IL NEIGE
Je sens, saisi d'un vague effroi, Qui me retient à la fenêtre, Qu'en la marche du noir convoi Fuit quelque chose de mon être.
Soudain dans le champ de la mort Disparaît le sombre cortège...
C'est un après-midi du Nord.
Le ciel est blanc et morne. Il neige.
te MOVCR
Un noyer ombrageait la maison paternelle. ^ 11 fut cent fois témoin de mes ébats d'enfant.
11 me vit rêver seul, à vins^t ans, sous son aile, J
11 me vit tour à tour morose et triomphant. '
Un jour, je le quittai, des pleurs à la prunelle, Plein d'un émoi sans nom dont nul ne se défend. Loin de l'arbre à la cime ombreuse et solennelle, Je souffris comme on souffre au désert étouffant.
Je voulus le revoir après bien des années... Mais ses feuilles, hélas ! étaient toutes fanées, Son tronc mort se couvrait de neige et de verglas ;
Et dans son froid branchage, où la rafale tinte.
Tout attristé, je crus ouïr sonner le glas
De mes espoirs défunts, de ma jeunesse éteinte.
tM SICSTC
Deux heures de l'après-midi. Le soleil brûle. Pas un frisson ne court sur le miroir des eaux. Tout languit, tout se fane, arbres, fleurs et roseaux, Dans le cercle enflammé de l'âpre canicule.
Les volets sont fermés. Le bruit de la pendule Rompt seul le lourd silence, et, loin des vains propos, Sur le divan moelleux la jeune mère a clos La paupière, laissant du pied nu choir la mule.
Elle rêvC; éveillée, et parle en souriant,
La main sur son collier de perles d'Orient...
Elle vient d'incliner sa tête appesantie.
Auprès, dans son berceau, malgré l'air étouffant. Comme un oiseau joyeux gazouille son enfant Frêle comme une rose et blanc comme une hostie.
K [.'ABBÉ r.-X.BURQUC
A l'époque où le vent ne berce plus les bléss
Qui nagsère exhalaient l'acre parfum de l'ambre.
Où les mélodieux bohémiens ailés
S'envolent des bosquets dépouillés par novembre,
Vos vers, brillants oiseaux, sont entrés dans machambre
Deux jours ils ont volé pour venir jusqu'à moi. De ces hôtes nouveaux j'ai caressé la plume Que lustrent la gaîté, l'espoir, l'amour, la foi ; Et de mon cœur meurtri le précieux volume Un instant a chassé le deuil et l'amertume.
Dans vos accents tressaille un souffle printanier Qu'échauffe le rayon des plus pures croyances... Et quand les soirs d'hiver me tiendront prisonnier, Aux lointaines rumeurs de nos forêts immenses Je mêlerai souvent le rythme de vos stances.
EOO^RD To%
Quand l'Arabe, foulant les sables du désert, Voit poindre à l'horizon l'oasis verdoyante, Où, près d'une eau limpide, il dressera sa tente, 11 oublie à l'instant tout ce qu'il a soulïert.
11 entre, radieux, dans l'île de verdure. Que de milliers d'oiseaux enchantent les accents. 11 y cueille à foison des fruits rafraîchissants, Pendant qu'auprès sommeille ou broute sa monture.
Bercé par les accords voilés et caressants Des sources reflétant l'azur des grands cieux calmes, Il rêve, le front nu, sous l'éventail des palmes, Il rêve, et devant lui passent les chers absents.
L'homme se sent guéri de ses longues fatigues; Et, quand, plein d'un espoir nouveau dontson œil luit, 11 se remet en marche, il emporte avec lui Les exquises senteurs des dattes et des figues.
Voyageur accablé des rigueurs du destin, J'errais dans un désert brûlant et monotone, Lorsque je vis soudain, vers l'Ouest qui rayonne, Une verte oasis émerger au lointain.
J'atteignis cet éden, qu'on admire en extase, Où bien des cœurs français cherchent à se lier.. Et Je franchis, très las, ton seuil hospitalier, A ta porte laissant paître ou dormir Pégase.
Je me suis longuement reposé près de toi. Dégustant, réjoui, les vieux crus de ta cave ; Et mon âme a gardé le parfum si suave Des fruits de l'Amitié savourés sous ton toit.
La grandeur de ces tableaux ne Saurait s'exprimer dans des langues humaines.
Chateaubriand
La nature a des perfections,
Barce qu'elle est limace de ieu, et elle a des défauts, parce qu'elle n'en est que l'image.
Pascal
CâC Mi
A l'abbé Camille Roy
Le Montmorency sort du flanc des Laurentides. Gigantesque boa dont les anneaux humides Se tordraient dans le creux ensoleillé d'un val. Le lourd torrent, gonflé par le dégel vernal, Serpente, sous le bois qui tiédit et bourgeonne, Avec un bruit aussi fauve que monotone. 11 gronde, il hurle, il râle, il sanglote, il gémit. D'écume éclaboussant la rive qui frémit.
Par instants, comme pris d'une effroyable joie,
il hiennit, il se cabre, il bondit, il tournoie.
Aucun effort humain ne saurait l'arrêter.
11 ébranle le roc qui veut lui résister,
Le couvrant d'une bave à la fois blanche et noire.
Et les grands élans roux — qui viennent, l'été, boire
Au cristal radieux de son flot bleu qui dort —
Furtifs, et l'œil au guet, sous les arbres du bord,
N'osent tremper leur mufle à sa vague bruyante.
En lui voyant peut-être une meute aboyante
Déchaînée à travers la sauvage forêt.
11 fuit toujours fougueux et lourd, et l'on dirait
Une lave d'argent ruisselant d'un cratère
Qui dérobe ses feux dans l'ombre et le mystère.
11 fuit, il fuit, roulant, glissant, sautant, rampant...
Soudain, entre deux rocs, le fluide serpent.
Plus blanc, plus écumeux, plus rapide, en démence,
Plonge dans l'entonnoir d'un précipice immense ;
Et, Lucifer vaincu par l'archange Michel,
Le torrent se débat et lance vers le ciel
Des cris qui font frémir les mornes étendues.
Et dans les cent clameurs des ondes éperdues