soit parmi les feuilles en aiguilles des branches les plus basses (fig. 15). La cime des grands arbres ne reçoit ordinairement pas d'œufs. Suivant la température, les œufs mettent de quinze à trente jours à éclore; aussi, vers le milieu d'août, les jeunes Chenilles sortent-elles et se mettent-elles immédiatement à manger.

Ftg.)ÏS, — CHEHiI-Li; ADTOTK fEombyce du Pin). "

Quelquefois si nombreuses que les branches plient

sous leurpoids, ces Chenilles dévorent ainsi jusqu'aux premiers froids, nuit et jour, sans relâche, sans trêve, passant d'un arbre à un autre. Quand elles ont tout épuisé autour d'elles — et il faut à chacune d'elles un millier de feuilles pour arriver à toute sa croissance — alors'que les mauvais temps approchent,

OU que l'époque de leurs mues successives arrive, elles descendent des arbres et vont, en octobre et novembre, s'enterrec sous la mousse, le lichen ou le gazon qui couvre le sol, et là restent dans un trou creusé à la surface de la terre qui ne les recouvre pas entièrement. Elles y passent l'hiver engourdies, pour recommencer au printemps suivant, en mars ou avril, suivant qu'il fait beau. Alors elles remontent sur les Pins et mangent, non-seulement les aiguilles, mais encore les jeunes pousses el tout ce qu'elles peuvent attaquer. Vers la fin de juin, elles sont arrivées à toute leur croissance et représentent alors une grosse Chenille poilue, blanche, marquée de jaune. Elles se métamorphosent en chrysalides dans une coque blanchâtre en soie assez serrée et qui, dès lors, fait paraître la cime des arbres comme couverte de neige (fig.21). Vingt jours après, le Papillon sort.

Rien ne peut mieux donner une idée de la prodigieuse quantité de ces animaux que l'expérience suivante. Douée d'un appétit insatiable, chaque Chenille a bientôt épuisé sa branche, chaque myriade a bientôt épuisé son canton . Il faut chercher ailleurs le vivre indispensable. — On descend de table et on émigré. — Mais l'Homme est là ; pendant que l'on mange le premier service, il envoie ses ouvriers ; on creuse un fossé autour de la partie attaquée, on tra-

vaille jour et nuit pour être prêt à la fin de ce premier service, car de là dépend lé succès. — Or ces fossés ont quarante à cinquante centimètres de profondeur et sont quelquefois d'un énorme développement; n'importe, le salut de la forêt en dépend.

Plus de feuilles, il faut descendre; une première chenille descend, une seconde, un mille, cent mille se mettent en marche. On arrive au fossé, on y tombe, et bientôt il est tellement rempli de Chenilles quç les dernières arrivées peuvent le franchir aussi aisément que si elles étaient sur le sol uni I Heureusement les forestiers surveillent. Les pelles, les balais les rejettent dans la fortification protectrice, et elles y meurent faute d'aliments.

Tel est rennemi ; si puissant, si Irrésistible dans ses ravages, que l'on n'a pas reculé, dans certaines circonstances, devant l'incendie complet de la forêt pour se débarrasser du fléau et pour en débarrasser le pays, de même que l'on sacrifie un membre mort d'avance pour sauver les autres.

Si l'emploi des fossés circonscrivant un canton aussi petit que possible ne peut être admis par suite de la nature du sol, le seul moyen qui reste au forestier, quand l'invasion lui paraît imminente, devient une opération gigantesque. Il faudrait qu'il pût faire râteler soigneusement et rassembler en tas tout ce qui couvre la surface du sol, mousses, lichens, herbes.

ronces, etc., et qu'il pût laisser le canton nu comme la main, les Chenilles prenant en hiver leur refuge à la surface de la terre sous la mousse et les aiguilles tombées.

En brûlant toutes ces matières, on détruira évidemment une grande quantité de Chenilles engourdies qui auront été entraînées avec elles. Si le canton est circonscrit, ce traitement peut, à la rigueur, s'exécuter; mais s'il s'agit d'une forêt entière, il est inabordable. Le mieux est alors de brûler à feu courant en prenant loutes les précautions de surveillance et de délimitation pour éviter les malheurs.

Mais qui peut affirmer qu'il ne mettra pas le feu à la forêt même? Quand on agit au milieu de Pins saturés de résine et revêtus de transsudations de cette matière inflammable, qui peut garantir être et demeurer maître du feu ?

En nous voyant à chaque instant déclarer que tel travail est au-dessus des forces de l'Homme quand il s'agit de forêts entières, une objection se présente naturellement à l'esprit du lecteur. C'est celle-ci; Puisque l'Homme est assez puissant pour exploiter en même temps, et quand cela est nécessaire, d'immenses parties de forêts, comment se fait-il qu'il devienne impuissant à étendre un traitement préservatif sur la même surface?

