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LA BEAUCE

A M. le sénateur J. Bolduc

C'est toujours mon pays, mon humble coin de terre ; C'est mon village, mon clocher, l'enclos bénit, Où mes morts sont rangés sous le même granit.

C'est lui qui m'a voulu poète et qui m'inspire

Tous les Otrcs m'y sont plus qu'ailleurs indulgents.

Arsène Vurmenouze

La Beauce ! — Ce vieux nom sort de la vieille France Et nous rappelle un coin de terre fortuné. A des bords séduisants nos aïeux l'ont donne. Parce qu'à leurs efforts pleins de mâle vaillance La glèbe y promettait l'inlassable opulence Des plaines où plus d'un de ces preux était né.

La Beauce ! — ce doux nom caresse mon oreille Comme les sons lointains d'un clavier de cristal. 11 me semble doré d'un reflet sidéral, Parfumé des senteurs du sapin, de la treille, Du blé mûr, du calice où se pose l'abeille... La Beauce !... c'est pour moi le paradis natal.

Oui, c'est pour moi l'Eden, d"où le destin sévère M'exila jeune encore ; et, malgré la rigueur Des épreuves qui, là, torturèrent mon cœur, Je chéris ce pays comme on chérit sa mère, Comme on chérit la femme, aussi noble qu'austère» dui versa son lait pur à notre lèvre en fleur.

J'adore sa Chaudière aux rives sans égales, Ses torrents écumeux et ses marais dormants ; J'adore ses foyers tout pleins d'enfants charmants, Ses troupeaux, ses oiseaux, ses grillons, ses cigales ; J'aime ses paysans aux vieilles mœurs frugales. Chez qui coule toujours le sang des fiers Normands.

De cet éden partout le souvenir me hante ; Et, malgré la distance, en ce moment je vois Etinceler ses prés et verdoyer ses bois ;

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