‹ Les ravageurs des forêts et des arbres d'alignementChapitre 7 sur 18 · LEB RAYAOEURS DES FORÊTS · texte numérisé non relu

LEB RAYAOEURS DES FORÊTS

(le plusieurs années très-fécondes en Hannetons, à cause de leur vie souterraine de trois ou quatre ans, qui met souvent le même intervalle entre les apparitions vraiment dangereuses de cet insecte. Mais quand ce lait se renouvelle, comme ces animaux sont souvent assez nombreux pour dépouiller en-

Flg. «4. — WJCiNB CBBF-VOLiBT (tenl,)

tiërement tes arbres de leurs feuilles, la privation de ces moyens respiratoires pendant plusieurs années de suite les lait infailliblement périr.

Pendant que nous nous occupons des insectes à élytresj durs auxquels on donne le nom de Coléoptères, nous ne pouvons oublier l'un deux, bien

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connu de tous les enfanls, qui t'appellent le Cerfvolant, à cause des grandes mandibules saillantes qu'il porte et qui rappellent grossièrement les ramures du Ijois des Cerfs. Le Lucane Cerf-volant {Lxicafius .cervus) est un des plus gros insectes de notre pays ; on le rencontre le soir, dans les chemins des bois, où il vole d'un vol lourd et bourdonnant

qui ne lui fait jamais parcourir une grande étendue de terrain : il court ainsi k la recherche de sa femelle (fig. 64), qui a les cornes beaucoup moins grande? que lui.

. Or , le Cerf-volant ne vit à l'état de- larve {flg. 65) que dans les arbres, Surtout dans les Chênes âgés et sur le retour; il y demeure pendant quatre

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OU cinq années, rongeant le bois dans tous les sens, et y creusant des galeries de la grosseur du doigt, car la larve, vers la fin de sa carrière, est d'une dimension analogue à ce terme de comparaison.

Ses mœurs sont également celles d'un autre insecte, presque aussi gros que le Lucane, mais dont la forme est plus gracieuse ; on le nomme le Ctrand .Capricorne{Cerambyxheros) {Gg. &7,G8,menO).

11 est noir aussi, il a le corps plus svelte, les pattes plus longues, et deux grandes antennes noueuses qui, chez le mâle, sont aussi étendues que le corps. La larve de cet insecle est connue sous le nom de Gros Vers du bois ; elle est d'une dimension aussi considérable que celle que nous venons de voir et fait les mêmes ravages. Ces deux larves, ne s'attaquant qu'aux Chênes parvenus à toute leur croissance, c'est-à-dire a\i moment ou ils ont la plus grande valeur, font un tort considérable en rendant

impropre à tout service la partie la plus elles établissent ainsi leur demeure.

Ces deux insectes paraissent presque simultanément en juin et juillet; les femelles se tiennent à la partie inférieure des tiges sur lesquelles elles dé-

Fig. 10, — BoIb it ohtna mue' pur 1« Otrimitl he

posent leurs œufs. La larve, après avoir éclos sur l'écorce et y être demeurée un ceatain temps, s'enfonce dans le bois et y creuse une galerie sinueuse qui grossit en même temps qu'elle.

Ces insectes mettent'trois années à parvenir à leur ' complet développement ; ils se filent une coque de soie mêlée de terre et de sciure de bois qui constitue un véritable nid fort ingénieusement bâti. Tous les deux fort nuisibles, on ne connaît pas de moyen de s'en débarrasser, à moins d'exploiter les vieux chênes dans lesquels on reconnaît leur présence par les trous de l'écorce ; mais, quand ce signe peut être apprécié, le mal est déjà fait.

On pense que les Pics poursuivent ces vers et les mangent; mais nous avons de fortes raisons d'en douter, car ces deux larves habitent un bois toujours fort dur et fort sain, quoique déjà un peu sec, et jamais le bec du Pic ne parviendrait à entamer une pareille matière, surtout à la profondeur nécessaire pour atteindre les larves.

