FEU DE PRAIRIE
Et le feu, qui bondit à travers le grand foin,
Du groupe qui le suit est déjà loin, très loin. Toujours aussi bruyant, toujours aussi rapide,
Il plonge dans la nuit sombre comme un bolide Dont le val lumineux raserait le gazon.
La flamme cependant pâlit à l'horizon,
Et semble n'y jeteg qu'une clarté de lune.
Et la profonde trace, à la fois blanche et brune, Qu'elle creuse en fuyant sous l'azur obscurci, Rapidement décroît. Le feu décroît aussi.
Le vent a tout à coup redoublé de vitesse.
Le feu décroît toujours, le feu décroît sans cesse, Et dans l'ombre n’est plus qu'un point rouge,imprécis, Qui vacille et tremblote au bord des cieux noircis.
Et maintenant s'élève un solennel murmure :
Les trappeurs, à genoux sur la plaine âpre et dure, Rendent grâces au ciel qui les garde aux déserts. Et la fumée épaisse ondoyant dans les airs,
Où palpitent encor des limbeaux de rafale, Semble, vers lorient, le nuage qu’exhale,
Dans le recueillement religieux du soir,
Le mobile foyer d'un énorme encensoir.