QUATRIÈME PARTIE
Kavageurs des forêts de bois feuillus. — Le Hanneton commun. — Ponte de la femelle. . — Travail des larves et dos insectes parfaits. — Ennemis du Hanneton à VétaX souterrain et à rëtat aërien. — Le Cerf -Volant. — Le grand Capricorne. — Ravages de ces insectes. — Leurs ennemis. — Le Cossus gâte-bois. — Ravages de sa Chenille.
— Action du froid sur elle. — Expériences de J. Rennîe.
— Le Bombyce processionnaire. — Marches de ses che*
nilles. — Leur noumture. — Leurs mues Le Bombyce
livrée. — Le Bombyce cul-brun. — Le Bombyce dissemblable. — Moyens de combattre les épidémies produites
par ces Ravageurs Exemples de ravages produits par
ces insectes. — Loi sur Téchenillage. — Insuffisance de cette loi. — La Lichenée bleue. — Le Bombyce de la Ronce. — Finesse des sens de ce papillon. — Papillons fournisseurs de soie. — Conclusion.
Passons maintenant aux forêts de bois feuillus, où nous avons d'autres insectes à étudier et des détails de mœurs tout aussi curieux à relever. Les arbres feuillus, avons-nous dit, sont beaucoup moins dangereusement attaqués par les Ravageurs que les résineux, car ils réparent en quelques mois la perte de leurs feuilles, tandis qu'il faut aux autres plusieurs années: en second lieu, ils cicatrisent aisément les trous et galeries pratiqués dans leurs tiges.
tandis que les sucs propres qui découlent des résineux ren(îent les blessures incurables. Le Chêne, roi de la forêt feuillue, est aussi Varbre qui souffre • le plus des Ravageurs. Son ennemi principal est le Hanneton, dont nous allons écrire Thistoire.
Le Hanneton commun {Melolontha vulgaris) (fig. 57) n'a pas besoin d'être décrit, tout le monde le connaît; il paraît en avril ou en mai, suivant la température ; se tient immobile pendant la journée sur les arbres, s'éveille le soir au crépuscule pour manger et chercher les femelles, après quoi il meurt. Alors commence un travail des plus curieux, par lequel la femelle s'efforce d'assurer la conservation de sa famille. Elle choisit un sol meuble et sec, pas couvert de feuilles, de mousses ni d'herbes, exposé au soleil et convenablement cultivé ; puis elle se met en devoir d'y creuser un trou vertical de douze à trente centimètres de profondeur, suivant la difficulté que lui oppose la compacité du terrain.
Elle, peut pondre soixante à quatre-vingts œufs en tout; mais, pour ne pas exposer au même danger possible tout l'avenir de sa race, elle ne dépose dans chaque trou que vingt œufs à peu près, les place les uns à côté des autres, les recouvre et recommence le même travail un peu plus loin. On peut penser également que son instinct lui indique qu'un trop
grand nombre de larves réunies sur un même point ne trouveraient pas à s'y nourrir et s'alTameraient mutuellement. Elle meurt deux jours après ; et, au bout de quatre à cinq semaines, les larves ëclo.sent. Elles ont deux à cinq centime- ' très de long, et forment ce que l'on appelle les Turcs, Mans ou vers blancs, si redoutés des jardiniers.
Jusqu'à la iîn de l'hiver, ces larves vivent en société, se nourrissent de fumier et des parties à moitié désorganisées des plan- ' tes ; mais alors elles se séparent et creusent, chacune de son côté, des galeries irrégulières qu'elles poussent à une profon* deur de plus d'un mètre dans certains terrains. Partout où elles les rencontrent, elles rongent les racines et le chevelu I 1 '^'t.f'i. des véorétaux et s'en nourrissent.
liA mêmfi, prêl« à muer. y
A mesure qu'elles croissent, leur voracité augmente, elles muent une fois chaquî année, vers le mois de juin, et leur vie sublerranéenne dure trois ou quatre ans, suivant que la température leur a été plus ou moins favorable. Quand les
grands froids de l'hiver se font sentir, ces larves s'enfoncent à une profondeur extraordinaire, de sorte qu'elles sont à l'abri non-seulement de l'atteinte du froid, mais encore du danger des eaux dans les inondations ; ainsi on a vu l'eau séjourner plus d'un mois sur un sol rempli de larves de Hannetons, sans que celles-ci aient été détruites.
