IIO NATURE DE LA MATIERE RADIANTE
soudé à la trompe. Les vapeurs de mercure sont retenues par du sélénium ; la vapeur d'eau est absorbée par de la potasse fondue au rouge. A un degré de vide variable avec la forme de l'appareil et ses dimensions, mais toujours tel qu'on ait un faisceau cathodique bien net et déjà étroit, on a, dans la partie capillaire, le spectre des gaz contenus dans le tube, plus celui de l'hydrogène. On observe alors, si G est cathode et A anode, que les raies de l'hydrogène s'affaiblissent' rapidement, et disparaissent complètement si l'expérience est faite avec soin. Le spectre des autres gaz reste invariable. Renversant le courant, les raies de l'hydrogène réapparaissent. Si on dirige, au contraire, le spectroscope vers la cathode et très près de celle-ci, on constate que, même dans un tube bien sec, le spectre de Thydrogène est remarquablement intense et parfois seul visible. Ainsi Ihydrogène semble jouer un rôle privilégié dans les phénomènes de Crookes et constituer le courant de matière qui circule dans les tubes à l'état radiant.
Cette première indication trouvée, il devient possible daborder la question par des procédés chimiques.
Rayons cathodiques. — On a vu, à propos des effets chimiques, que les rayons cathodiques exercent une action réductive très nette sur l'oxyde de cuivre, le silicate de cuivre, le cristal : ces expériences réussissent quelles que soient les précautions prises pour empêcher que le gaz résiduel soit réducteur (lavages à l'acide nitrique bouillant, suppression complète des robinets, intercalation d'un tube à oxyde de cuivre chauffé entre le tube à décharges et la trompe, emploi de l'oxygène raréfié) la réduction se produit toujours ; elle a encore lieu si la cathode est en verre, ou encore si les électrodes sont extérieures . Tout cela est singulièrement favorable à l'hypothèse que la matière qui transporte l'électricité dans les tubes de Crookes est l'hydrogène.
Rayons cathodiques diffusés. — Les rayons cathodiques par les anticathodes possèdent, comme les rayons directs, la propriété de réduire le cristal, même dans une atmosphère d'oxygène. Pour le constater, il suffit de faire fonctionner, pendant une heure ou deux, un tube dont Fanticathode est entourée d'un manchon de cristal, qu'il convient de prendre étroit, puisque, dans le cas présent, les rayons divergent en
HYDROGENE CATHODIQUE l i i
tous sens à partir d'un point. L'expérience terminée, on ()l)serve que le cristal est réduit dans toute la partie du manchon située au-dessus du plan de l'anticathode. La réduction n'est pas due aux rayons X, car elle est empêchée par Tinterposition d'une mince feuille d aluminium (o""",i).
Afflux cathodique. — Si la partie centrale d'une cathode plane est remplacée par une lame de cristal, ce qui ne modifie pas sensiblement la marche de l'afflux ni la production du faisceau cathodique central, on constate que le cristal est profondément réduit là où il est frappé par le courant gazeux, et le cercle d'impact de l'afflux marque ainsi sa trace sur la lame. Cette trace se réduit presque à un point central dans un tube de révolution, quand le vide est suffisamment poussé. Cette expérience peut être combinée avec l'une des précédentes et on obtient ainsi une réduction aux deux extrémités du faisceau cathodique.
Rayons de Goldstein. — Une lame de cristal, placée sur le trajet des rayons de Goldstein, est rapidement réduite. Ce résultat pouvait être prévu, les rayons dont il s'agit n'étant autre chose que le prolongement de l'afflux cathodique, qui continue sa route au travers d'une cathode perforée, après ayoir perdu sa charge.
Hydrogène cathodique. — Ainsi les rayons cathodiques, les rayons de Goldstein, et l'afflux cathodique paraissent formés aux dépens d'une matière possédant d'une manière constante la propriété de réduire certains oxydes, et cela indépendamment de son état électrique, qui est l'état neutre dans le cas des rayons de Goldstein.
Le résultat est le même, soit qu'on opère sans précautions spéciales, soit au contraire qu'on fasse le vide sur de l'oxygène très pur, ou même qu'on supprime les électrodes intérieures. Il semble donc que l'on chercherait vainement à obtenir des rayons cathodiques formés aux dépens d'une matière quelconque.
Or le seul gaz réducteur que l'on puisse trouver dans un lube sans électrodes, lavé puis chauffé fortement, est évidemment l'hydrogène ; c'est précisément celui que le spectroscope montre se portant à la cathode à l'exclusion des autres. Son