Cf. Taine, De l'intelligence. T. I. Appendice
externe ou cénesthésique entraînait, tout à l'heure, le délire morbide.
Il existe, enfin, une immense catégorie de délires d'interprétation qui sont en rapport, faut-il dire simplement avec des idées fixes, ou faut-il dire encore avec des émotions fixées, des sentiments fixés, des préoccupations fixées, conscients ou inconscients ?
L'état naturel d'un esprit normal est, au point de vue intellectuel, celui que M. Ribot a nommé le polyidéisme (1). Il consiste dans un flux continu d'idées qui se suivent, se mêlent, se combinent avec rapidité. Notre attention arrête certaines d'entre elles au passage, les analyse et étudie leurs rapports. Mais, tant que nous ne réfléchissons spécialement sur aucun sujet, la mobilité de nos états représentatifs est extrême. Au point de vue émotif, l'état naturel d'un esprit également normal est du même ordre. Une circonstance a pour effet de développer, chez nous, une émotion de joie ou de tristesse, de colère ou de peur. Cette émotion passée, il n'en reste qu'un souvenir. La place reste libre pour des émotions nouvelles. Notre cœur va ainsi, de crise en crise, d'agitation en agitation, d'oubli en oubli. Idées et émotions se meuvent, par suite, chez les individus normaux, suivant un courant continu.
Or, l'expérience le prouve. Pour des motifs encore inexpliqués, chez certains individus et dans certaines circonstances, les choses ne se produisent plus de la même façon.
On constate, chez quelques sujets, des phénomènes bizarres d'ordre purement intellectuel. Une représentation se fixe dans leur conscience. Elle s'y enracine et, pour ainsi dire, s'y incruste. La forme la plus simple et la moins anormale de ce phénomène