II PREFACE
les glandes suintent ; l'estomac, l'intestin s'agitent : ensemble de réactions qui étaient prêtes à se faire et ne se faisaient pas ; ensemble de réactions qui s'exécutent suivant des lois qui leur sont propres, suivant un rite qui est celui d'une espèce. Le résultat, c'est l'assimilation des éléments nutritifs contenus dans le bol alimentaire ; c'est le rejet des éléments inassimilables ; c'est ce qu'on appelle, d'un mot, la digestion ; et, naturellement, la digestion ne s'opère pas par le même moyen, chez un homme, un gallinacé, un lézard ou une huître. Elle ne s'en exécute pas moins, chez chacun de ces types vivants ; elle ne s'en fait pas moins, chez chacun d'eux, suivant des lois. Partout, elle procède d'un ensemble de réactions physiologiques inconscientes.
Parmi les réactions qu'on observe ainsi dans le fonctionnement des divers organes, il en est, du reste, de plusieurs espèces. Les unes résultent du jeu d'un mécanisme entièrement inné. D'autres proviennent de dispositions entièrement acquises. D'autres encore semblent venir d'une organisation native qui ne produit pas immédiatement ses effets, mais doit être mise en branle et perfectionnée par l'expérience et l'éducation. Le nouveau-né n'a pas besoin d'apprendre à digérer, et, si son système digestif ne digère bien, d'abord, que certaines choses, il n'en est pas moins prédisposé à réagir d'une certaine façon dès sa première heure. Le bicycliste n'opère, à chaque instant, les réactions indispensables à son équilibre que parce qu'il les a entièrement préparées par une habitude prolongée. En revanche, si l'enfant sait, à un certain âge, et se tenir debout, et marcher, c'est bien l'éducation qui l'a mis en situation de le faire ; mais ici, elle n'a pas tout créé : elle a seulement perfectionné des dispositions innées ; elle les a mises en état de produire tout leur effet.