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Les Maladies de la personnalité

de la vigueur de son esprit, de la puissance de sa volonté et de ses énergies. Le lypémaniaque ne forge le sien que parce qu'en raison d'un état du même ordre, il sent en lui une sorte de décadence vitale : dépression profonde de ses forces physiques, de son aptitude à éprouver des sensations, à réfléchir, à contrôler ses idées, à ressentir des émotions, à vouloir et à agir. C'est par suite du souvenir qu'il possède de ses états antérieurs, et par suite d'une comparaison qui s'exécute, en lui, entre ce souvenir et le sentiment qu'il a de son état présent, que le malade, pour s'expliquer à lui-même la différence profonde qui sépare les deux sentiments qu'il avait autrefois et qu'il a actuellement de lui-même, fabrique ses idées délirantes. Que sont donc celles-ci sinon un rêve d'interprétation construit en fonction de certains états organiques et pathologiques ? Beaucoup d'autres types de folies sont du même ordre ; ils sont en relation avec des troubles cénesthésiques provenant d'un état anormal des reins, du foie, de l'estomac. La plupart des délires erotiques se construisent notamment en rapport avec des altérations ou des anomalies des organes sexuels.

Dans certains cas, le centre de cristallisation du délire morbide n'est plus du même ordre. Une hallucination sert de première amorce au travail imaginatif. Cette hallucination une fois donnée, celui-ci évolue. Le phénomène se manifeste d'une manière remarquable, dans les cas connus d'hallucinations progressives spontanées ou provoquées. Appelons hallucinations simples celles qui n'intéressent qu'un seul de nos sens : le malade entend des voix, mais sans voir, ni toucher ce qui lui parle ; il aperçoit par la vue des fantômes muets et intangibles ; il ressent des impressions bizarres de contact, de

choc, de chatouillement. Appelons hallucinations complexes celles où plusieurs sens du malade sont hallucinés à la fois : le malade entend des voix et aperçoit des personnages, mais sans pouvoir les toucher ; il voit un fantôme, il le touche, mais celui-ci reste muet et ne fait, en se déplaçant, aucun bruit. Appelons hallucination complète celle où tous les sens sont hallucinés à la fois : le malade voit, entend, flaire, touche, soupèse, goûte l'objet de son hallucination, comme si celui-ci était entièrement réel. L'expérience démontre que, très souvent, l'halluciné commence par n'éprouver que des hallucinations simples ; seulement, pour interpréter ce qu'il se représente ainsi, son esprit travaille ; son hallucination devient composée, d'abord, complète, ensuite. Par exemple, le malade commence par entendre des voix ; puis il voit des personnages qui lui adressent la parole; puis il vit avec eux comme s'ils étaient des individus réels (1). Et ce n'est pas seulement dans les états d'hallucination pathologique que le phénomène est observable; c'est encore dans le cas, et des hallucinations provoquées par l'ingestion de substances enivrantes comme l'alcool, l'opium et le haschisch, et des hallucinations développées par la suggestion chez un sujet hypnotisé. L'homme ivre construit souvent tout un roman hallucinatoire, meublé de personnages imaginaires avec lesquels il cause, auxquels il serre la main ou contre lesquels il lutte dans son délire. Le sujet hypnotisé voit, par suggestion, un beau parterre de fleurs ; il les cueille, en fait un bouquet, le porte à ses narines, l'offre à l'un des assistants. L'hallucination entraîne ici l'hallucination comme une sensation d'origine

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