AU DOCTEUR A. LOIR
Mais la Gaule, traçant au lointain son sillon, Ne leur envoyait plus l'or de son froment blond, Et rien ne leur venait des campagnes normandes.
Ces vaincus par moments se prenaient à pleurer; Dans l'ennui d'un exil sans fin. que rien n'apaise. Ils voyaient de leur ciel la splendeur s'altérer ; Et le blé primitif de la terre française, Qui leur devait donner le pain, la force et l'aise, A leurs yeux tous les ans semblait dégénérer.
Mais nos rives hier sous une autre sem.ence Ont frémi tout à coup, tremblantes d'un frisson Qui promet les trésors d'une munificence Que nul printemps n'apporte avec sa fleuraison. Désormais les Normands vont jeter à foison Au terroir canadien le blé de la Science.
Ils répandent le grain de l'immortel Pasteur Dans un sillon tracé parle soc de l'étude Sous les yeux vigilants de quelque novateur ; Et c'est avec un cœur vibrant de gratitude Que, maigre les frimas de notre hiver si rude, J'acclame en vous le geste auguste du semeur.
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Auteur du Voyage d'un Canadien en France
Réalisant naguère un rêve caressant,
Qui te ber»;ait avec mille roses chimères,
Tu t'en allas fouler le doux sol que nos pères,
Bretons, Normands. Picards, rougirent de leur sang.
Tu contemplas Paris, Armor et ses bruyères. Des tours de Notre-Dame aux récifs d'Ouessant, Touriste émerveillé, tu peignis, en passant. Les plus riants aspects comme les plus sévères.
Tu louas, le cœur plein d'amour et de fierté,
La splendeur, la richesse et l'hospitalité
Du pays que chacun de nous toujours révère.
Et dans ton livre, aussi vibrant que gracieux,
J'ai senti tressaillir l'émoi délicieux
De l'enfant délaissé qui retrouve sa mère.
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Héritier de Garneau, fervent de Crémazie. D'un invincible amour vous chérissez comme eux Le sol d'où sont sortis les pionniers fameux Dont le sang féconda notre terre choisie.
Et dans la ville altière où votre œil s'extasie Vous luttez constamment, plein d'un zèle pieux, Pour conserver intact le parler des aïeux, Pour servir sur nos bords l'Art et la Poésie.
Nul mieux que vous ne dit le mâle alexandrin, Impeccable charmeur, au geste souverain, Dédaigneux du brillant des vers légers ou mièvres ;
Et lorsque vous clamez les strophes de Zidler,
On croit ouïr l'aède enthousiaste et fier
Qui tenait les vieux Grecs suspendus à ses lèvres.
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Le trésor le plus rare et le plus pur sur terre,
Que tant d'hommes, hélas ! ont cherché vainement.
Près duquel pâlirait l'éclat du diamant,
C'est l'humble dévoûment d'un vieil ami sincère.
Ce noble cœur gémit devant les éprouvés ; II semble avoir pour eux la pitié d'une mère. Chaque fois que le sort vous tend l'éponge amère, 11 veut prendre une part du fiel que vous buvez.
II veut porter le lourd fardeau de votre peine. Pour vivre dans votre ombre, il délaisse les fleurs. Par autant de soupirs il compte vos douleurs, Pendant que vous versez votre âme dans la sienne.
La plainte du souffrant ne l'a jamais lassé. Il dédaigne le faste, il ignore l'envie ; Et dans l'âpre bataille obscure de la vie Souvent il releva le poète blessé.
Il répand, attendri, le baume sur ses plaies, Et, couronnant de fleurs son luth franc et loyal, II exalte le fier martyr de l'Idéal, Que cent fois les jaloux ont traîné sur leurs claies.
Il lui montre la Palme, et le suit pas à pas Sur la voie où des ans le froid hiver l'assiège Et sa forte amitié ressemble au perce-neige Qui ne brille que mieux à travers le frimas.
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A M. le Sénateur L.-O. David
C'est tout tremblant d'émoi que j'approche à cette heure De la pierre où tu dors couché sous les cyprès, Car je crains de troubler le repos et la paix Du vieux poète aimé que tout Canadien pleure.
Je crains de réveiller une vague rancœur Qui dans l'étroit cercueil, plein d'une ombre sereine. Où meurent les derniers murmures de la haine, Peut-être couve encore au fond de ton grand cœur.
Mais que dis-je? J'entends une lèvre sincère Soupirer : — Oublions qu'en servant l'Idéal Nous nous sommes meurtris dans un conflit brutal !... Oublions tous les torts ! . . . Serrons-nous la main , frère !
Merci, maître, merci!... Ton pardon m'est bien doux 11 me semble un écho du ciel sorti de terre ; Et désormais, parmi les croix du cimetière, Je m'en viendrai souvent te parler à genoux.
Permets que, dès ce soir, penché sur toi, j'évoque Les jours oij nous marchions dans le même chemin. L'œil perdu dans les cieux et ma main dans ta main.. . Tu n'as pas, j'en suis sûr, oublié cette époque.
Tu n'as pas oublié que c'est toi qui m'appris A promener mon doigt indécis sur la Lyre, Qui me guidas vers l'onde où le barde s'inspire. D'où ta muse tira tant de perles sans prix.
Tu célébrais alors l'inlassable vaillance Des défricheurs-soldats qui peuplèrent nos bords ; Et par moments l'écho de ces nobles accords Allait toucher le cœur endormi de la France.