‹ Les rayons du Nord [microforme]Chapitre 11 sur 56 · A LA MESSE DE MINUIT · texte numérisé non relu

A LA MESSE DE MINUIT

Nous marchons à tâtons, dans l'angoisse et le deuil ; Et, comme la rafale assaillant la masure

Où vous berçaïit la Vierge adorablement pure, L'ouragan de la haine ébranle notre seuil,

Nous sommes tous en proie aux passions voraces, Et l’égoisme en nous éteint toute ferveur.

Mais si vous regardiez au fond de notre cœur, Votre œil y fcrait fondre à l'instant neige et glaces.

Et si vous rapprochiez les tisons tout pâlis

Où brûlaient des parfums d'amour et de jeunesse, Il s’en élèverait encor, pleines d'ivresse,

Des senteurs de lilas, de jasmin et de lis.

De prodiges jamais vous ne fütes avare.

Vous avez fait d’une eau qui frémit sous vos mains, Aux noces de Cana, le plus exquis des vins,

Et vous avez tiré de son tombeau Lazare,

Un seul de vos regards a suffi pour qu'un jour

Une femme perdue, aussi belle qu'infâme,

Vint tomber à vos pieds, et, vous ouvrant son âme, Noyäât tous ses péchés dans les pleurs de l'amour.

36 DIEU ET PATRIE

À votre voix, le flot de la mer indomptable

S’est courbé, traversé d'indicibles frissons.

Vous avez de cinq pains, «cinq pains et deux poissons» Nourri sur la montagne une foule innombrable.

Faites donc un nouveau miracle ce matin.

Du rocher glacial des cœurs tirez l’eau vive : Ressuscitez Partout, comme un feu qu'on ravive, L’espérance qui meurt et la foi qui s'éteint.

Où rugit la révolte épandez l'harmonie ; Apaisez l'éternel orage de nos sens, Rendez-les aussi purs que la myrrhe et l'encens Apportés à vos pieds, du fond de l'Armérie.

Changez le ciel morose en un ciel Souriant, Et dissipez l'épais nuage qui vous voile ; Dans notre esprit mettez un reflet de l'étoile Qui conduisit vers vous les trois rois d'Orient.

En célestes accents transformez les hommages

De tout un peuple ému qui vous parle à genoux : Et nous serons demain fervents, humbles et doux Comme les vieux bergers et comme ies vieux mages.

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