L'hisloire des Ravageurs, en général, et celle des Ravageurs des forêts abonde en faits qui échappent à toute explication raisonnable. L'apparition du Chorèbe hifascié est de ce nombre.

Il y a quinze ans environ, un de mes amis et camarade forestier du midi de la France m'envoya, des environs de Toulouse, un joli coléoptère

d'un vert métallique brillant que je rapportai immédiatement à la famille des Buprestides, mais que je ne connaissais pas. M. Lucas, du Muséum, le savant dont la complaisance a toujours été inépuisable pour nous, le reconnut pour le Ch. bifascié. Il était alors assez rare : mon ami l'avait trouvé récemment dans ses taillis de chêne : j'en avais une demi-douzaine que je laissai au Muséum avec plaisir.

Voilà l'histoire de cet insecte dans ce qu'elle a qui me touche. Par quel concours de circonstances ce Bupreste est-il devenu une fléau , un Ravageur , parti du midi , remontant vers le nord , arrivé déjà à la Loire, et pai*tout signalant son passage par la destruction des réserves de chêne sur les taillis? Si l'on pouvait dire : c^est un insecte à métamorphoses rapides, comme celles des Hylésines et des Bostriches, on comprendrait mieux ! Au contraire , ce chorèbe appartient à l'une des familles dans lesquelles les métamorphoses sont des plus longues que Ton connaisse ! Elles ne durent pas moins de trois ans, et peut-être souvent plus. Qui a donc rendu l'animal si prolifère, lui qui l'était si peu , il y a vingt ans au plus?

Questions insolubles !

En attendant une solution , tous nos chênes perdent leurs pousses terminales, puis celles des branches qui pourraient la remplacer, parce que la larve

du Chorehus hifasciatus , creuse sous récorce une galerie circulaire qui représente une incision annulaire et produit le même effet !

Les coléoptères de petite taille, les Rongeurs du bois ne ménagent pas beaucoup plus les feuillus que les résineux, surtout certaines espèces qui semblent plus sensibles à leurs dégâts que d'autres.. Parmi les feuillus sensibles, il faut compter au premier rang le frêne {fraxinus excelsior,lj.), dont les plantations ou les futaies sont décimées par les attaques d'une hylésine particulière Qiylesinus fraxinii, Fabr.), qu'on peut, à juste titre, appeler le grand Rongeur de cet arbre (fig. 71 à 75).

Si par malheur une plaie survient à un frêne, c'est par milliers qu'accourent les Hylésines pour sucer la sève qui s'en échappe; on se fait difficilement une idée de la quantité de ces Ravageurs qui peut habiter un de ces arbres : Técorce est percée comme un crible, M si on abat le frêne et qu'on enlève l'écorce, celle-ci, suivant l'heureuse expression de M. Goureau, a: est littéralement farcie de larves, depuis la base jusqu'au sommet. »

Avant d'arriver aux ravages causés par les chenilles agglomérées, nous ne pouvons passer sous silence les travaux si remarquables au point de vue entomologique et si déplorables au point de vue forestier du Cossus Gâte-hois (Cossus Ligniperda, Lin.). Le

Cosâus eiit un gros papillon noctnme voistD des Hépiale», avec lequel on l'a longtemps réuni. Son corps épais est grisâtre brun, tandis que ses grandes ailes, en toit pendant le repOs, sont grises chamarrées de petites lignes transversales qui lui donnent un aspect écailleux ou strié particulier.

(Cmiw tijnipsnia, P»br.) (Gr. bU.).

Sa chenille, qui seule fait les ravages dont nous voulons dire quelques mots, est très^rosse, d'un rouge sanguin sur le dos et blanc sale en dessous. Elle est nue et vit dans rinlérieur des ormes, des chênes, des peupliers, des saules et d'autres essences dans lesquelles elle creuse des galeries considérables toujours vers la base de l'arbre, le sillonnant jus-

qu'au cœur. Cette chenille possèile la propriété singulière (te dégorger une liqueur à odeur puante que- Ton croit destinée à ramollir les fibres du bois.

