‹ Les rayons du Nord [microforme]Chapitre 41 sur 56 · FEU DE FORÉT · texte numérisé non relu

FEU DE FORÉT

Au souffle frais et pur de la brise qui chante, Assis devant sa porte, où tout rit, tout l'enchante, Promènera des yeux étincelants d'orgucil

Sur l'or de la moisson autour du nouveau seuil, Elèvera son cœur vers Dieu qui nous envoie Tantôt famine et deuil, tantôt richesse et joie, Tandis qu'à son côté, lasse du poids du jour,

Sa femme sourira, contemplant tour à tour, L'espoir dans le regard, la fraîcheur sur la joue, Son jardin qui prospère et son enfant qui joue.

Comme le Passant de Coppée, Je vais en chantant des chansons.

Ciovis Huoues

Je chevauchais, perdu dans l’insondable Plaine

Du Nord-Ouest. C'était le soir. Le vent à peine Berçait les hauts foins verts du grand désert dormant. Ma monture, épuisée, avançait lentement.

Je me sentais tomber aussi de lassitude.

Depuis de longs instants, scrutant la solitude,

Je cherchais du regard, au fond de quelque val,

Une source où j'irais abreuver mon cheval,

Où, pour passer la nuit, je déplirais ma tente. Et j'allais m’arrêter au bord d’une eau chantante, Quand soudain j'aperçus, au détour du chemin, Une Crise tenant son enfant par la main,

Et tout près d'eux un blanc à la mine farouche, Et dont un rire amer parfois crispait la bouche. Ils étaient arrêtés, et parlaient bruyamment, Avec un frénétique et fauve emportement Trahissant tout le feu d'une ardente dispute.

Un outrage allait-il provoquer une lutte?

Le gazon du désert serait-il teint de sang?

Je pressentais, fébrile, un drame saisissant Commeil s'en dénouait si souvent dans les Plaines

Quand les Anglais prenaient pour femmes les Indiennes,

Et que, foulant aux pieds le solennel serment Prêté devant l’autel d'azur du firmament, Ils les abandonnaient pour épouser des blanches.

La Crise, qui venait ae parler de revanches,

Haussait la voix dans l'ombre indécise du soir, Et, m'étant approché quelque peu, pour mieux voir Le groupe qu'à demi cachaient de longues herbes, l'entendis nettement ces paroles acerbes

nes,

OWONTHA 209

Dont le Poignant écho, malgré tant de longs jours, Dans le fond de mon cœur vieilli frémit toujours :

—Retournecheztoi,traître !Oui, rentreau logis, lâche! Va retrouver Dora !.… Regarde ! elle se cache, Là-bas, derrière un tronc d'arbre, d’un œil jaloux Nous guettant, Pour savoir si, tombée à genoux, Rampante devanttoi,commeun chien qu’on repousse, Je vais te Supplier, de ma voix la plus douce,

Les bras levés au ciel, de ne pas expulser

La mère et sonenfant. Va-t'en. Cours embrasser Ton épouse, et dis-Jui que mon âme recèle

+ Tais-toi ! Je ne veux Pas t'entendre blasphémer,

Accourt-elle, le soir, de tendresses prodigue, Baiser tes pieds meurtris, qu’alourdit la fatigue De tout un jour de marche à travers le désert? Je t'aimais d’un amour inlassable, Rupert.

Loin de toi, je trouvais tout maussade et futile, Chaque mot qui tombait de ta lèvre virile Délicieusement me faisait frissonner,

Et quand ton verbe avait cessé de résonner, Mon oreille d'amante et de fidèle esclave

En retenait longtemps encor l'écho suave, Semblable au coquillage, endormi près des flots, Qui garde en ses replis leurs chants et leurs sanglots. Oui, je te chérissais d’un amour sans mesure.

Si tu saignais, mon cœur saignait de ta blessure, Pour toi j'ai tout souffert, et lorsque, l’an passé,

Le scorbut torturait ton beau corps terrassé, J'ai veillé douze nuits à côté de ta hutte,

| Gisante sur le sol glacé, comme une brute, Sans manger et sans boire, affaissée, aux abris, Cherchant à percevoir quelques sons de ta voix A travers les soupirs des brises de la Plaine, Parlant au Manitou, retenant mon haleine,

De crainte que Dora dans l'ombre ne guettât.…..

