L'ENGORGEMENT GANGLIONNAIRE AU COURS DE L’ERYSIPELE
Il est classique de parler de l’engorgement ganglionnaire quand on énumère les symptômes de l’érysipèle. Dans tous les traités de médecine, on le trouve mentionné, ‘et d’après : eux l’adénopathie est un symptôme qui fait bien rarement défaut.
Tous les auteurs s'accordent à faire remonter cette notion à Chomel, qui le premier aurait attiré l’attention sur la tuméfaction ganglionnaire. À ce propos, nous ne pouvons pas ne parler de la rectification de M. Guinard, ne serait-ce que pour prouver que nous avons essayé d'acquérir une documentation aussi riche que possible. M. Guinard veut que ce soit Saint-Simon qui ait été le premier à signaler la présence de ganglions dans l’érysipèle. Et effectivement Saint-Simon rapporte un cas d’érysipèle où l’adénopathie prit assez d’importance pour inquiéter les parents de la personne qui en était porteuse. Ceux-ci attribuaient les ganglions à une tout autre maladie que l’érysipèle. Saint-Simon les rassura; pour lui, l’érysipèle était bien la cause de l’adénopathie; et la suite des événements montra qu'il avait raison. On ne peut pourtant pas attribuer une valeur à la relation de Saint- Simon, si on la considère d’un point de vue purement médical; aussi continuerons-nous à attribuer à Chomel un mérite qui, du reste, doit revenir à un médecin, et non à un profane.
Cette parenthèse close, nous allons donner l'opinion de divers auteurs à propos de l’engorgement ganglionnaire dans
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l'érysipèle. Pour Renaut, il est constant : « Un fait qui paraît très important pour établir la part que prend le système lymphatique est l’état des ganglions. On sait qu'ils Sont presque constamment pris dans cette affection. » Les opinions d’Achalme et de Denucé sont moins catégoriques.
M. G.-H. Rojer dit : « Ces adénopathies, qui sont presque constantes au cours de l’érysipèle, peuvent devenir le point de départ de nouvelles complications. » On peut concéder une valeur à son opinion, puisqu'elle est basée sur 2.411 observations personnelles.
Gars voit dans la constance des réactions ganglionnaires au cours de l’érysipèle une preuve de l'identité de celui-ci et de la lymphangite.
Mais à côté de ces opinions, on en trouve d’autres aussi catégoriques, et qui nient les réactions ganglionnaires.
M. Widal dit : « Depuis Chomel, on accorde une importance exagérée à un symptôme : l’engorgement ganglionpaire, qui représente le retentissement sur les ganglions de linflammation du derme. » M. H. Dufour va beaucoup plus loin : « Depuis quelques mois, dit-il, j'ai pu observer une grande quantité d’érysipélateux chez lesquels j'ai constaté l'absence chHnique de réactions ganglionnaires dans la presque totalité des cas. On sait que Chomel et Blandin ont particulièrement insisté sur la tuméfaction des ganglions de l’angle de la mâchoire au début de cette affection. Sur la foi de ces auteurs et des classiques qui ont reproduit leur Opinion, J'ai recherché cette adénite de l’angle de la mâchoire, ainsi d’ailleurs que celle répondant aux régions du derme envahi par la plaque érysipélateuse. Mes recherches ont porté surtout sur les ganglions cervicaux, sous-maxillaires et préauriculaires, puisqu'il s'agissait le plus souvent d’érysipèle de la face. J’ai été surpris de ne pouvoir constater cliniquement la présence de l’engorgement ganglionnaire de ces régions, sauf dans de très rares exceptions, et encore $s’agissait-il quelquefois de réactions préexistantes à l’érysipèle... » Plus loin, M. Dufour ajoute : « Une deuxième
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preuve indirecte de l'intégrité des régions ganglionnaires au Cours de l’érysipèle peut être déduite de cette autre constatation. Au cours du déclin de l’érysipèle, il m'est arrivé fréquemment, comme à tous les médecins, d’avoir à ouvrir des collections purulentes. On ne se trouve pour ainsi dire jamais en face d’adéno-phlegmon. On incise d’une façon constante des phlegmons sus ou sous-aponévrotiques, sus, sous ou intermusculaires, mais non des adénites ou périadénites suppurées, C’est là une différence essentielle qui sépare l’érysipèle de laymphangite des membres ou de la face, affection dans laquelle la réaction intense des ganglions est la règle.
L’anatomie pathologique ne peut être en désaccord avec la clinique; aussi avons-nous été heureux de trouver dans le livre de M. Achalme sur l’érysipèle, à la page 34, les lignes suivantes : « C’est à l’intérieur des vaisseaux lymphatiques que se décide la victoire des cellules de l'organisme sur le parasite. Souvent même, cette lutte est fort brève, car sur les coupes de ganglions les plus proches de la plaque, nous n'avons pu colorer de streptocoques dans l’intérieur des cellules qui encombraient le réseau interfolliculaire. La pénétration du streptocoque en cas d’érysipèle simple est donc rarement profonde dans le système lymphatique, et il faut voir dans l’engorgement lymphatique plutôt un trouble mécanique qu'une véritable lésion inflammatoire. »
Nous avons été étonné de trouver des opinions aussi divergentes à propos d’un symptôme qu'il sullit de rechercher pour savoir s’il existe ou n'existe pas. Nous avons essayé de nous faire une opinion personnelle, et pour ce faire nous avons consulté un assez grand nombre d'observations d’érysipélateux dans le service de M. le Professeur Sabrazès ou dans différentes thèses où nous avons pu les trouver. Et nous devons avouer que les observations où on parle de l’adénopathie sont rares. Quelquelois, il est mentionné : quelques ganglions durs et douloureux; plus rarement on trouve pas d’adénopathies; le plus souvent, celui qui a fait l’observation ne donne aucun renseignement au sujet des gan-