ENVOI
Ce conte m'a séduit souvent...
Pour le rendre plus captivant, 11 m'eût fallu, rimcur savant,
Le mètre,
Si plein d'harmonie et d'attrait,
Dont vous possédez le secret,
Et qui fait de vous, Theuriet,
Un maître.
11 y a de grandes âmes dans l'humanité comme il y a de grands arbres dans la foret, de grandes cimes sur l'horizon.
Victor Hugo
Fi FREDERIC MiSTRME.
La Provence aparcis...
Aco"s la porto santo ecouronnello
De la terre d'amour.
(Lou Poèmo dou Rose)
Une barque, partie, un soir, de la Judée, Après la mort du Christ, cinglait à l'Occident. Devant elle Neptune abaissait son trident, La mer aplanissait sa vague débordée.
Elle allait au hasard, mystérieusement,
Sans compas, sans timon, sans rames et sans voiles.
Le soir elle fendait des flots semés d'étoiles,
Et des anges venaient l'effleurer par moment.
Que portait sur ces eaux si calmes la carène ? Elle portait Lazare encore tout pâli Du linceul dont son front semblait garder le pli, Elle portait Lazare et sa sœur Magdeleine.
Dans cette barque, aux flancs décrépits et moussus. Que de pauvres pêcheurs avait désemparée, La trouvant pour la mer trop vieille et délabrée, Les Juifs avaient jeté les amis de Jésus.
Mais l'onde sauvage eut pour eux de la clémence. Après avoir, au gré des vents, longtemps erré, La nacelle toucha, sous un ciel azuré, Une côte splendide... Et c'était la Provence.
Les disciples, baisant le rivage enchanté Où venait de briller pour eux la délivrance, A des peuples cherchant l'astre de la Science Annoncèrent bientôt le Christ ressuscité.