Au moment où l'insecte sent le besoin d'effectuer sa dernière métamorphose, il pousse sa galerie verticale le plus loin possible et, pour ainsi dire, tant que ses forces le lui permettent, et termine cette galerie par une chambre ovale ou ronde, car il possède le secret d'en rendre les parois solides et dures. Il s'y enferme alors pendant cinq ou six semaines, au bout desquelles l'insecte parfait, le Hanneton, sort de sa chrysalide. En ce moment, il est d'un blanc jaunâtre, mou et sans force ; aussi demeure-t-il dans sa chambre natale pendant plusieurs mois, y passe rhiver, et, au mois de février, commence à remonter et à se rapprocher de la surface. Ses téguments se. raffermissent à mesure qu'il accomplit ce trajet qui ne dure pas moins d'un ou de deux mois, et en avril le Hanneton parfait arrive à la superficie de la terre; c'est de là qu'il prend sa volée, le soir, pour gagner les arbres où il va trouver sa nouvelle nourriture.
Il n'est presque pas besoin de faire l'énumération des dégâts que la larve des Hannetons cause aux
Fig. GO. — L&m da Hanneton dévorant U tmIds d'un âcmI*
plantes de toute espèce ; elle est un fléau pour les jeunes semis et les plantations de toutes les essences feuillues ou résineuses, car elle attaque aussi bien le Chêne que l'Epicéa et le Pin sylvestre. Quelquefois les secousses que les Vers blancs impriment aux jeunes plants sont tellement fortes qu'on voit remuer leur tige. Les arbres attaqués prennent un feuillage terne, les pousses se recourbent vers le sol, et la plante meurt. Les arbres, même dans toute leur
Plg. Oi. FIg.ii!
croissance, ne sont pas à l'abri de l'attaque des vers blancs et Qnissenl par périr sous leurs morsures répétées.
A cet état souterrain, le Hanneton a moins d'ennemis qu'à l'état aérien : quelques Diptères vivent en parasites dans le Ver blanc, les Taupes le mangent, les Corbeaux, Vofneilles, Pies, Alouettes, Bergeronnettes s'en nourrissent quand elles peuvent le
saisir à la surface du sol, ce qui est rare, à moins que les travaux du labour de THomme ne l'y aienk amené; sans cela, il vit à de trop grandes profondeurs pour ne pas être à l'abri de toutes les attaques.
Cependant un mémoire publié, en 4853, dans le Journal de la Société dliorliculture de Seine-et- Oise, semble démontrer que le problème de la destruction facile du terrible Ver blanc a été résolu par M. Marceau. Un des produits qu'on extrait de la houille, la Naphtaline du commerce, fait périr ces animaux. Il suffit d'arroser le terrain avec de l'eau chargée de cette substance pour asphyxier en quelques heures toutes les larves qu'il renferme, sans altérer en rien les végétaux auxquels il sert de support.
Malheureusement, en admettant que le moyen soit d'une efficacité incontestable, il ne peut êlre appliqué que €ur une échelle très-réduite et seulement pour les jardins. Sans doute, ce sera rendre un service signalé à l'horlicullure que de la débarrasser de son. ennemi le plus redouté; mais que serait un pareil moyen si Ton devait l'appliquer avec le développement nécessaire que comportent les ravages agricoles et forestiers de la larve du Hanneton !
Il faut avouer l'impuissance humaine !
A l'état aérien, le Hanneton fournit une nourri-
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lure recherchée par beaucoup d'animaux de genres bien différents; nous n'en nommerons qu'une faible partie en citant : les Corneilles, les Moineaux, les Pie-grièches , les Pics, Engoulerents, Hiboux, Buses, Becs-fins et Mésanges, Chauves-souris, Renards, Martres, Putois, Blaireaux, Hérissons, Oies, Canards, Grenouilles, Couleuvres, etc.
Les plus utiles de "tous les ennemis du Hanneton sont ceux qui peuvent le saisir sur les branches, car ils y détruisent les femelles, tandis que les autres ne trouvent à terre que les mâles épuisés et quelques femelles par liasard, celles-ci ne restant que trèspeu de temps à la surface du sol avant d'y mettre leurs œufs en sûreté, comme nous l'avons vu au commencement de cette étude des mœurs du Hanneton. On remarque assez rarement une succession