La réponse est bien simple. Comme exploitation,.

l'Homme remue par de petits moyens de grandes masses. La cognée jette par terre les arbres les plus gros. En second lieu, il a devant lui un temps suffisant {)endant lequel rien ne le presse. Au lieu de cela, l'Homme, pour combattre une invasion de Chenilles, ne peut-employer ses petits moyens que pour remuer de petites masses. Sa pelle n'enlève au fossé qu'une pelletée de terre à la fois, son râteau ne rassemble pas, en un moment, des tas gros comme le tronc séculaire que quelques bœufs emportent en le traînant lentement. S'il a besoin d'extirper des souches, la disproportion des moyens avec les résultats obtenus persiste toujours. L'arbre fut abattu en une demi -heure. La souche aura besoin de trois heures pour être arrachée de la terre, et encore 1

Si Ton agissait en défrichant, c'est-à-dire en rase campagne derrière soi, la difficulté s'amoindrirait de suite, parce que le rôle des machines commencerait. Les souches s'arracheraient sans difficulté par la même machine américaine qui aide les défrichements immenses du Far West, Les râteaux, les scarificateurs, les herses, mus soit par la vapeur, soit par des moteurs animés, viendraient décupler la force de l'Homme et ramener un peu d'équilibre entre la fin et les moyens,

Mais il n'est rien de semblable. La vis à extraction des souches ne peut pas être introduite ni fonction-

nerau milieu des arbres du fond de la futaie; les herses ne peuvent être guidées à travers les mêmes endroits, et l'Homme reste isolé, désarmé en face des faibles moyens de ses petits bras !

C'est alors qu'il faut augmenter à l'infini le nombre des travailleurs et que les frais dépassent la valeur du but à atteindre.

Ces réflexions devaient être faites ici une fois pour toutes, car elles imporlent à la compréhension certaine de notre travail. Nous les résumerons donc, quant à ce qui concerne le Bombyce du Pin, en disant que si le forestier ne s'est aperçu des dégâts que la seconde année, il ne lui reste plus rien à faire, qu'à attendre que l'antagonisme naturel lui vienne seul en aide. Seul, il est assez puissant pour vaincre un tel fléau. Aussi, quand la forêt est infestée, le mieux à faire est de laisser les Ichneumons accomplir leur œuvre de destruction. Ce sont les ouvriers les moins chers; la nature en fait seule les frais.

Après le Bombyce du Pin, nous devons parler du Bombyce moine (Bombyx monaclia) (fig. 24), qui est aussi dangereux pour les pineraies, mais qui ne se contente pas, comme le premier, de la feuille du Pin sylvestre exclusivement, et qui mange toute espèce de feuillage, celui de l'Épicéa, du Chêne, du Bouleau, celui même du Pommier, des Myrtilles, etc. — Comme le feù, il détruit tout, partout où il passe.

Ce Bombyce est d'un blanc sale avec l'abdomen roux; la Chenille est verdàtre, puis noire avec des points rouges ; elle est poilue. Elle éclôt au mois de mai et se tient réunie aux autres pendant cinq à six jours à la place où étaient les œufs, avant de monter plus haut sur les arbres pour dévorer les aiguilles ; car les œufs ont été déposés en un seul tas oblong de cent cinquante œufs environ, ou en petites pelotes de vingt à cinquante œufs, mais toujours près de terre, dans les gerçures de l'écorce, ou parmi les mousses et les lichens. Ce Papillon, qui arrive à l'état parfait vers la fin de juillet, vole quelquefois en plein jour quand le soleil est vif, mais le plus souvent il reste collé le jour sur la surface des tiges et ne reprend son vol que vers le soir, pour la nuit.

Les Chenilles présentent un phénomène particulier assez curieux; pendant la première moitié de leur accroissement, elles peuvent produire des fils de soie au moyen desquels elles se suspendent, et, aidées du vent, passent ainsi de branche en branche et d'arbre en arbre. Elles ne mangent que pendant la nuit et coupent les feuilles en deux parts, ne dévorant que la base et laissant tomber le reste sur le sol, ce qui manifeste immédiatement leur présence sur les arbres. En somme, cet animal passe huit mois à l'état d'œuf et deux mois et demi environ à l'état de Chenille.

On ne connaît pas de moyen efficace pour détruire

ce terrible parasite. Il est impossible de le prendre par la famine, puisque tout lui est bon et qu*il n'a point besoin de voyager pour se nourrir. Aussi les moyens employés contre lui sont-ils jusqu'à présent à peu près illusoires. Que peut faire le ramassage, de septembre en avril, de Chenilles aussi bien cachées que les siennes parmi les fissures del'écorce?

On peut essayer de faire tuer en masse les Chenilles vers le mois d'avril, parce qu'à peine écloses, elles demeurent assez longtemps réunies et immobiles sur la tige. Mais ce moyen est dispendieux dès qu'on veut lui donner le degré d'importance et de simultanéité qui peut seul en assurer le succès.