Très-sensible à l'air libre, si l'on retire cette larve du cœur de son arbre, elle recommence aussilôt à se filer une coque de soie. Quand elle veut se métamorphoser en chrysalide^ elle ne se contente pas (les murailles toutes nues de sa cellule taillée

Fig. 77. — CHENILLE DU COSBrs OATE-DOIB (grand, nal.]. ■

dans l'arbre, elle la tapisse d'une chaude étoile qu'elle compose avec de la sciure reliée par une soie brillante et très-solide qu'elle file elle-même, et dont elle possède une abondante réserve, car ayant un jour pris une de ces chenilles pour la mettre sous un verre et s'assurer si cette méthode de construction était instinctive ou raisonnée, J. Réunies lui vit exécuter le travail suivant.

Au lieu de se creuser une retraite dans une planche de sapin que Ton avait mise à sa portée, elle commença par en détacher seulement une assez grande quantité de sciure. Ayant alors choisi, parmi les débris de bois qui l'entouraient, un morceau assez gros pour lui servir de toit et la protéger efficacement, elle se plaça sur la planche, le morceau au-dessus d'elle, attacha le tout solidement, avec sa soie et le relia au moyen de la sciure emmagasinée

Pig. 78. — CHRYSALIDE DU COSSUS GATE-BOIS.

dont elle composa une étoffe épaisse semblable à celle qui tapissait sa chambre primitive dans l'arbre . On détruisit une seconde fois son abri ; elle recommença, sans se lasser, à le construire, seulement la seconde cellule fut encore mieux construite que la première, car elle apporta un second morceau de bois pour la consolider par-dessus. On ne peut donc nier le talent architectural raisonné de ce curieux animal qui, deux fois dérangé, calculait qu'il fallait chaque fois renforcer sa défense.

On ne connaissait , jusqu'à ces derniers temps , aucun moyen de se défendre des ravages du Cossus Gâte-bois et des perceurs analogues , aussi sommesnous très-heureux de rapporter ici une méthode qui a été suivie pendant ces années dernières par une compagnie des environs de Paris, pour se débarrasser des attaques des Cossus dans des plantations de peupliers. Le moyen a parfaitement réussi et a valu à son inventeur une médaille à l'exposition d'insectologie de 1874, dont nous étions un des jurés.

A l'embouchure de l'Andelle, dans le département de l'Eure, se trouve une propriété de 57 hectares, dépendant de l'établissement des fonderies deRomilly. L'indépendance d'une force hydraulique de 200 à 300 chevaux exige la possession des terres rive- ^ raines sur une longueur de deux kilomètres, et l'industrie qu'on y exerce — fabrication du cuivre — consomme une assez grande quantité de bois de peuplier, tant pour les emballages que pour l'affinage du métal. Aussi la propriété est-elle garnie de nombreux rideaux de peupliers qui bordent les prairies, la rivière et les avenues.

Les propriétaires attachent une grande importance à leurs plantations, elles sont l'auxiliaire indispensable de leur industrie, et fournissent une part notable du revenu de la propriété et en forment

aussi rornement. Chaque année des plantations de jeunes arbres sont faites en prévision de l'avenir.

Le nombre de pieds de peupliers sur la propriété n'est pas moindre de treize mille, composés de deux espèces :

1« Le peuplier pyramidal ou d'Italie (popuhis fastigiata) ;

2<^ Le peuplier de Virginie ou suisse {populus monilifera) ;

Le renouvellement se fait avec la dernière de ces deux espèces qui paraît réussir mieux que l'autre.

