‹ Les rayons et les ombresChapitre 49 sur 54 · A MADEMOISELLE LOUISE B · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE LOUISE B

— Ainsi donc rien de grand, rien de saint, rien de pur. Rien qui soit digne, ô ciel! de ton regard d^azur, Rien qui puisse anoblir le vil siècle où nous sommes. Ne sortira du cœur de Thomme enfant des hommes! Homme! esprit enfoui sous les besoins du corps! Ainsi, jouir; descendre à tâtons chez les morts; Être à tout ce qui rampe, à tout ce qui s'envole^ A rintérét sordide, à la vanité folle; v

Ne rien savoir — qu*emplir, sans souci du devoir. Une charte de mots ou d'écus un comptoir ; Ne jamais regarder les voûtes étoilées ;

Q1}A.RA.IITE-QUATllillE. ■ 169

Rire du dévoûmeal et des vertus voilées ;

Voilà ta vie, bêlas! et tu n*as, nuit et jour,

Pour, espoir et pour but, pour culte et pour amour,

Qu^urte immonde monnaie aux carrefours traînée

Et qui te laisse aux mains sa rouille empoisonnée !

El tu ne comprends pas que ton destin, à loi,

G^est de penser ! c*est d'être un mage et d'être un roi ;

C'est d'être un alchimiste alimentant la flamme

Sous ce sombre alambic que tu nommes ton âme,

Et de faire passer par ce creuset de feu

La nature et le monde, et d'en extraire Dieu!

Quoi ! la brute a sa sphère et l'élément sa règle !

L'onde est au cormoran et la neige est à l'aigle.

Tout a sa région, sa fonction, sou but.

L'écume de la mer n'est pas un vain rebut;

Le flot sait ce qu'il fait ; le vent sait qui le pousse;

Comme un temple où toujours veille une clarté douce

L'étoile obéissante éclaire le ciel bleu;

Le lis s'épanouit pour la glaire de Dieu;

Chaque matin, vibrant comme une sainte lyre,

L'oiseau chante ce nom que l'aube nous fait lire.

Quoi! l'être est plein d'amour, le monde est plein de toi!

Toute chose ici-bas suit gravement sa loi,

Et ne sait obéir, dans sa fierté divine.

L'oiseau qu'à son instinct, l'arbre qu'à sa racine !

Quoi ! l'énorme océan qui monte vers son bord,

Quoi ! l'hirondelle au sud et l'aimant vers le nord,

La graine ailée allant au loin choisir sa place.

Le nuage entassé sur les îles de glace.

Qui, des cieux tout à coup traversant la hauteur.

Croule au souffle d'avril du pÀle à l'équateur.

Le glacier qui descend du haut des cimes blanches,

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