DE PRAIRIE
A AUGUSTIN FiLon
Le soir serein descend dans la prairie immense. Sous le ciel estival tout dort et fait silence,
Les buffles et les cerfs, les antres et les nids;
Tout se tait, hors le vent dans les grands foins jaunis Ondoyant et chantant comme une mer sans bornc. Cependant, au milieu du désert calme et morne,
Où nul être vivant ne semble respirer,
Le long d’un lac d'azur, qu'on entend murmurer,
PANORAMAS
Des trappeurs indiens, sortis d’une savane
Qui tait tache au couchant, marchent en caravane, Le remington au poing et la couverte au dos,
Tout courbés sous de lourds et précieux fardeaux. Ils veulent cheminer tant que l'ombre croissante N'aura pas effacé tout à fait chaque sente
Que naguère suivaient les chasseurs de bison.
Ils vont alertement, les yeux sur l'horizon,
A travers des roseaux que la brise balance.
Tout à coup, du milieu du groupe qui s’avance, Dans la profonde paix tombant du grand ciel bleu, S’élève une clameur d’effroi : le feu! le feu!
Une immense rougeur ensanglante la plaine
Du côté du ponant, et dans la nuit sereine
Cette rougeur s’avive et croît rapidement.
Elle croît, elle croît, et sur le firmament
S'ouvre comme éventail et comme astre irradie : Dans les hauts foins séchés court un vaste incendie, Qu’a sans doute allumé quelque imprudent fumeur. Avec une lugubre et farouche rumeur,
Pareille aux bruits des eaux que l'ouragan refoule, Vers le groupe effaré la flamme se déroule,