LE MONTMORENCY
Eclatent des sanglots et des rires d'enfer, Les longs mugissements effrénés de la mer Battant Técueil qui tremble ou le vaisseau qui penche, Les fracas de la foudre et ceux de l'avalanche. Les plaintes des blessés entassés sur les morts. Quelquefois cette horreur se change en des accords ; Et l'on entend monter de l'écume qui croule Des strettes de clairon, des cantates de foule, Des chants de rossignol, de bouvreuil, de pinson. Puis, couvrant brusquement cet étrange unisson. Qui charme les échos et l'aigle dans son aire. Retentit sourdement comme un coup de tonnerre.
Ce concert, tout ensemble horrible et captivant, Profond comme la mer, large comme le vent, Où de doux gazouillis se mêlent à des râles, Heurte violemment les voûtes cérébrales.
On sent, en l'écoutant, son être s'affaisser ; Et les poètes croient parfois sentir passer, Parmi ces mille voix d'instruments et de bites, Un vent d'Apocalypse au-dessus de leurs têtes,
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Et le fleuve géant, qui déroule, tout près, Sous le ciel radieux, son flot limpide et frais. Dans l'affreux hourvari du gouffre ivre de rage Fait le bruit de l'insecte au milieu de l'orage.
Et nul ne saurait dire ou peindre la beauté Des mobiles aspects que le gave indompté, Aux bonds vertigineux, au fracas formidable, Déploie — en se plongeant dans la cuve insondable ■ Comme une immense écharpe, un colossal rideau. Et l'on a sous les yeux dans cette nappe d'eau, Qu'un nuage irisé constamment enveloppe, Le foyer chatoyant d'un kaléidoscope.
Tantôt la lourde écharpe aux plis éblouissants Pâlit et se transforme en un voile d'encens. Tantôt sur les grands flots entraînés dans l'abîme Avec un bruit sinistre, assourdissant, sublime. Sous les tièdes baisers d'un soleil caressant, Tourbillonnent des jets d'huile, de lait, de sang. Des flocons de duvet, d'amiante, d'ouate, Des colliers de lapis, des chapelets d'agate. Tantôt des diamants, des nacres, des micas. Des étoiles de perle et des fleurs de frimas