‹ Les ravageurs des forêts et des arbres d'alignementChapitre 8 sur 18 · LEB RAVAGEURS DES FORÊTS · texte numérisé non relu

LEB RAVAGEURS DES FORÊTS

qui leur a vaju leur nom de Processionnaires. Une Chenille — peut-èlre un chef? — marche devant. Comment a-t-il été convenu qu'elle se dirigerait vers un lieu plutôt que vers un autre? — Qui lui indique la direction du pâturage où elle peut mener son armée? — Enfin cette unité marche en tète; elle

!■ oheqtUsi pioceulonnUreB.

esl suivie de deux, côfe-à-côte, qui forment la seconde file, puis trois forment la troisième, quatre la quatrième, et ainsi de suite en augmentant toujours chaque file d'une unité, ce qui donne à la colonne la forme d'un énorme triangle acutangle s'enfonçant droit devant lui.

Car rien n'arrête cette marche ; un obstacle se

présente, on le surmonte, ou Ton y tombe, et les rangs un moment dérangés se reforme\it immédiatement. Quand les feuilles manquent aux Chênes qu'elles ont dépouillés, elles mangent le sous-bois : quand elles n'y trouvent plus rien, elles sortent de la forêt et attaquent bravement les jardias, les moissons, passent sur le^ murs comme une nappe qu un manteau vivant et grouillant que l'on aurait jeté pardessus. Cette armée de Chenilles fait l'effet des ondulations d'une étoffe de peluche que le vent soulèverait doucement.

L'habitation des cantons de forêts occupés par les Processionnaires est impossible aux bestiaux et à l'Homme. Les Chenilles perdent sans relâche une grande partie de leurs poils, et à chaque mue, la masse réunie des individus en laisse une énorme quantité sous les toiles-abri. Le vent dissémine ces dangereuses aiguilles, et les animaux contractent, par l'introduction de ces poils dans leur organisme, des inflammations si violentes qu'ils deviennent fous, et entrent dans une espèce de rage qui les rend trèsdangereux. L'Homme y gagne une sorte d'inflammation érysipélateuse qui est souvent très-grave, ou des maladies de poitrine dangereuses.

Quand les Chenilles processionnaires ont terminé leur troisième mue, elles se filent, avec leur soie, une espèce de sac qu'elles divisent intérieurement

COIS FEUILLUS. d75

en un certain nombre de chambres où diaque Chenille se file un cocon séparé, à la soie duquel elle mêle unepartie des poils-dangereux dontelle estcouverle.

«B. 89. — BOUBYCE CDL-BBUH fBcmijW !ArjMWT*«0, Un.)

Les œufs des Processionn^res , avons-nous dit, sont rassemblés par la mère sur le tronc des chênes ou à la naissance des grosses branches, mais tou-

jours an N.-E, ou à VE. De plus, ces œufs sont presque toujours déposés sur le bord des allées ou sur la lisière, et jamais dans l'intérieur des massifs. Un ouvrier, ou même un enfant, muni d'une échelle et d'un grattoir un peu tranchant, peut, en se dirigeant toujours sur le N.-E., détacher les plaques d'œufs de plus de cent pieds d'arbres. C'est peu, sans doute, mais en employant dix travailleurs, cela fait un mille de chênes débarrassés, et le nombre

des chênes de bordure n'est pas si considérable qu'on ne puisse les passer en revue.

Les œufs, privés de leur couverture par l'arrachepig. 90. ment, périssent sous la gelée

Chrysalide du BOMBYCE . ,„ .,..,, ,

LIVRÉE. et par Ihumidité du sol qui

les fait pourrir. On peut, du reste, les brûler pour plus de sûreté.

A côté du Bombyce processionnaire, il nous faut ranger le Bombyce livrée {Bombyx Neustria) (fîg. 88), l'une des espèces les plus nuisibles aux forêts et aux vergers. Le Papillon est jaunâtre avec une ou deux bandes fauve brun au miUeu des ailes antérieures. La femelle forme, avec ses œufs, des bagues ou bracelets autour des branches d'arbres, et les laisse ainsi découverts et protégés par un vernis tel qu'ils passent l'hiver sans que l'eau ni le

froid leur soient nuisibles. La Chenille est rayée en long de bleu, de bnm et de blanc ; elle est assez jolie. Une fois écloses, les jeunes Chenilles se ras-

