‹ Les rayons X et la photographie de l'invisibleChapitre 24 sur 36 · II. Acide picriquc · texte numérisé non relu

II. Acide picriquc

IJI. Chlorate de potasse ; IV. Soufre.

(Kprcuve de MM. Girard et Bordas)

LES APPLICATIONS DES RAYONS X

« Samedi, dans la salle de rédaction du Gaulois, la conversation était tombée sur les fameux rayons cathodiques, et M. Jarzuel disait à notre collaborateur M. Alexandre Hepp les résultats merveilleux déjà obtenus.

— Mais alors, s'écria ce dernier, on va pouvoir photograpiiier les lettres à travers les enveloppes?

— Parfaitement, répondit M. Jarzuel. N'est-ce pas, monsieur Lapauze ?

— Mais, oui.

La vérité nous oblige à déclarer qu'à ce moment nous n'en savions rien ni l'un ni l'autre. Mais quand on est du Midi!

— Eh bien! je serais curieux de voir ça! répliqua M. Hepp.

Et il nous remit sous une enveloppe cachetée et scellée de ja signature une lettre prise au hasard dans son portefeuille.

— Vous aurez les épreuves de votre lettre demain, répondîmes nous avec aplomb.

Il était sept heures moins dix.

Nous nous rendons aussitôt à la maison Ogereau, et nous disons à M. de Bouillanne.

— Voilà, il nous faut la photographie de ce qui est dans cette enveloppe, tout de suite.

— Peste! comme vous y allez! Enfin, on va voir.

Nous montons au laboratoire. On allume la lanterne rouge.

M. de Bouillanne met la lettre dans un châssis ouvert, une plaque sensible par dessous. M. Jarzuel met l'appareil en mouvement.

— Une, deux, trois... quinze...

— Ça y est.

On développe, et l'écriture se détache avei; une netteté admirable; l'on distingue très bien les grains du papier et la marque du fabricant. (Planche 18).

A sept heures dix, nous invitons M. Alexandre Hepp à venir de visu constater le résultat de notre expérience.

Il n'y a donc plus de secret pour les lettres et le cabinet noir devient inutile.

Qu'on se rassure cependant, cela ne réussit pas avec tous les papiers et avec toutes les encres. (1). Mais — et cela ne plaira pas beaucoup à nos parlementaires — quinze secondes suffisent pour photographier le contenu d'une lettre écrite sur le papier de la Chambre ou du Sénat et enfermée dans une enveloppe de même origine.

Cependant, quelques doubles de papier rendent l'opération très difficile sinon impossible, car il faut un temps de pose plus long, et comme deux ou trois secon'ies de pose de plus font disparaître l'écriture, tout est traversé ou rien ne l'est encore.

Enfin, si l'on enveloppe la lettre d'une feuille de papier d'étaîn comme celui qui recouvre les tablettes de chocolat, il devient impossible de la violer sans efl'raction.

(I) Récemment, une expérience analogue a été réalisée dans des conciitions scientlliques précises par M. Bleunard qui employait une encre spéciale dont l'opacité était due à la présence dans sa composition de bromures alcalins dans l'espèce du bromure de potassium.

LES Al'I'LICATlONS DES HAVONS \

En même temps que le mal, nous indiquons donc le remède.

Mais, revenons à des sujets plus graves.

L'occasion nous en est fournie par un astronome amateur de Birmingham, M. David-E. Packer qui annonçait il y a peu, avoir réussi à reproduire l'image de la couronne solaire en dehors des éclipses, à l'aide des rayons X qu'elle renfermerait en abondance, à l'exclusion, du reste, du disque même du soleil.

Pour obtenir ce résultat imprévu, enregistrait dansl'un de ses derniers feuilletons M. Henri de Parville, M. Packer « masquerait le soleil avec un disque métallique, plomb, étain ou cuivre. La lumière solaire serait interceptée ; mais les rayons X dont l'atmosphère extérieure du soleil est très riche passeraient à travers la feuille métallique et impressionneraient la plaque sensible; en sorte que, au centre de l'épreuve, on obtiendrait un disque peu teinté et, tout autour, en traits vigoureux, l'atmosphère coronale du soleil. » (1). Se non è vero è bene trovatOy comme dit le proverbe italien. En tous cas, ainsi que le fait remarquer fort justement notre distingué confrère, M. Joseph Vinot, directeur du Journal du Ciel, il y aurait un

(I) Journal des débals du 27 février 1896.

LES HAYONS X

moyen bien simple de conslalei- l'asscrlion de M. Packer; ce serait de répéter son expérience quand l'une dos deux planètes Mercure ou Vénus — ce qui arrive assez souvent — passera entre nous et le soleil sans dépasser les limites occupées par la couronne.

En ce cas-là, en effet, si M. Packer a raison, les photographies obtenues par sa méthode donneront une ombre correspondant justement aux planètes interposées.

