‹ Les rayons et les ombresChapitre 39 sur 54 · TRENTE ET UNIÈME · texte numérisé non relu

TRENTE ET UNIÈME

De vieux souliers trop grands noués d'une ficelle. Dans des fossés, la nuit, ils dorment bien souvent. Aussi, comme ils ont froid, le matin, en plein vent. Quand Tarbre, frissonnant au cri de Palouette, Dresse sur un ciel clair sa noire silhouette ! Leurs mains rouges étaient roses quand Dieu les fit. Le dimanche, au hameau cherchant un vil profit, Ils errent. Le petit, sous sa pâleur malsaine. Chante, sans la comprendre, une chanson obscène, Pour faire rire, — hélas! lui qui pleure en secret! — Quelque immonde vieillard au seuil d'un cabaret; Si bien que, quelquefois, du bouge qui s'égaie Il tombe à leur faim sombre une abjecte monnaie, Aumône de l'enfer que jette le péché, Sou hideux sur lequel le démon a craché !

Pour l'instant, ils mangeaient derrière une broussaille. Cachés, et plus tremblants que le faon qui tressaille, Car souvent on les bat, on les chasse toujours! C'est ainsi qu'innocents condamnés, tous les jours Ils passent, affamés, sous mes murs, sous les vôtres. Et qu'ils vont au hasard, l'ainé menant les autres.

Alors, lui qui rêvait, il regarda là-haut;

Et son œil ne vit rien que Télher calme et chaud.

Le soleil bienveillant, l'air plein d'ailes dorées,

Et la sérénité des voûtes azurées,

Et le bonheur, les cris, les rii^s triomphants

Qui des oiseaux du ciel tombaient sur ces enfants.

Juin 1839.

^xtwte-Benxximt.

Quand vous vous assemblez, bruyante multitude. Pour aller le traquer jusqu^en sa solitude, Vous excitant Tun Fautre, acharnés, furieux, — Ne le sentez-vous pas? — le peuple sérieux, Qui rêvait à vos cris un dragon dans son antre. Avec la flamme aux yeux, avec l'écaillé au ventre, S*étonne de ne voir d'autre objet à vos coups Que cet homme pensif, mystérieux et doux.

Arril 1839.

^tente-^voisittat.

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