Il y a six années, on avaitr emarqué au pied de certains arbres acquis d'un pépiniériste, des détritus révélant la présence, dans le bois^ d'insectes rongeurs; mais en 1874, la présence de ces détritus devint si générale dans la propriété qu'il fallut avi ser. Les jeunes peupliers de 8 à 12 ans sont principalement attaqués, et l'espèce suisse, qui est la plus tendre, paraît cboisie de préférence par les rongeurs.

I.e pied de l'arbre, généralement enfoui dans les herbes, est percé d'un grand nombre de trous, dont on remarque aussi quelques-uns à différentes hauteurs. Ces trous sont peu apparents parmi les plis de l'écorce, mais se révèlent par la sortie de la sciure expulsée par les larves. Leur noinbre dépasse quelquefois quinze pour un seul arbre. Le tronc subit généralement des gonflements dans la partie ainsi

attaquée. Sur d'autres arbres, Técorce paraît avoir été piquée : elle se fendille, se dessèche par places et se sépare du bois dont la surface a été rongée. Les arbres ainsi minés sont d^une végétation chétive, et se rompent facilement sous l'action des vents. On constate alors que l'intérieur de l'arbre est perforé en tous sens de nombreuses galeries pratiquées par les larves de divers insectes.

Il importait de se débarrasser de ces hôtes dangereux, et de reconnaître d'abord l'ennemi que l'on avait à combattre, puis d'étudier ses mœurs.

Ces ennemis étaient:

1® La Saperde chagrinée {Saperda carcJtarias) ; 2^ La Saperde DU PEUPLIER {Saperda populnea); 3® Le Cossus gate-bois {Cossus ligniperda); 4» La Sesie apiforme {Sesia apiformis) ; 5» Le Charançon de la patience {CryptorhynchUrS lapathi);

6"* Le CosSoN FERRUGINEUX {Cossonus ferrugineus) ;

7® Le Rhyncolle des troncs {RhyncoUus truacorum);

La Saperde (de l'ordre des Coléoptères) est la plus abondante de tous. Elle apparaît à l'état d'insecte ailé (fig. 80), dans la propriété, vers la fin de juin ou lé commencement de juillet. Aussitôt commence l'œuvre de reproduction de l'espèce, et l'on peut

voir le soir, au moment du crépuscule, les mâles

voltiger d'arbre en arbre, à la rechercbe des femelles. Bientôt une de celles-ci, s'appliquant contrôle tronc des arbres, y introduit, sous Técorce qu'elle perfore dans les points faibles, les œufs qu'elle pond, au nombre de 30 à 40. Au bout de quelques jours, de petites larves sortent de ces œufs. Pourvues de fortes mandibules, elles pénètrent jusqu'au centre de l'arbre dont elles broient les fibres, qu'elles expulsent au dehors, à mesure qu'elles creusent leurs galeries.

Elles vivent à peu près deux ans dans l'intérieur de l'arbre qu'elles exca vent, et atteignent une longueur de 32 à 35 millimètres et une grosseur de 8 millimètres. Enfin, elles se métamorphosent en nymphes, dans une cellule confectionnée de fibres de bois qu'elles triturent et tamponnent près de l'orifice par lequel doit s'échapper l'insecte parfait, après une nouvelle métamorphose.

Le Cossus et la Sésie (de l'ordre des Lépidoptères) se comportent à peu près de la même façon que le précédent. La larve du Cossus (fîg. 77), qui accomplit sa métamorphose en trois années, atteint 6 centimètres de longueur sur 15 millimètres de grosseur. Son papillon, très-lourd, se déplace difficilement, et ne peut aller faire sa ponte loin du lieu de son éclosion; mais si le dommage s'étend plus lentement, il n'en est que plus développé sur les points attaqués, mais aussi plus facile à combattre.

Le Charançon, plus petit, ne vit, qu'une année à l'état de larve, et pénètre peu profondément dans le bois.