Quoique le Moine se métamorphose sur les arbres, l'arrachage du sous-bois et dé toute la garniture du sol que l'on brûlera gênera singulièrement la multiplication du Bombyx, dont les Chenilles aiment les sous-bois, et dont les Chrysalides tombant sur le sol Jiu, secouées par les vents ou des Hommes exprès, si le plant est assez pauvre pour permettre ce moyen, seront facilement détruites ou ramassées.

C'est ici le moment de dire quelques mots d'un procédé d'une gAnde efficacité quand il s'agit de défendre un arbre de l'invasion de Chenilles isolées, mais dont l'application en grand nous semble bien difficile. Nous voulons parler de l'emploi du goudron dont on cercle au pinceau la tige de l'arbre. Outre

son odeur, que redouient les insectes, cette substance conserve assez longtemps une consistance poisseuse qui s'oppose matériellement à leur passage. Maisf quelle somme coûterait le ceinturage d'une partie de futaie de Pins ? C'est ce qu'un simple comptage sur quelques places d'essai fait savoir immédiatement, en tenant compte du prix de la main-d'œuvre dans le pays, de la valeur des tonnes de goudron amenées à pied d'oeuvre, et de ce fait qu'il faut compter deux ou trois rafraîchissements de la couche pendant la saison, suivant l'état de la température. L'emploi du goudron de houille, du Coaltar, produits qui se trouvent maintenant partout à bon cx)mpte, jrendra certainement de grands services. Malheureusement, si le prix de la pig. 25. — NOCTUELLE piNiPERDB. maticrc prcscrvatrice {Noctua piniperda.) baîssc, cclui de la main-

d'œuvre augmente partout d'une manière incompatible avec les traitements en grand dont nous parlons. Disons un mot de la Noctuelle piniperde {Noctua piniperda) (fîg. 25), petit Papilfon qui ressemble un peu aux Bombyces et qui ronge aussi les feuilles, mais dont la Chenille, n'étant pas poilue, est bien plus facilement mangée par les oiseaux. Les Porcs, les Blaireaux, les Renards même se mèleiit de sa

deslruetion,et, déplus, elle nourrit à elle seule vingtcinq espèces au moins de parasites Ichneumons ou Diptères. Et cependant elle fait souvent des dégâts considérables, malgré sa petite taille et ses ennemis. Phalène géomètre ou Arpenteme du Pin {Geometra pinaria) (fig. 26). Celle-ci est un a.ssez joli petit Papillon jaune à ailes relevées pendant le repos. 11 porte de délicates marbrures brunes très-élégantes. La Chenille est verte et jaune, sans poils, sa chrysalide noire. Le mâle, qui est plus brillant que la femelle, vole avec une grande vitesse pendant les plus forte^haleurs du mois de juillet.

Les femelles pondent sur les plus hautes cimes des arbres, et un mois après lesjeunesChenilIessontécloses. Elles ne mangent que la partie inférieure des feuilles, coupant, comme le Bombyce moine, la feuille en deux, et laissant tomber l'autre moitié sur le sol, ce qui produit un énorme gaspillage. Cette Phalène Cependant fait moins de dégâts que les autres, parce qu'elle commence à manger tard dans l'année; les boulions de l'année suivante sont déjà formés, et il y a chance de salut pour les arbres attaqués.

Les Phalènes donnent naissance aux si curieuses Chenilles nommées Arpenteuses ou Géomètres, d'après leur mode de progression tout particulier. Ces Chenilles sont dépourvues de pattes à leurs anneaux intermédiaires; aussi, pour avancer, elles sont obligées de courber leur corps en arc et de rapprocher Tune de l'autre les deux extrémités; ceci fait, elles se cramponnent par les pattes de derrière, allongent leur corps, se fixent par les pattes de devant et ramènent les pattes postérieures en les traînant près des antérieures, puis,' au même moment, recommencent la même série d'opérations et paraissent ainsi arpenter ou mesurer le chemin avec la longueur de leur corps. Cette marche est moins rapid§ que celle des Chenilles ordinaires, mais encore plus rapide cependant qu'on ne le croirait par la description des mouvements nécessaires pour l'exécuter.

Ces deux Chenilles, que nous avons rapprochées à dessein, s'attaquent le plus souvent aux tiges de cinq ans ; on en profite pour les faire tomber en donnant à l'arbre deux ou trois coups avec un marteau ou la tête d'une cognée. Comme il s'agit, en somme, de jeunes bois, si les cantons sont absolument dénudés de feuillet par la Chenille et qu'il y ait par conséquent beaucoup de chance pour que les pins ne reviennent point à la vie, on doit se hâter de couper à blanc. On extrait les souches et l'on fait donner un

labour aussi profond que le sol le permet pour enterrer parfaiteioent les Chrysalides qui meurent alors. Si le sol est pierreux et sans fond, il faudra esploiler encoreàblancetbi-ûler,àfeu courant, la surface. L'in- Iroduction des troupeaux de Porcs sera bonne, car ils sont friands de cette Chenille et probablement aussi de sa Chrysalide, qu'ils savent bien aller chercher.