OWON?IIA

Et pas un ne vit t dire à la pauvre Owontha Que Rupert, triomphant,un matin, de la fièvre, Dépcserait encor un baiser sur ma lèvre.

J'étais folle. Voulant contempler un moment Quelque chose de cher Je suis alice, un jour, v Je l'ai fiatté, j'ai mis, Mes deux bras nus a Et le noble chev Comme pour co De son visage pr Et toi, pour obéi À nous bannir, Devant ta dureté, Tressaillir en mo prit de la Vengeance!

ent de Dora!

ère, scélérat !

Eu par son pasteur ordonne et que je t'abandonne | —

Non, il ne voudrait pas qu'après avoir dix ans Répandu tous les pleurs des repentirs cuisants,

Je subirais le sort des viles adultères.

Eh bien, s’il est moins dur que le Dieu de tes pères, Viens, allons adorer, tous trois, le dieu des miens ! Laisse à Dora ton or et tes troupeaux ! Viens! viens ! Suis-moi, Rupert, suis-moi dans l'infini des plaines. Nous dormirons sur l'herbe et boirons aux fontaines, Tu mangeras avec Daniel ma part du pain

Qu'en quittant ton foyer j'ai reçu de ta main,

Et tu me soutiendras quand je serai trop lasse.

Mais je divague.. Non, n'écoute pas, de grâce,

Ces mots fous échappés à ma lèvre, Rupert.

Ce n’est pas moi qui parle. Oui, ma raison se perd. Va:t'en ! Dis à ton Dieu cruel que je l’abhorre, Toi-même, je te hais, je te hais plus encore,

Et je me réjouis, crois-moi, que de tes biens,

De tes champs labourés, de tes bœufs, de tes chiens, De tout ce qui te mit au front l'orgueil de l'aigle, l'emporte seulement quatre ou cinq pains de seigle ; Et je jure, Rupert, que n’était mon Daniel,

je jetterais ce pain plus amer que le fiel,

Et dont le seul contact me révolte et me glace.

rd.

Au sang de ton cad

Et pendant que tombait d

OWONTHA

Je pars, Rupert, je pars en m:

Je pars. Mais ta richesse ave Mon enfant au désert farouc

avre encor tout frémissant, —

es lèvres de l'Indienne Où vibrait Ja rage de l'hyène, ’allumant aux

ux deux bannis, alheureux, Confusément punis, mépris et de l'ingratitude,

LA BFAUCE

AM. le sénateur J. Bozpuc

C'est toujours mon Pays, mon humble coin de terre; C'est mon village, mon clocher, l'enclos bénit, u mes morts sont rangés sous le même granit,

C'est ui qui m'a voulu poète et qui m'inspire

Toùs les'êtres m'y sont plus qu'ailleurs indulgents. ï

ARSÈNE VERMENOUZE

La Beauce! .— Ce vieux nom sort de !+ vieille France Et nous rappelle un coin de terre fortuné.

À des bords Séduisants nos aïeux l'ont donné,

Parce qu'à leurs Cfforts pleins de mâle Vaillance

La glèbe Y Promcitait l'inlassable Opulence

Des plaines où plus d'un de ces preux était né,

La Beauce ! — ce doux nom caresse mon oreille Comme les sons lointains d’un clavier de cristal. Il me semble doré d’un reflet sidéral,

Parfumé des senteurs du sapin, de la treille, Du blé mûr, du calice où se pose l'abeille.

La Beauce !.. c'est pour moi le paradis natal.

Oui, c'est peur moi l'Eden, d'où le destin sévère M'exila jeune encore ; et, malgré la rigueur

Des épreuves qui, là, torturèrent mon cœur,

Je chéris ce pays comme on chérit sa mère,

Comme on chérit la femme, aussi noble qu'austère, Qui versa son lait pur à notre lèvre en fleur.

J'adore sa Chaudière aux rives sans égales,

Ses torrents écumeux et ses marais dormants : J'adore ses foyers tout pleins d'enfants charmants, Ses troupeaux, ses oiseaux, ses grillons, ses cigales ; J'aime ses paysans aux vieilles mœurs frugales, Chez qui coule toujours le sang des fiers Normands.

De cet éden partout le souvenir me hante ; Et, malgré la distanre, en ce moment je vois Etinceler ses prés et verdoyer ses bois ;

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