‹ Les Réactions intellectuelles élémentairesChapitre 21 sur 23 · Monadologie, p · texte numérisé non relu

Monadologie, p

SONT-ELLES IRREDUCTIBLES ? 13(J

à la douleur qu'il a déjà éprouvée, « et crie, et fuit ». Simple déroulement d'associations d'idées aboutissant à une action ; aucune opération de raisonnement n'intervient.

Pour Leibnitz, ainsi interprété, une différence capitale séparerait donc le travail psychologique qui conduit, comme il le dit, les animaux à l'action et celui qu'exécute un homme qui raisonne. Les animaux seraient capables de ce qu'on pourrait appeler une attente analogique automatique. L'homme serait, au moins dans certains cas, capable de tout autre chose. Il serait en état d'exécuter des opérations rationnelles et de se diriger d'après elles/ C'est une opération rationnelle que celle qui consiste à dégager un principe général d'une série d'exemples particuliers, à préciser ce principe et à le vérifier à l'aide de raisonnements a priori et d'expériences a posteriori. C'est une autre opération rationnelle que celle qui consiste, après avoir dégagé et vérifié des principes généraux, à prévoir, par une déduction logique, ce qui doit, en raison de la vérité de ces principes, se passer dans un cas particulier, et à agir en conséquence. C'est donc une action guidée par la raison qu'une action exécutée d'après une induction suivie d'une déduction. Un médecin sait que tels symptômes sont ceux de la fièvre typhoïde et que tels remèdes réussissent constamment dans ce genre de fièvre, pour telles et telles raisons. Visitant un malade, il diagnostique, chez lui, la fièvre typhoïde etilsedécideà lui appliquer telle médication, en raisonnant ses remèdes grâce à une série de déductions logiques et à une critique des indices qu'il aperçoit chez le malade. Voilà une action rationnellement conduite. Jamais un animal n'en exécuterait une pareille. Car aucun animal ne possède une raison et il en faut une pour induire et déduire méthodiquement.

Faut-il donc prendre à la lettre ce que cette interprétation du passage de Leibnitz semble nous suggérer ? Cela est d'autant moins certain que l'opinion précise de Leibnitz sur la question n'est peut-être pas celle qu'elle paraît être d'abord. Peut-on vraiment, en effet, expliquer entièrement l'attente analogique par le seul travail automatique de la mémoire et de l'association des idées ? Ne faut-il pas penser, au contraire, que l'attente fondée sur le souvenir du passé suppose toujours quelque chose de plus qu'une simple succession d'images qui s'évoquent les unes les autres, et, pour tout dire, une réaction mentale, un raisonnement analogique plus ou moins rudimentaire et plus ou moins formulé ? Un autre texte de Leibnitz prouve qu'il n'a pas été loin de s'en apercevoir, s'il ne l'a pas dit nettement. « Les consentions des bêtes, écrit -il, sont purement comme celles des simples empiriques qui prétendent que ce qui est arrivé quelquefois arrivera encore dans un cas où ce qui les frappe est pareil, sans être capables de juger si les mêmes raisons subsistent (1). » Du moins faut-il que ces bêtes et ces empiriques sachent reconnaître la ressemblance des cas et en tirer une conclusion.

Pour rendre sensible la différence qui sépare, ainsi, l'association des idées, du raisonnement et de l'attente analogiques, il ne sera peut-être pas inutile de réfléchir sur un exemple précis.

Je suppose qu'en traversant un des ponts de la Seine, j'aie, il y a huit jours, rencontré un ami. Aujourd'hui, je traverse de nouveau le même pont de la Seine. L'image de mon ami renaît en moi ; je me rappelle que je l'ai rencontré la semaine dernière 3ur ce pont. Voilà le type même du phénomène de mé-

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