Pie- &■ — SFHINI DO l'IM {Sphinx ptoMlri),

Le Sphinx du Pin est un bel insecte violet, avec l'abdomen annelé de violet et de jaune {Sphinx pinastri). Sa Chenille est violette à points rouges (fi g. 27 — 28). Les œufs sont verts, en forme de petites poires, et la chrysalide, brune, ponctuée de points blancs sur le côté, est remarquable par sa corne caudale blanche. Ce Sphinx vit solitaire sur

les arbres et n'offre de danger que parce qu'il accompagne les invasions du Bombyce moine.

Il en est de même du Bombyce pinivore {Bombyx pinivora) (fig. 30), qui ne fait pas d'énormes dégâts, mais est pfUs nuisible à l'Homme et aux bestiaux qui fréquentent les jeunes pineraies qu'aux arbres eux-mêmes. En effet, la Chenille de ce Papillon est bleue, à longs poils, et appartient à la grande classe des Chenilles processionnaires. Ces Chenilles se réunissent en société parmi les aiguilles, où elles tissent un nid commun d'où elles sortent en marchant dans un certain ordre qu'elles ne quittent jamais. Nous retrouverons, au reste, une Chenille analogue quand nous étudierons les Ravageurs des bois feuillus.

Malheureusement les poils roides et durs qui revêtent ces Chenilles n'adhèrent que très-peu à leur corps, de façon que la moindre agitation de l'air les fait voler, le moindre frissonnement des feuilles les détache ; ces sortes d'aiguilles s'introduisent alors dans la peau des hommes et des animaux, où elles causent des inflammations douloureuses, et dans les organes respiratoires, où elles occasionnent des accidents très-graves.

On ne connaît aucun palliatif contre les dégâts de ces Chenilles.

Nous arrivons maintenant aux plus petits ennemis

des feuilles du Pin. Ce sont les Py raies ou TordeuseSy genre de Lépidoptères dont les individus vivent des feuilles et ont le talent de les tordre, ou de les rouler en tuyaux qu'ils attachent au moyen de quelques tils de soie, et où ils ^e retirent pour subir leurs mues et leurs métamorphoses.

On en compte un grand nombre d'espèces, parmi lesquelles les plus dangereuses sont : la Pyrale des bourgeons {Tortrix turionaria), la Pyrale des pousses {Tortrix buoliana) et la Pyrale de la résine {Tortrix resiniana).

La Pyrale des bourgeons (fîg. 31) est un joil petit Papillon à ailes bleu-ciel vergetées de jaune, dont la Chenille est jaunâtre, et qui pond, en mai, ses œufs à l'extrémité des jeunes pousses. Les jeunes Chenilles se logent dans les bourgeons, surtout dans le bourgeon terminal, et se nourrissent de sa moelle, en y faisant venir une espèce de galle résineuse dans laquelle elles se métamorphosent.

La Pyrale des pousses ressemble extrêmement à celle-ci comme insecte, comme Chenille et comme dégât. Au lieu d'être bleues et jaunes, les ailes du Papillon sont blanches et orange. Bien entendu nous ne parlons que des ailes antérieures; les postérieures, dans toutes les Pyrales, sont brunes ou foncées, mais uniformes.

La Pyrale de la résine (fig. 32), elle, a les

ailes bleues et marron foncé. La Chenille occasionne une petite galle résineuse à côté de chaque bourgeon et passe l'hiver abritée dans cette maison, d'où elle sort au printemps pour manger, de sorte que sa galle s'accroît, et à la fin de Télé elle a pris les dimensions d'une noix. Ces insectes passent le second hiver comme le premier et se transforment au printemps suivant. Il -est fort remarquable que ces petits Papillons mettent deux années à parcourir le cercle entier de leur développement, tandis que d'autres, beaucoup plus volumineux, y arrivent en peu de mois.

Nous laissons de côté un grand nombre d'Hyménoptères, qui attaquent la feuille du Pin, pour arriver aux Ravageurs des bois, au moins aussi redoutables à cause de la difticulté de s'opposer à leurs ravages longtemps dissimulés.

Parmi eux se placent au premier rang le Bostriehe sténographe {Bostrichus stenographus) et VHylésine du Pin {Hylesinus piniperda). Nous décrirons, en parlant de l'Épicéa, les mœurs des Bostriches ; en ce moment nous allons parler de celles de l'Hylésine, l'un des plus constants ennemis du Pin sylvestre, quand celui-ci est planté dans un médiocre terrain.