Tig. SI. — BOMBTCB CUL-BSCM (Fem. tODts blanche, «I ChiyuUde).

semblent et se réunissent sur les troncs d'arbres et à l'aisselle des branches, la nuit et le malin. Elles vivent et mangent en c

occupent et qui suffit pour faire distinguer l'espèce à laquelle ils appartiennent. En effet, le Bomhyce dissemblable pond toujours sur le bois, la tige ou les branches, vers la bifurcation — quelquefois même sur les pierres d'un mur. — Le Cul- Brun, au contraire, pond sous les feuilles. Ce dernier parsdt en juillet, un mois avant l'autre. Les Chenilles des deux Papillons éclosent en avril ; mais celles du Cul-Brun ont passé l'hiver entre deux ou trois

Flg.94— 95. —Papillon femelle et nid poilu du BOMBYCE CHRYSORBHEA .

feuilles qu'elles ont attachées avec de la soie et où elles se sont réunies dix à vingt ensemble : celles du Dispar n'ont pas hiverné.

Les feuilles, moins leur pétiole, les bourgeons d'abord et les fleurs ensuite, tout devient la proie de ces voraces Ravageurs. Les nids du Bombyce Cul- Brun étant apparents dans les feuilles nouées ensemble, peuvent être facilement enlevés et détruits pendant l'hiver; c'est surtout contre eux qu'à été faite la fameuse loi d'échenillage de l'an IV, loi si

mal exécutée et dont les bienfaits seraient cependant ■ sitôt manifestes, surtout dans les vergers et les jardins.

Le BoMBYCË CUL-DORÉ {Bombi/x chrysorrhea , Dup.) est encore un type tout voisin, dont les dégâts dans les bois de chêne sont souvent considérables ; elles mang'ent la feuille en entier, ne laissant que le pétiole.

11g. se. -

an BOUBYCB C&BTSOBBHEA.

Chaque femelle pond 2 à 300 œufs au revers d'une feuille et recouvre ceux-ci (flg. 95) de poils qu'elle s'arrache à l'anus.

En juillet et août sortent les jeunes chenilles, noires, perlées, à doubles raies rouges. Elles vivent en commun dans un nid très-apparent et luisant que l'on pourrait détruire... si l'espace n'était aussi grand !

Ces Bombyces, surtout quand des circonstances spéciales favorisent leur multiplication, se montrent de terribles ravageurs des bois feuillus; mais en temps ordinaire, leur quantité demeure à peu près stationnaire, et, s'ils ne font pas un mal énorme aux forêts, ils en causent toujours un très-sensible aux récoltes de nos arbres fruitiers! Leurs déprédations annuelles et constantes forment un véritable impôt régulier prélevé sur nos richesses agricoles et industrielles, et dont la population des campagnes ne cherche malheureusement pas assez à s'exonérer, tant elle est habituée à le payer. Et cependant aucun impôt n'est moins profitable à qui que ce soit.

On temporise donc, on néglige les précautions les plus simples, jusqu'au moment où l'invasion redoutable a lieu et où les dégâts effrayants éveillent l'attention. Alors la clameur publique avertit l'autorité^ locale; le pouvoir s'émeut, et le gouvernement envoie des savants pour observer la marche du phénomène, et, en même temps, inventer un remède à ce mal inattendu. Mais les savants, arrivés inopinément au milieu d'une véritable épidémie, ne trouvent rien, parce qu'il n'y a rien à trouver, et les remèdes in signifiants essayés n'arrivent que tardivement, ou même pas du tout.

Ce n'est pas sur l'heure que de pareilles épidémies se combattent, c'est par un ensemble de tnoyens

prophylactiques établis et poursuivis soigneusement et patiemment pendant des années entières. C'est ainsi qu'en 1848, un Bomhyce, — dont les apparitions sont d'ordinaire insignifiantes, — ravagea tout à coup cinq à six communes des environs de Phalsboui^; Garboui%, Hildebousse,Trois-Maisons, Saint- Louis furent entièrement dévastés. Le mal s'étendit

{Or^ia 2>udîbttida),

même dans les cantons de Saverne et de Sarreboui^, entamant les immenses masses de forêts qui couvrent ce pays. Les Chenilles du Bombyce pudibond (Orgyia pudibunda) (flg. 97) ont étendu leurs ravages d'un seul coup sur quinze cents hectares I Partout où les Chenilles avaient passé, les arbres demeuraient

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