FEU DE PRAIRIE
Monte, tombe, se tord, bondit, plane, descend, Par moments on dirait une houle de sang Qui déferle dans l'ombre incessamment accrue. Et le vent maintenant gémit, râle, se rue, Mord, déchire et découpe en convulsifs fragments Du dévorant brasier les tourbillons fumants.
Prompt comme le simoun semant deuil et ravage Dans les immensités du Sahara Sauvage, L'incendie en tous sens allonge ses réseaux, Qui font lever des vols d'innombrables oiseaux Ft changent la Prairie en une mer ardente.
Et ce nouvel enfer, que seul eût conçu Dante,
itun monde frémissant,
qui Sombre,
sé dans l'ombre.
ts effrénés,
CS calcinés :
du sol jaillit comme une lave.
pé croit voir flotter quelque épave fin de cette mer Sans nom.
efois entendre le canon ointains que la fumée estompc.
at le vent souffle en sa trompe,
PANORAMAS
Plus plaintifs sont ses cris, ses râles, ses sanglots. Et le gouffre infernal sans trêve étend ses flots, Menaçant d’engloutir la caravane en marche. Dans ce déluge igné pas de radeau, pas d’arche, Qui promette un refuge aux voyageurs surpris ! Où fuir ! où se terrer ? où chercher des abris Contre l’acharnement des dévorantes lames ?
Pour tâcher d'échapper à la trombe de flammes Dont l'opaque fuméea noirci le ciel bleu,
Dans les herbes le chef des trappeurs met le feu ; Et, poussé par un 50 uffle impétüeux d'orage, Le nouvel incendie à grands bruits se propage, Lançant un reflet pourpre à l'infini des cieux.
Le groupe maintenant chemine entre deux feux : L'un près de le toucher, l'autre qui le devance. Malgré son flamboîment aussi vaste qu'intense, Brusquement le premier enfer s'évanouit
Sur le sol dénudé par le second qui fuit,
Zaute de l'aliment qui nourrissait sa rage.
Et, sauvés, les hardis chasseurs, dont le courage Au milieu des périls ne s’est jamais lassé, Derrière le brasier roulant qu'ils ont lancé
Dans le fouillis herbeux de l'insondable plaine S’avancent lentement, aveuglés, hors d’haleine.