L'Hylésine (flg. 34) est un petit insecte noir ou marron foncé dé cinq millimètres au plus de Ion-

FJg. 33. — BÏI.ËBINE D

no LES RAVAGEURS DES FORÊTS,

(fueiir, à prothorax un peu rétréci en avant {fig. 34), ce qui le distingue des Bostriches , ses proches parents, qui ont cette partie aussi large que celle qui porte les élytres (fig. 45). Toute la surface de son corps est comme chagrinée. Voici pour la description sommaire de notre petit Ravageur. Quant à ses habitudes, elles demandent une explication un peu plus approfondie. Au premier printemps, on voit des Hylésines sous les écorces des Pins.

La femelle recherche les souches ou les arbres tombés. Elle aime ceux qui ne le sont pas depuis trop longtemps, sans doute parce que leur liberetleurl'ois, encore imprégnés de sève, sont assez succulents pour la tenter, Fii;.34. iiTi.ËBiNKiiuFiN mais ne sont pas assez imbibés [Byiahiui pMperda) pour gêncf ses mouvemeuts. Quoi qu'il en soit, si elle n'en trouve pas, ou si toutes les places sont prises, elle se jette sur les arbres debout, et choisit, par un instinct admirable, ceux dont la végétation est le moins active. Comment les reconnaît-elle?

Après avoir trouvé un endroit qui lui convient, la femelle s'enfonce perpendiculairement dans l'écorce jusqu'à, ce qu'elle n'ait plus que son abdomen ap-

ii2 LES RAVAGEURS DES FORÊTS.

parent au dehors; en cette position, elle attend le

F[g. 39 ït 40. — nn-agcs de mgUsiin't UgniFer^a on anguoata.

mâle, puis elle continue avec ses mandibules sa ga-

1 travers de l'écorce. Arrivée au liber, l'Hy-

Plg. IL. — Disais ciel

lésine fait un coude brusque, elle remonte dans le sens de la longueur de l'arbre et vers sa cime, creu-

sant une galerie sur les côtés de laquelle elle dépose en moyenne 120 œufs. Les petites larves, qui éclosent en très-peu de temps, continuent les dégâts de leur mère. Elles rongent également le liber qu'elles sillonnent de galeries dont le diamètre croît en même temps que celui de leur corps, et se nourrissent de la substance qu'elles en retirent, en rongeant leur passage. Arrivées à tout leur accroissement, les larves quittent le liber, repassent dans l'écorce qui les enveloppe et y. creusent une petite chambre, où elles se transforment en chrysalides.

Tel est le travail meurtrier de la larve ; mais nous allons voir que celui de l'insecte parfait est encore plus alarmant pour les forêts de Pins qu'il habite. En juillet, le petit coléoptère sort et aussitôt se met à creuser, avec ses mandibules, un petit trou rond, de la grosseur de son corps, à la base des jeunes pousses de 1, 2 ou 3 ans. Une fois entré, il remonte et creuse la jeune tige jusqu'au bourgeon terminal par lequel il sort pour recommencer la même opération sur un autre. Quelquefois, on ne sait pas pourquoi, l'Hylésine, arrivée au sommet du bourgeon, revient sur ses pas, le long de sa galerie, et ressort par où elle était entrée.

Ce travail dure trois mois ; quand l'hiver arrive, le petit insecte abandonne les jeunes pousses, se cache au pied des arbres dans la mousse et quelque-

fois pénètre même dans Técorce, dans le liber, et jusque dans l'aubier. Sans doute ces précautions lui sont suggérées par la prescience qu'il a de la rigueur de l'hiver à venir. 11 n'est pas besoin de s'appesantir sur les dégâts que causent aux malheureux Pins la perte de leurs jeunes pousses, surtout de la terminale, qui les empêche de prendre le\ir croissance. Nous avons fait remarquer que les bourgeons latéraux se développent bien pour en prendre la place, mais l'aspect caractéristique de l'arbre a reçu de l'attaque de son ennemi une atteinte indélébile.

On ne connaît pas de remède un peu certain contre les ravages de cet insecte, — si petit cependant, — mais qui, comme tous ceux de la famille des Xylophages, produit d'énormes^ dégâts. Il est bon de tenir la forêt propre de tout bois mort ; mais quand l'état général est un peu languissant par suite du mauvais fonds sur lequel elle est plantée, il n'y a de remède efficace que celui , radical , de changer le peuplement, et ce n'est pas une petite affaire.

Quant à ce que l'on peut dire des moyens de préservation ou de combat, nous retomberons toujours dans le même cercle vicieux quand nous parlerons des Xylophages. Ayez une forêt propre, sans bois mort, en arbres très-vivaces et très-bien venants, vous n'aurez point d'Hylésines ni de Bostriches. Or, les Hylésines et les Bostriches n'attaquent une forêt

que parce qu'elle est dans des eondidions opposées à celle-ci, et elle y est parce que le sol, parce que Pexposition, parce que mille causes Tempêchent depuis cinquante....^, depuis cent ans, d'être autrement.