Cependant en attendant que les assertions de l'amateur astronome de Birmingham soient définivement vérifiées — ce qui paraît peu probale, du reste, — il nous faut encore enregistrer une dernière application, la plus merveilleuse peut-être, quoique d'une parfaite simplicité, des propriétés admirables des ravons X.

Celle-ci qui est due au professeur Salvioni, de Bologne, a pour objet, ni plus ni moins, de nous permettre directement de voir l'invisible.

Si invraisemblable que cela puisse paraître à un premier aspect, la découverte, très simple, nous le répétons, en dépit de sa magie apparente, est parfaitement réelle et peut sans grande difficulté se voir répéter avec succès complet par toute personne ayant à sa disposition le matériel nécessaire pour produire les rayons X, soit un tube de Croo-

LES APPLICATIONS DES RAYONS X loo

kes et une bobine de Ruhmkorff aclionnée par des piles ou des accumulateurs.

Voici, du reste, en quoi consiste cet instrunnent paradoxal baptisé fort heureusement par son inventeur du nom de Cnjptoscope.

On se rappelle les circonstances de la mémorable expérience du professeur de Wurtzbourg.

Celui-ci, dans son laboratoire, ayant imagine d'interposer entre son écran et son tube de Crookes des corps divers vit que ces corps projetaient suivant leur nature des ombres plus ou moins intenses, ombres faciles à constater avec l'écran révélateur qui cessait de briller dans les parties situées justement derrière les objets placés sur la roule des rayons.

Mais, en semblable condition, l'on conçoit de suite que si les rayons X étaient directement visibles pour notre œil, il suffirait pour voir un objet opaque pour les rayons et dissimulé derrière un écran infranchissable à la lumière ordinaire, perméable aux dits rayons X, de se placer en avant de cet écran dans le champ de radiation. Alors, en elfel, la rétine de l'œil serait directement iniluencée par les rayons X à l'exception de la portion correspondante à l'ombre portée par l'objet opaque.

Cependant, dans la pratique des choses, il n'en

LKS HAYONS .V

est point de la sorte, l'œil humain étant bel et bien incapable de se laisser impressionner par les subtils rayons de M. Rœntgen. Pour résoudre le problèmeilimportaitdoncde recourir àunaitifice. C'est ce qu'a fait fort élégamment le professeur Salvioni.

Celui-ci, s'est tout bonnement avisé de recourir à la propriété connue du platino-cyanure de baryum de devenir fluorescent en présence des rayons X. Il prit un tube de carton d'assez large diamètre et lui adapta en guise de fond une petite rondelle de carte enduite sur toute sa surface de platinocyanure de baryum.

Le « Cryptoscope» étaitcréé(l).Lamerveilleuse lunette grâce à laquelle la vue peut désormais surprendre un secret dissimulé derrière une barrière en apparence infranchissable ne comprend, en alXcA, aucune autre disposition. Quant au mode d'emploi

(1) Depuis l'invention du professeur Salvioni, le cryptoscope a élé perfeclionné ou mii'ux simplifié. Le nouvel appareil, qui a élé baptisé du nom de fluoroscope, consiste en une plaque de verre fluorescent ou un carton enduit de platino-cyanure de baryum que l'on dispose devant l'ampoule de Crookcs, en l'en séparant par un voile noir. Tout objet interposé entre le voile et l'ampoule, projette son ombre sur l'écran, ombre qui peut ainsi être perçue simultanément par plusieurs spectateurs. Le fluorosco;ie a été combiné dans le laboratoire de la Société « l'Optique. »

LES Ari'LICATlONS DES HAYONS \ lo7

du nouvel instrument, il est aussi extrêmement simple.

On commence par exposer à l'action des rayons X produits par un tube de Crookes l'objet que l'on désire apercevoir malgré les écrans qui le cachent à la vue.

Alors armé du cryptoscope, l'on regarde en avant de la barrière protectrice. Les rayons X qui ont traversé celte barrière venant frapper le fond du tube du cryptoscope rendent celui-ci phosphorescent dans toute son étendue, à moins qu'un obstacle n'ayant arrêté certains d'entre eux, une ombre ne vienne se dessiner sur la feuille sensible de la prestigieuse lunelle.

Mais, fatalement une telle ombre adopte justement la forme précise de l'objet lui ayant donné naissance, objet dont il devient possible dès lors de relever la silhouette sombre sur un fond lumineux.

Rien de plus pratique ni de plus commode en même temps ! Le cryptoscope du professeur Salvioni ne saurait donc manquer, avant longtemps, de recevoir diverses applications. En ce moment où la technique de l'utilisation des rayons X se perfectionne chaque jour, il serait vraiment dommage, au surplus, qu'il en fût autrement.

Maintenant, cette ultime et prestigieuse, par

excellence, application des rayons X sera-t-elle la dernière que nous verrons réaliser ?

Il serait vraiment téméraire de l'affirmer, la science en effet ne connaissant point nécessairement les limites du domaine qu'elle est appelée à explorer.

Page 1