‹ Les Récentes Échelles Mobiles de Salaires Systèmes d'ajustement automatique des salaires au coût de la vieChapitre 2 sur 76 · AT MALE · texte numérisé non relu

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de même à partir de cette date et les représentants de la classe ouvrière s'inquiètent déjà avant la guerre des fâcheuses conséquences de la hausse des prix.

La guerre de 1914 devait dans ce domaine, comme dans tant d'autres, amener un profond bouleversement. La question fut longtemps discutée de savoir si les augmentations de salaires avaient précédé ou suivi celles des prix. Les conclusions de l'Enquête sur la Production sont sur ce point formelles.

« Pendant toute la durée de la guerre, dit-elle, quelles que « soient l’allure du mouvement du coût de la vie et celle du mouve- « ment des salaires, la hausse des salaires est toujours plus faible « que celle du coût de la vie ».

Le résultat est un abaissement du salaire réel qui atteint son maximum en 1917. Ce fait est absolument général à la totalité des pays englobés dans l’Enquête du Bureau International du Travail. La lecture des tableaux et diagrammes qu’elle a rassemblés est particulièrement convaincante. La diminution des salaires réels n’est pas spéciale aux pays belligérants européens, mais elle existe également à un degré parfois considérable dans les pays européens neutres et les pays extra-européens. Les diverses catégories d’ouvriers ont subi cette baisse du niveau de vie dans des proportions différentes : les catégories inférieures, manœuvres, ouvrières, ont bénéficié d’augmentations de salaires nominaux plus fortes et ont ainsi eu leur niveau de vie moins réduit que les ouvriers semiqualifiés et qualifiés. Les travailleurs les plus durement atteints sont ceux des pays belligérants de l’Europe centrale et orientale, où l’écart entre les courbes des salaires et du coût de la vie demeure considérable dans les années suivantes, malgré la très forte hausse des salaires en 1919 et 1920.

Dans les autres pays, l’activité économique de l’année 1919 et du début de l’année 1920 provoque un très sensible relèvement des salaires. Sans doute le coût de la vie poursuit son mouvement ascendant, mais le mouvement de hausse des salaires lui est assez fréquemment supérieur. Ce n’est cependant que très exceptionnellement que la courbe des salaires dépasse celle du coût de la vie.

Dans la plupart des cas leur augmentation reste inférieure à celle du coût de la vie, parfois dans une mesure très forte. Dans cette deuxième période, on observe un changement favorable dans les pays extra-européens, européens neutres et en Grande-Bretagne.

Dans une troisième période, caractérisée par la crise économique mondiale de 1920, on assiste à la fois à la baisse des salaires et du coût de la vie. Mais le retard dans l’adaptation des salaires aux fluctuations du coût de la vie subsiste en temps de baisse, ce qui provoque un relèvement des salaires réels dans les pays à change élevé, extra européens, européens neutres et Grande-Bretagne qui atteint son maximum en 1921. À partir de ce moment les salaires nominaux diminuent plus rapidement que le coût de la vie et il en résulte que les salaires réels ne peuvent se maintenir au niveau élevé qu'ils avaient atteint. En Grande-Bretagne, les nombres indices des salaires réels pour les années 1922, 1923 et 1924 sont même légèrement inférieurs à ceux d’avant-guerre.

Dans les pays d'Europe centrale et orientale, la crise monétaire qui s'aggrave provoque une hausse continue des prix de gros et du coût de la vie. Les conditions de vie des ouvriers et fonctionnaires dans ces pays deviennent désastreuses. En Allemagne, les salaires réels des ouvriers qualifiés ne représentent plus, au début de 1920, que 55 à.70 % (1) de ceux d’avant-guerre ; ceux des non qualifiés, quoiqu'ils accusent une diminution moindre, ne sont plus que de 70 à 80 %. La situation s'améliore pendant le second semestre de 1921, mais elle empire graduellement au cours de 1922 et jusqu’en novembre 1923. Le nombre indice de la moyenne pondérée des salaires réels des différentes industries pour les mois de janvier et octobre 1923 est de 49 et 52 pour les ouvriers qualifiés et de 64 et 65 pour les non qualifiés.

(1) Les nombres indices des salaires réels dans les pays à change déprécié sont calculés à l’aide de nombres indices du coût de la vie tenant compte des conditions d'existence d’après guerre. Les chiffres que nous citons sont donc supérieurs à ceux qui résulteraient de l’emploi de nombres-indices exprimant l'augmentation des dépenses nécessaires pour maintenir identique le niveau de vie d’avantguerre.

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