Tous ces Xylophages sont créés par la Nature afin de désagréger les bois morts et de les faire retourner à la terre d'où ils sont venus, et pour laquelle ils formeront un excellent engrais naturel. Ces animaux remplissent leur mission ; tant pis pour le forestier si sa forêt n'est pas créée et maintenue dans une condition de vitalité suffisante pour vivre au lieu de mourir.

En général, les bos triches et autres ennemis semblables s'attaquent aux écorces et surtout au liber ou partie vraiment vivante autour du corps ligneux même. Nous ne pouvons pas en oublier un , très-nuisible non-seulement aux pins, mais aux sapins , au mélèzes et aux épicéas , parce qu'il attaque le bois et le rend impropre au servive , ne lui laissant plus que la piètre valeur de bois de chauffage. Nous voulons parler du bostricHe Linné {Bo$^ trichus ou mieux Xyloteres Lineatus, Oliv.).

Vers avril ou mai, la femelle perce l'écorce et pénètre de plusieurs centimètres dans le bois et souvent jusqu'au cœur des jeunes tiges. Les jeunes, qui ont fait de petites cellules sur les côtés, sortent par la galerie de la mère.

Quel remède possible?

FJg, iS-l», - DcBitB en

Nous nous arrêterons ici dans l'énumération des ennemis du Pin sylvestre, et nous allons passer à ceux des forêts d'Épicéa, ce qui nous donnera l'occasion de dire que cet arbre est beaucoup moins exposé que le Pin, car il ne connaît pas les Ravageurs des feuilles, — c'est déjà un ennemi redoutable de moins : — mais il craint beaucoup, en revanche, les Rav£^eurs du bois. Nous allons voir comment travaillent les Bostriches, dont l'un attaque le Pin, ainsi que nous l'avons dit un peu plus haut. De même que le Pin a des insectes parasiles attitrés, qui ne se trouvent que sur lui DU dans sa substance seule, de même l'Épicéa nourrit son Boslriche exclusif: on le nomme le Bostriche ti/pographe{Bostri' '

chus typographus) (fig. -i^) , p„g,„^.^VïTOGaAPHF sans doute à cause de la forme iSasirithm tgfBgraphut) particulière des galeries qu'il "" '

preuse et qui, quand on écorce Varbre, apparaissent sur le liber comme des traces de caraclÈres d'imprimerie. Par la forme spéciale de chaque galerie, on peut toujours, à coup sûr, reconnaître le Xylophage qui l'a construite. Chacun de ces petits animaux mine toujours dans le même sens et de la

t même manière, LesBostriches

1 sont plus ou moins gros, plus

i. ou moins brun-marron, mais

I tous sont de petits insectes

S qui, àpremièrcvue, semblent

8 noirs, rccouvertsd'une espèce

^ de carapace bombée: ils n'ont

w . guère que trois à cinq n i)li

"^ mèires de longueur.

g Le Bos triche typographe

■^ fait son apparition vers le

2 mois de mai, et s'occupe dès

M lors à préparer un gîte à ses

I larves, qui sont blanchâtres

S" avec la tête brune et six I . petites pattes. Or, cet insecte

I est assez difTicile sur le lieu

"g qui convient à ses petits. Il 3 M '^' ^^'^^' '^^'^'"^^ ^ l'Hylésine, ^ "un arbre récemment abattu,

g encore imbibé de sa sève et

^ de ses sucs, ou bien les'bùches

I supérieures des tas de bois.

S 11 aime tellement les arbres

3 qui remplissent cesconditions,

a quequandilen tombeun dans

? la forêt, tous abandonnent les

arbres sur pied dans lesquels ils avaient commencé leurs travaux, et, en quelques heures, le nouvel arbre tombé est littéralement criblé par ces insectes.

Quand le Bostriche a trouvé un arbre convenable, il commence, avec ses mandibules, à creuser dans l'écorce un petit trou rond légèrement en pente vers le haut. S'il fait chaud, tout va bien, le petit mineur a terminé en une journée, quelquefois en moins de temps, si l'écorce est mince; mais si le temps est troid, — et, au mois de mai, cela arrive quelquefois, -^- l'insecte a moins de force, moins d'énergie, et met souvent une semaine à percer son trou. Il le place d'ailleurs à ime hauteur considérable, sinon dans la cime, au moins à la naissance des grosses branches.

