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LE TROISIÈME CENTENAIRE DE QUÉBEC

Et c'est dans son forum que maint tribun superbe, Armé du glaive ardent et sonore du Verbe. A tant de fois lutté pour défendre nos droits.

Québec en larmes vit la fin du drame épique

Qui devait décider du sort de l'Amérique.

Sa poussière est encor teinte du sang des preux ;

Et parfois dans le chant des flots ou de la brise

Le poète perçoit la diane indécise

Des soldats immortels qui furent nos aïeux.

Comme un phare Québec éclaire, attire, invite. Autour de son aimant la nation gravite ; Et dans ses murs tout pleins de suaves échos, Fleurissent constamment l'art et la poésie. A l'ombre de ses tours préluda Crémazie, Et Garneau burina les noms de nos héros.

De la loyauté sainte il entretient la flamme

Sur l'autel de nos Lois altier comme son âme.

Il a l'enthousiasme et la virilité.

11 crée, il fonde, il guide ; et ce qu'en son domaine

Il accomplit est fait pour la Gaule chrétienne,

Pour la noble Angleterre et pour la Liberté.

Comme aux jours de Champlain, il grandit et prospère.

Pour sa devise \\3.:Je me souviens, j'espère,

Et, couronné des feux de l'astre du Succès,

Tôt ou tard, tel Paris sur l'Europe féconde,

11 fera ruisseler pour tout le Nouveau-Monde

Les rayons créateurs du vaste esprit français !

A PROPOS DE l'entente ANGLO-FRANÇAISE

L'esprit des temps unit ce que la mer sépare. Lamartine

Comme le mont Blanc dresse au-dessus du mont Rose Son front sur qui la neige éternelle repose, Comme un Corse éclipsa, sous un nom immortel, Scipion et César, Charlemagne et Martel, Comme le Christ était plus grand que les apôtres, Il est des nations qui dépassent les autres. Ces peuples tout-puissants montrent, dans leur fierté, L'âpre chemin où doit passer l'humanité,

Et des siècles durant Albion et la Gaule Surent, ô noble «Sir», remplir ce noble rôle.

Mais, hélas ! bien souvent l'aveugle ambition

— Elle pénètre même au cœur du vieux lion —

Mit aux prises les deux guides incomparables.

Oui, bien souvent de l'Inde aux pays des érables.

Des bords de la Baltique aux remparts de Toulon,

De Jeanne d'Arc la grande au grand Napoléon,

L'Angleterre inlassable et la France invincible

Marièrent leur sang dans un hymen horrible ;

Et Malplaquet, Denain, Azincourt, Orléans,

Fontenoy, Waterloo, qui vit choir les géants,

Sont des noms qui, malgré tout leur lustre de gloire,

Feront toujours verser des larmes à l'Histoire.

Mais ce duel incessant devait cesser un jour.

La haine n'est pas plus durable que l'amour ;

La tempête finit par refermer ses ailes ;

Les guerres des titans ne sont pas éternelles ;

Et comme les deux preux Olivier et Roland,

Après s'être livré plus d'un combat sanglant,

Au bord du Rhin ému de leurs coups téméraires.

D'un même élan du cœur s'écriaient :« Soyons frères!»

Las de porter l'armure et de se menacer.

Les deux peuples rivaux viennent de s'embrasser.

Embrassement superbe ! étreinte grandiose ! Devant cette union digne d'apothéose,

A SIR WILFRID LAURIEK 15

Devant ce geste auguste et qui dit : « Plus de sang! » La vieille Europe fait un rêve éblouissant ; Et sous un ciel serein, d'où la clarté ruisselle, Elle voit rayonner la paix universelle.

Renverser les remparts, briser les fers maudits, S'éteindre des enfers, briller des paradis, Elle voit transformer les prisons en écoles, Des cloaques surgir les plus fraîches corolles. Sortir des marbres blancs des plus sombres débris. Jamais rêve plus doux n'a bercé les esprits, Jamais peuples n'ont fait espérer à la terre Ce que lui donneront la France et l'Angleterre.

L'Angleterre ! — Au milieu de l'Océan fécond Elle se dresse avec un arc-en-ciel au front ; Et, malgré l'éternel brouillard qui l'enveloppe, Des feux de sa puissance elle éblouit l'Europe; Et le soleil qui meurt pour les plus hauts sommets Sur ses plages sans fin ne se couchent jamais. Au sein des grandes eaux, elle ressemble au phare Devant qui l'ombre fuit et le vautour s'effare ; Et ses vaisseaux, nombreux comme les alcyons, Aux vents de tous les cieux ouvrent leurs pavillons. Son trident de Neptune abat le sceptre humide. Elle enfanta Newton, comme Athènes Euclide ;

Et, plein d'éclats de voix plus vibrants qu'un clairon, Son vieux forum en Burke entendit Cicéron. De cette nation tout est grand, tout étonne, D'Anne à Victoria, de Cromwell à Gladstone. Aux frontons orgueilleux de ses temples guerriers, Où s'enlacent chardons, trèfles, roses, lauriers, Resplendissent trois noms, dont nul doigt sacrilège Ne peut ternir l'éclat aussi pur que la neige Qui blanchit le sommet de quelque Pélion : Wellington, Marlborough, Richard Cœur de Lion !

Comme l'or et l'argent forment un alliage Qui des ans obstinés déconcerte l'outrage, Comme dans l'Océan se confondent les eaux Des rivières, des lacs, des sources, des ruisseaux. Vingt peuples, réunis sous la même bannière, Ont créé cette race aussi mâle qu'altière, Race qui mit au jour des saints et des héros. Riche par les trésors que lui portent les flots, Puissante par l'Epée et noble par la Lyre. Comme la Grèce Eschyle, Albion eut Shakspere. Chez elle la justice a les ampleurs des mers D'où montent les hourrahs de ses marins si fiers. De la moisson du Christ elle défend les gerbes ;

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