D'UN PETIT ENFANT AU BORD DE LA MER
Vieux lierre, frais gazon, herbe, roseaux, corolles; Église où Tesprit voit le Dieu qu'il rêve ailleurs; Mouches qui murmurez d'ineffables paroles A l'oreille du pâtre assoupi dans les fleurs ;
Vents, flots, hymne orageux, chœur sans fin, voix sans Bois qui faites songer le passant sérieux; [nombre; Fruits qui tombez de l'arbre impénétrable et sombre; Étoiles qui tombez du ciel mystérieux;
Oiseaux aux cris joyeux, vague aux plaintes profondes; Froid lézard des vieux murs dans les pierres tapi;
(Olnaratittème.
COERVLEtJlM MAftE.
Quand je rêve sur la falaise.
Ou dans les bois, les soirs d^éié^ Sachant que la vie est mauvaise, Je contemple réternilé.
A trarers mon sort mêlé d*ombres, J'aperçois Dieu distinctement, Gommé à travers des branches tombret On entrevoit le firmament!
Le firmament, où les faux sages Cherchent comme nous des conseils!
Le firmament plein de nuages.
Le firmament plein de soleils!
Un soufiEle épure notre fange.
Le monde edt à Dlett, je le ^ens.
Toute fleur est une louange.
Et tout parfum est un encens.
La nuit on croit sentir Dieu même Penché sur Tbomme palpitant* La terre prie et le ciel aime* Quelqu'un parie et quelqu*un entend.
Pourtant, toujours h notre extase, Seigneur, tu te dérobas !
Hélas ! tu mets là haut le vase Et tii laisses la lèvre en bas!
Mais un jour ton oeuvre profonde^ Nous la saurons. Dieu redouté !
Nous irons voir de monde en monde S'épanouir ton unité;
Cherchant dans ces cieux que tu règles L'ombre de ceux que nous aimons.
Comme une troupe de grands aigles Qui s'envole â travers les monts )
Car, lorsque la mort nous réclame.
L'esprit des sens brise le sceau!
Car la tombe est un nid où Pâme Prend des ailet comme l'oiseau t
O songe! 6 vision sereine!
Nous saurons le secret de toul, Et ce rayon qui sur nous traîne Nous en pourrons voir Pautre bout !
158 LES RikYOIfS ET LES OMBRES.
Seigneur ! Thumble créature Pourra voir enfin à son tour L'autre côté de la nature Sur lequel tombe votre jour!
Nous pourrons comparer, poètes, Penseurs croyant en nos raisons, A tous les mondes que tous faites , Tous les rêves que nous faisons!
En attendant, sur cette terre, Nous errons, troupeau désuni, Portant en nous ce grand mystère :
Œil borné, regard infini.
L'bomme au hasard choisit sa route; Et toujours, quoi que nous fassions.
Gomme un bouc sur Therbe qu'il broute , Vit courbé sur ses passions.
Nous errons, et dans les ténèbres.
Allant où d'autres sont venus.
Nous entendons des voix funèbres Qui disent des mots inconnus.
Dans ces ombres où tout s'oublie.
Vertu, sagesse, espoir, honneur, L'un va criant : Élie! Élie!
L'autre appelant : Seigneur ! Seigneur ?
Hélas! tout penseur semble avide D'épouvanter l'homme orphelin ;
Le savant dit : le ciel est vide?
Le prêtre dit : Tenfer est plein !
deuil ! médecins sans dictâmes, Vains prophèles aux yeux déçus, L*un donne Satan à nos âmes , L*autre leur retire Jésus !
L'humanité, sans loi, sans arche.
Suivant son sentier desséché, Est comme un voyageur qui marche Après que le jour est couché.
Il va I la brume est sur la plaine. Le vent tord Tarbre convulsif.
Les choses quMl distingue à peine Ont un air sinistre et pensif.
Ainsi, parmi de noirs décombres, Dans ce siècle le genre humain Passe et voit des figures sombres Qui se penchent sur son chemin.
Nous rêveurs, sous un toit qui croule.
Fatigués, nous nous abritons.
Et nous regardons cette foule Se plonger dans Tombre à tâtons !
Et nous cherchons, souci morose !
Hélas ! à deviner pour tous Le problème que nous propose Toute cette ombre autour de nous ?
160 LES HikV0N8 ET LES OMBRES,
Tandis que, la tête inclinée, Nous nous perdons en tristes tomix.
Le souffle de la destinée Frissonne à travers nos oheveiix.
Nous entendons, race asservie.
Ce souffle passant dans la nuit Du livre obscur de notre vie Tourner les pages avec bruit !
Que faire? — A ce vent de la (ombe.
Joignez les mains, baissez les yeux, Et tâchez qu'une lueur tombe Sur le livre mystérieux!
— D'où viendra la lueur, 6 père? Dieu dit : — De vous, en vérité.
Allumez, pour qu'il vous éclaire, Votre cœur par quelque cô(é !
Quand le cœur brûle, on peut sans crainle Lire ce qu'écrit le Seigneur.
Vertu, sous celte clarté sainte, Est le même mot que Bonheur.
Il faut aimer! l'ombre en vain couvre L'œil de notre esprit, quel qu'il soit.
Croyez, et la paupière s'ouvre !
Aimez, et la prunelle voit!
Du haut des cieux qu'emplit leur flamme.
Les trop lointaines vérités Ne peuvent au livre de l'Ame Jeter que de vagues clartés.
QUARANTIÈME. 16f
La nuit^ nul regard ne sait lire Aux seuls fènx des astres vermeils ; Mais Tamour près de nous vient luire.
Une lampe aide les soleils.
Pour que, dans Tombre où Dieu nous mène, Nous puissions lire à tous moments, L'amour joint sa lumière humaine Aux célestes rayonnements !
Aimez donc ! car tout le proclame.
Car Tesprit seul éclaire peu.
Et souvent le cœur d'une femme Est Texplication de Dieu !
Ainsi je rêve, ainsi je songe.
Tandis qu'aux yeux des matelots La nuit sombre à chaque instant plonge Des groupes d'astres dans les flots !
Moi, que Dieu tient âous son empire.
J'admire, humble et religieux.
Et par tous les pores j'aspire Ce spectacle prodigieux !
Entre l'onde, des vents bercée, Et le ciel, gouffre éblouissant.
Toujours, pour l'œil delà pensée, Quelque chose monte ou descend.
Goutte d'eau pure ou jet de flamme.
Ce verbe intime et non écrit
Vient se condenser dans mon âme Ou resplendir dans mon esprit;
Et ridée à mon cœur sans voile, A travers la vague ou Télher, Du fond des cieux arrive étoile Ou perle du fond de la mer !
Août 1839.
f^naxanU et IKntéme.
Dieu qui sourit et qui donne^ El qui vient vers qui Tattend, Pourvu que vous soyez bonne, Sera content.
Le monde où tout étincelle.
Mais où rien n'est enflammé.
Pourvu que vous soyez belle, Sera charmé.
Mon cœur, dans Tombre amoureuse Où Tenivrent deux beaux yeux.
Pourvu que tu sois heureuse, Sera joyeux.
Janvier 1840.
OSHuarante-llleui^thnr.