L'écorce une fois traversée, le Bostriche creuse, sur sa face intérieure, une petite chambre où se rencontrent le mâle et la femelle, et qui sert de point de réunion, non- seulement à un couple d'insectes, mais quelquefois à trois, quatre ou cinq couples. C'est un salon commun d'où partent les galeries particulières qui se dirigent de haut en bas, — c'est l'envers de l'Hylésine, qui monte de bas en haut, comme nous l'avons vu — et dont le nombre dépend de celui des couples d'animaux. Mais le petit architecte ne se borne pas à construire une demeure quelconque, il lui faut de l'air, peut-être

même de la lumière. Que fait-il pour cela ? Il munit chacune de ses galeries de deux à cinq trous qui traversent Fécorce tout entière et s'arrêtent à l'extrême pellicule de l'épiderme extérieur, qui fait ainsi l'office d'une vitre, mais d'une vitre perméable à l'air comme un léger tissu de soie. La femelle alors pond soixante à quatre-vingts petits œufs transparents, blanchâtres, et placés chacun dans une petite eujaille. Elle les recouvre de vermoulure formée par le bois qu'elle a travaillé et mangé, puis elle meurt.

Dix jours après, les petites larves sont écloses. Elles se mettent immédiatement à l'œuvre et creusent, toujours dans le liber et l'écorce intérieure, des galeries où elles trouvent le vivre et le couvert. Ces galeries secondaires laissent, quand on écorce l'arbre, leur trace imprimée sur l'aubier. Leur diamètre croît comme celui de l'insecte qui les habite, et quand celui-ci est arrivé à toute sa croissance, il se^ construit une petite chambre où il se métamorphose. Pour donner le temps à ses téguments de se solidifier, il ouvré alors des galeries irrégulières qui détruisent la symétrie des premiers ouvrages de toute la famille.

En somme, c'est merveille de penser que tout cet immense travail d'une génération de Typographes

peut s'effectuer en dix ou douze semaines ! Aussi le Typographe s'empresse-t-il de. pondre de nouveau,

et la seconde génération, sans doute à cause des chaudes nuits de l'été, ne met pas plus, de huit semaines à s'élever ; mais ces nouveaux individus attendent le printemps suivant pour pondre et passent l'hiver sous la mousse et le mieux cachés qu'ils peuvent dans l'écorçe des arbres. Si l'année est défavorable, la première ponte met seize semaines à venir à bien, et il n'y a qu'une génération dans l'année. Il est fort heureux que ces circonstances arrivent souvent, car on s'est assuré que, dans les invasions, un seul arbre contenait plus de vingttrois mille couples! Que contenait donc la forêt? — Pour qui ne l'a pas vu, il est impossible de se figurer une telle quantité de petits insectes noirs et grouillants ; tout ce que l'on peut dire reste au-dessous de la réalité.

Les frais que nécessite le combat que l'on est obligé de livrer à cet insecte sont énormes. Il faudrait, pour avoir quelque chance de vaincre, qu'une forêt n'eût pas d'arbres dépérissants. Gela ne s'est jamais vu . En somme, le Typographe est un ennemi insaisissable contre lequel on a essayé quelques remèdes palliatifs insuffisants, tandis qu'on ne fera rien de certain ni de radical sans des moyens S'une énergie extrême.

Quand on a affaire à des ennemis comme les Bostriches, ce sont plutôt des remèdes préventifs que

des efforts immédiats qu'il faut rechercher, et les premiers ne se trouvent que dans une culture forestière très-soignée et très-bien appropriée à l'essence et au climaL

Quand, au contraire, l'invasion est produite, il faut couper le mal dans sa racine, et l'écorcement est le seul remède infaillible. Mais cette mesure nécessite l'abattage en temps de sève de cantons entiers ; mais cette mesure augmente les frais d'exploitation ; mats cette mesure diminue la valeur du bois; mais...

Mais, quand le mal est incurable, il faut y suc^ comber ou trancher dans le vif !

L'écorcement se fera avant que la métamorphose de la seconde génération soit complète, par conséquent au mois d'août, au plus tard septembre, quoique rien ne puisse être fixé sur cette convenance dont le forestier jugera parfaitement en suivant la marche du fléau sur quelques arbres-piéges placés à sa portée. L'opération doit se faire plutôt un peu trop tôt que trop tard, parce que les arbres ne peuvent pas être exploités et écorcés simultanément, et pendant qu'ils attendent debout ou couchés, la naissance des Ravageurs marche toujours. Or, si les Bostriches sont arrivés à l'état parfait, rien ne peut plus les tuer, puisqu'ils résistent au flottage le plus prolongé, et, dans ce cas, l'opération est manquée et tous les frais sont perdus.

Cet écorcement n'est donc point un remède que l'on puisse appliquer à la légère, ei, quelque soin que l'on prenne, il offre encore des chances aléatoires. Tous les Bostriches (à l'état de larves et de nymphes) atteints par le soleil ou la pluie dans les écorces retournées, périssent.

Consolation : on prétend que l'Épicéa coupé en sève est de meilleure qualité que celui *que l'on coupe en morte-saison ! L'avenir éclaircira ce point.

