Cf. Ribot, Psychologie de Vattention. Introduction
est celle de l'obsession. Un personnage est, comme le dit le langage vulgaire, poursuivi par le souvenir d'un mot qui reparaît, sans cesse, à sa mémoire et sur ses lèvres, par celui d'une phrase musicale qui chante en lui et qu'il se répète indéfiniment, par celui d'une phrase verbale souvent dénuée de tout sens, mais qui lui revient en toute circonstance et à tout propos. Quelque effort que l'on fasse pour chasser une idée obsédante, elle persiste. On dirait même que les tentatives faites en ce sens n'ont pas d'autre effet que de l'ancrer plus complètement. A un degré supérieur, l'obsession devient Vidée fixe. L'obsession n'est pas continue et elle n'absorbe pas toute l'attention et toutes les forces de sa victime. L'idée fixe est, au contraire, d'une intensité, d'une permanence, d'une exigence impérieuses. Elle se manifeste complète chez les maniaques. Elle joue un rôle considérable dans la passion. On la trouve à son maximum chez certains fous impulsifs, sans cesse hantés par l'idée d'une action à commettre, et chez certains monomaniaques qui se font une idée, parfois saugrenue, de leur vraie situation et du rôle qu'ils ont à remplir dans le monde. Mais elle existe, incontestablement,'déjà, chez les grands amoureux, les grands ambitieux, les joueurs frénétiques et tous les passionnés de paradis artificiels, morphinomanes, fumeurs d'opium, haschischeurs, etc. L'idée fixe d'ordre intellectuel est donc un phénomène fréquent qui comporte des degrés et dont la vraie cause est, à l'heure actuelle, encore inconnue.
Mais ce n'est pas seulement sous une forme intellectuelle que se présente l'idée fixe. La psychophysiologie contemporaine démontre que, dans certains cas, se constituent ce qu'on pourrait appeler des résidus d'émotions fixés. Certains sujets, après avoir éprouvé certains ordres d'émotions soit par-
ticulièrement vives, soit survenues à un moment critique et ressenties, par là même, d'une manière spéciale, gardent une disposition nerveuse, dont, souvent, ils n'ont pas conscience et dont, presque toujours, ils ignorent la cause ; cette disposition les oriente de telle manière qu'ils sont enclins à réagir toujours dans un même sens, souvent anormal, dès que se présente l'occasion de le faire. C'est ce que M. Pierre Janet semble avoir fortement mis en lumière dans l'étude qu'il a faite d'une quantité de névroses. Un personnage s'est cru, à un moment de sa vie, atteint d'une grave maladie d'estomac. Il en a senti une émotion très vive, oubliée depuis. Mais, quoiqu'il ne s'en rende plus compte, il a gardé un résidu fixé de son émotion d'autrefois; d'où, des idées et des actions délirantes, dès qu'il est question de l'estomac et de ce qui touche à ses fonctions. Une femme, à laquelle un jeune homme qu'elle considérait encore comme un enfant a fait brusquement des propositions brutalement obscènes, en a été si troublée qu'elle a conservé, depuis, une disposition fixée à douter des gens et des choses, avec les formes classiques de la folie du doute. Une autre a subi, à un certain âge, au moment de ses règles, une frayeur vive causée par la vue d'un serpent et suivie d'une suppression ; depuis longtemps, le serpent et la frayeur sont oubliés ; elle n'en parle que sous l'influence du sommeil hypnotique ; mais elle a encore une prédisposition fixée à réagir en peur dans toutes les circonstances. Dans tous ces cas et dans une quantité d'autres analogues, on retrouve une prédisposition permanente orientée dans un certain sens, par la fixation anormale du résidu d'une émotion vive antérieure