‹ Les rayons du Nord, poésies canadiennesChapitre 31 sur 38 · CES PLONGEURS · texte numérisé non relu

CES PLONGEURS

Depuis des siècles, chaque ge'ne'ration nous a jeté à pleines mains tout un semis de perles merveilleuses dont nous nous sommes emparés, dont nous ornons notre pensée et notre vie tout entière, sans jamais, peutêtre, avoir eu l'ombre d'un souvenir pour tous les disparus auxquels nous devons tant de jouissances ou tant d'éclat, sans qu un sentiment vague de reconnaissance nous ait même effleurés.

Georges Maze-Sencier.

Les hommes de Ccylan, à l'œil perçant et fier, Plongent, sans sourciller, dans l'onde qui déferle. Violant les secrets farouches de la mer Pour y chercher la perle.

Hélas ! quel sort attend ces pêcheurs entêtés ! Quels périls l'océan leur cache en ses abîmes ! Combien de malheureux n'en sont pas remontés ! Chaque jour va croissant le nombre des victimes.

La mort guette sans fin les plongeurs sous les eaux. La fièvre les saisit au lit du madrépore ; L'algue les enveloppe en ses traîtres réseaux ; Le requin les dévore.

Et les bijoux nacrés que le déshérité Tire du sombre gouffre étreignant sa poitrine, Resplendissent, un soir, au col d'une beauté, Comme les pleurs de l'aube aux plisdel'églantine.

Mais celle que ce don royal doit ennoblir Songe-t-elle jamais, dans son insouciance, Au courageux chercheur qui va s'ensevelir Sous la houle en démence ?

Qu'importe un paria, dont le grand flot brutal Etouffe pour toujours l'audace opiniâtre, Si des perles, aux feux étincelants du bal, Rehaussent la fraîcheur d'une gorge d'albâtre?

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