A côté du Typographe, et toujours son compagnon fidèle, quoique plus petit que lui, — il n'a que deux millimètres de long, — se place le Bostriche Chaicographe (Bostrichus chalcographus) (fig. 4(3à48). Ce petit Xylophage est aussi nuisible, seulement son travail n'est pas disposé dans le même ordre. Do la chambre commune partent, en rayonnant, au lieu de descendre, cinq ou six galeries principales sur les côtés desquelles la femelle pond ses œufs. Le travail des larves pénètre souvent jusque dans l'aubier de l'arbre.

Combattre l'un de ces Ravageurs terribles, c'est combattre l'autre, car le plus petit recherche de préférence les arbres déjà fatalement atteints par le plus gros. Rien n'est, au reste, difficile comme de se rendre compte du moment exaci où commence l'invasion, et cela pour deux raisons : la première, c'est que les trous d'introduction se trouvent placés

très-haut sur l'arbre et Bonl d'une petitesse qui ne permet pas de les apercevoir ; la seconde, c'est que les arbres végètent encore assez longtemps avec leurs mortels ennemis dans les flancs. A mesure que le fléau augmente , les marques du travail des Bostrichea deviennent de plus en plus faciles à saisir : les toiles d'araignées qui se trouvent au pied des arbres, les mousses , les irrégularités de l'écorce sont saupoudrées d'une fine sciure de bois; les aiguilles de l'arbre tombent, et, comme le feuillage de l'Épicéa est fort épais, .cette diminution d'ombrage s'estime assez facilement ; mais il est déjà trop tard ! Vienne un coup de vent d'ouest secouant les cimes des grandes forêts, et, de son souffle puissant, il va emporter à d'énormes distances des nuées de Bostriehes empestant le reste de la contrée !

Cfaenllle et ^nplllDii

Ce phénomène, parfaitement avéré, et qui, au premier abord, paraît extraordinaire, s'explique d'autant plus aisément que les forêts d'Épicéa attaquées par les Bostriches sont toujours celles qui sont situées en montagnes, sur les pentes sèches exposées en plein midi. Aussi, quand le vent d'ouest prend à revers de semblables versants, il emporte des tourbillons de Bostriches comme des nuées de Sauterelles, les lançant par-dessus les plus hauts arbres de la vallée.

Contre tous les Ravageurs des forêts, on a essayé l'emploi des arbres -pièges. Ce sont des arbres dépérissants que l'on laisse envahir par les Bostriches pour les exploiter en temps utile et détruire tous les Ravageurs qui s'y sont donné rendez-vous. Pour que ce moyen fût efficace, il faudrait que les arbrespièges fussent très-nombreux et que l'on pût cultiver une forêt comme un jardin, ce qui n'est pas possible.

Impuissance ! impuissance I telle est la conclusion de toutes les recherches faites. Impuissance I telle est la devise de l'Homme, quand il doit s'attaquer aux grandes forces vitales de la nature.

L'Épicéa possède aussi quelques Ravageurs des

feuilles dans là famille des Pyrales, mais les dégâts

'sont relativement peu considérables auprès de ceux

des Xylophages. C'est la P y raie hercynienne {Tor-

trix hercyniana) (fig. 51) qui creuse les aiguilles

132 LES liAVAGEURS DES FOUETS.

à leur hase et en détruit un grand nombre. C'est un petit Papillon blano à taches marron clair ; la Chenille est verdaire. Puis vient la Pyrale écailleuse {Tortrix dorsana) (Cig. 52), très-joli Papillon un peu plus grand que le précédent, et à marbrures - Manches et noires, à Chenille rose. Elle attaque la cime des verticilles et y détermine des écoulements de résine qui affaiblissent beaucoup les arbres.

Enfin, la Pi/rale des cônes (fig, 53) {Tortrix strobiliaiia) vient aussi apporter son contingent de d^t, en plaçant ses œufs en mai sur les cônes de l'année, que les larves perforent et détrui-

■I DENIE '

(Boiirichui cnroiicnt) seul , anéantissant ainsi l'es- (btqhbi). p^j^ jg reproduction de l'ar-

ore. La Pyrale des cônea a les ailes bleues à marbrures noires et jaunes; la Chenille est citron, presque blanche.

Nous arrivons maintenant au Sapin, le géant des fofêts résineuses et, en outre, le plus sain et le plus robuste de tous les arbres. En fait d'insectes ravageurs, sa rusticité ne lui donne pas de crainte. Un Bostl-iche cependant l'attaque, mais seulement quand

(Soslriclrua cun/idem).

les plants sont maladifs et dépérissants, c'est le Curvidenté {Boslrichus eurvtdens) (voir p. 143), qui est extrêmement petit : il a deux millimètres et demi. Il Iravaille comme les autres Bostriches, seule-

ment ses galeries ont «ne figure particulière, A partir de la chambre principale, la galerie maitresse a la forme d'une accolade décrite en travers de l'arbre, perpendiculairement à ses fibres.

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