Les deux dernières espèces, le Cosson et le Rhyn-« colle, pénètrent dans les galeries creusées par les autres ravageurs et s'y installent. Leurs générations s'y succèdent sans en sortir. Elles achèvent lentement le travail de destruction en réduisant en poussière l'intérieur des troncs, aidées souvent par les fourmis et autres insectes qui s'y glissent comme elles.

Enfin il faut ajouter que certains oiseaux, telstjue les Pics, viennent écorcher de leur bec les trous d'entrée des galeries, pour y chercher les insectes et les larves dont ils sont très-friands, et nuisent encore à la cicatrisation des plaies.

La poursuite des insectes à l'état ailé pouvait s'opérer par les moyens usités contre les Hannetons ; mais ce mode de destruction ne parut pas assez efficace.

On chercha à entraver la ponte en recouvrant la tige des arbres d'un enduit composé d'un mélange d'argile et de bouse de vache; mais il fallait, pour faciliter l'adhérence, laver et brosser préalablement l'écorce plus ou moins couverte de mousses et de poussière, et, magré tout, le soleil, la pluie, le vent qui fait fléchir les jeunes arbres, avaient bientôt

fait tomber l'enduit. En outre, la dépense s'élevait à 19 centimes par arbre ; c'élait trop cher.

Un badigeon nage des arbres à la chaux vive, n'avait pas les mêmes inconvénients. Pratiqué à l'époque de la ponte, il devait produire quelque résultat. On pouvait espérer que la causticité de la chaux brûlerait l'organe perforateur de l'insecte, et même les œufs, alors que l'humidité de la sève viendrait s'épancher et humecter la chaux au moment où la plaie se produit par la perforation. Dans tous les cas, la chaux vive débarrasse la surface de l'arbre des petits insectes, et peut même en atteindre, dans les cavités peu profondes, sous l'écorce. Le badigeon à la chaux vive, remplissant les fentes et les crevasses de l'arbre, peut éloigner et tromper l'insecte en lui dissimulant les points attaquables. L'arbre n'en souffre pas, mais l'on voit au bout de peu de temps se produire un fendillement, qui est la conséquence du grossissement de l'arbre aloVs en pleine sève, laissant à découvert les parties les plus tendres de l'écorce, endroits que choisissent les insectes pour y déposer leurs œufs. Du reste, la pluie lave et enlève rapidement ce léger enduit. Leremèd*^ est absolument insuffisant contre des insectes ailés,' qui conservent leur liberté et trouveront toujours un point faible à attaquer.

Il est bien plus facile d'atteindre les larves à l'in-

térieur des arbres. Leur existence se révèle par les détritus qu'elles expulsent par les orifices de leurs galeries et qui tombent au pied de l'arbre.

Il n'y a pas un jardinier qui , remarquant au pied d'un arbre fruitier ou d'un arbre d'agrément les détritus produits par un ver rongeur, n'ait tué l'animal dans sa galerie , longue de quelques centimètres, ou même de quelques décimètres, en y introduisant un fil de fer mou, qui en suit les sinuosités; mais lorsque les galeries sont multiples, soit qu'elles datent de plusieurs années, soit que plusieurs larves travaillent dans le même arbre, le moyen devient impratit*.able.

L'injection d'un liquide corrosif, — en supposant même qu'il ne nuise pas à l'arbre, — ne pourrait atteindre que les insectes réfugiés dans les parties inférieures des galeries, sans pouvoir remonter aux extrémités supérieures où se trouvent les plus dangereux rongeurs, mais il ost facile de les atteindre par des vapeurs asphyxiantes.

Le chloroforme, la térébenthine, la benzine et d'autres substances volatiles, les vapeurs de tabac ou autres corps combustibles se présentaient à l'esprit. Labenzine commune que l'on trouve dansle commerce à 30 fr. les 100 kilos, fut choisie de préférence. Un ouvrier intelligent a bien vite une habileté suffisante pour remarquer les orifices fort petits qui se dissi-

mulent dans les plis de Técorce, et pratiquer rapidement l'opération sur un grand nombre d'arbres.

