‹ Les Réactions intellectuelles élémentairesChapitre 20 sur 23 · Lu genèse c/<\s instincts · texte numérisé non relu

Lu genèse c/<\s instincts

du raisonnement analogique peuvent se produire sans l'intervention de ce raisonnement. Laissons, pour l'instant, la discussion de cette troisième hypothèse. Entre les deux premières est-il possible d'hésiter ? Comment, en effet, attribuer à des animaux la capacité d'esprit nécessaire à l'induction et à la déduction ? Ne serait-ce pas leur prêter des dispositions rationnelles tout à fait disproportionnées avec ce que nous savons, par ailleurs, des aptitudes dont ils font preuve dans la direction de leur vie ? Et si le raisonnement analogique est un raisonnement animal, n'y a-t-il pas de sérieuses chances pour qu'il soit aussi un raisonnement primitif ?

Le raisonnement analogique et l'association des idées.

S'il y a des philosophes qui prétendent réduire le raisonnement analogique à des combinaisons de raisonnements rationnels, d'autres tendent en sens inverse. Le raisonnement analogique n'est pas non plus, pour eux, une unité psychologique distincte. Il n'est raisonnement qu'en apparence. Les effets qu'on est tenté de lui attribuer procèdent simplement de l'association des idées. C'est pour cela que certains animaux sembleraient raisonner par analogie. C'est pour cela que nous aurions l'illusion d'exécuter des raisonnements analogiques inconscients.

Nous avoi:s, à ce propos, un texte bien connu de Leibnitz. Leibnitz avait constaté cette vérité qui, en effet, frappe les esprits non prévenus : beaucoup d'animaux agissent comme s'ils raisonnaient, et même comme s'ils raisonnaient juste. Mais il avait également constaté cette autre vérité non moins frappante : ces mêmes animaux qui agissent comme s'ils raisonnaient manifestent de si grandes incapa-

cités à s'élever à des idées générales et scientifiques qu'on ne peut leur attribuer la raison. C'est pourquoi, pour expliquer la psychologie des animaux de cet ordre, il leur attribue : « des consécutions qui imitent la raison ». Et il précise. Ces consécutions ne sont, d'après lui, qu'un simple effet de la mémoire. « Les animaux, écrit-il, ayant la perception de quelque chose qui les frappe et dont ils ont eu la perception semblable auparavant, s'attendent, par la représentation de leur mémoire, à ce qui y a été joint dans cette perception précédente et sont portés à des sentiments semblables à ceux qu'ils avaient pris alors. Psr exemple, quand on montre le bâton aux chiens, ils se souviennent de la douleur qu'il leur a causée et crient et fuient (1). » Transposons ce texte dans le langage de la psychologie contemporaine. Il revient à la série de propositions suivantes. Un chien a été battu avec un bâton : on lui en montre un ; il fuit ; il a l'air d'avoir fait ce raisonnement : « j'ai déjà été battu à l'aide d'un bâton analogue à celui qu'on me montre ; puisqu'on me montre ce bâton, je vais donc être battu d'une manière analogue. J'ai évité les coups, dans une circonstance analogue, en fuyant ; j'éviterai donc encore les coups en fuyant d'une manière analogue. » Or, semble déclarer Leibnitz, ce n'est pas ce qui s'est passé. Pas de raisonnement dans le cas de notre chien. La vue du bâton actuel lui rappelle (conformément à ce que la psychologie contemporaine appelle la loi d'association des idées par ressemblance), celle d'un autre bâton antérieurement aperçu. Le souvenir de ce second bâton évoque (par contiguïté) celui des impressions douloureuses qui en ont accompagné la perception. Et alors, sans raisonnement proprement dit, l'animal « s'attend »

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