En deux coups d'une gouge d'un centimètre de grosseur, il évase et agrandit chaque trou, dont il ti'anche nettement le bord ; il introduit aussitôt un petit crochet au moyen duquel il retire les détritus qui encombrent l'entrée de la galerie : souvent même il retire la larve qui se trouve à portée. L'orifice étant nettoyé et en complète communication avec les galeries, il introduit successivement, au moyen d'une aiguillette et en ayant soin de ne pas les tasser, deux ou trois tampons de coton ou d'étoupe préalable-r ment trempés dans la benzine. Il ferme alors immédiatement le trou au moyen d'un emplâtre de ciment romain assez ferme, appliqué au moyen d'une petite truelle, de façon à ne pénétrer dans le trou qu'à une faible profondeur et à en recouvrir les bords de plusieurs centimètres.

La clôture est hermétique; le ciment, qui n'a rien à redouter de l'humidité du bois, durcit rapidement. Il reste adhérent jusqu'à ce que, au bout de quelques jours, la plaie dont les bords sont avivés tende à se cicatriser. Le bourrelet qui se forme alors repousse le ciment qui se détache seul.

La benzine remplit de ses vapeurs les galeries hermétiquement closes; elle y asphyxie tous les êtres vivants qui s'y trouvent, et son odeur éloigne ensuite

tous les insectes assez longtemps pour que le bois puisse se reformer et fermer le trou. Lorsque l'opération a été pratiquée imparfaitement, on voit de nouveau apparaître les détritus, soit au bord du ciment soulevé, soit par un trou resté inaperçu, soit au travers d'un nouveau trou percé par une larve qui a échappé à l'asphyxie. Il suffit alors de recommencer l'opération.

Il est très-important de bien nettoyer le pied des arbres pour les débarrasser des grandes herbes qui dissimulent les détritus révélateurs du travail des larves à l'intérieur des arbres, et favorisent l'attaque de ces derniers par toute sorte d'insectes. Une visite faite de quinzaine en quinzaine avec application de ce procédé assure la destruction de toute la génération de l'année précédente, mais pour certaines espèces il reste la ponte de l'année. En recommençant une seconde année et à la rigueur une troisième , on est sûr de tout détruire et à peu * de frais. Les arbres débarrassés guérissent rapidement et reprennent leur vigueur.

Termirtons cette énumération des ennemis des arbres par la mention des ravages causés aux feuillages par certaines espèces de Chenilles. Au premier rang nous trouvons les Processionnaires, qui viennent d'un Bombyce , — espèce de Papillon nocturne nommé Bombyx proceésionea (fig. 85), — et qui

font dans les forêts des ravages incroyables, en dépouillant les végétaux de leurs feuiHes, absolument comme si les fameuses Sauterelles d'Egypte y avaient passé.

Le Papillon paraît en août et septembre ; il demeure pendant le jour immobile sous les feuilles et les branches, et voie au crépuscule. Il est couvert de poils bruns sous l'abdomen et a les ailes grisâtres un peu nuancées de bleu d'une teinte fausse. La femelle pond- sur Vécorce une masse de cent cinquante à deux cents œufs qu'elle recouvre de longs poils dont elle dépouille son abdomen. La Chenille qui en vient est d'un gris bleuâtre ou rougeâtre, et présente une toison de „, ^^

Flg. 86.

poils longs, raides et bombyce processionnaire

, 1, (Femelle.)

piquants, d une excessive finesse. De plus, elle porte sur la ligne médiane du dos des raies transversales et de petits tubercules brun-rouge.

Ces Chenilles vivent toujours en commun ; dans leur jeunesse, elles se filent ensemble une toile pour se mettre toutes à couvert ; elles changent souvent de domicile jusqu'à la troisième mue, et ne sortent que le soir et dans un ordre régulier et invariable

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