LOTO
Jusqu’alors, on avait désigné par « salaire-or » des méthodes de stabilisation du salaire extrêmement variées. Tantôt on entendait par là l'ajustement des salaires au coût de la vie, ou aux indices des prix de gros, ou même simplement les salaires d’avant-guerre.
Tantôt le salaire-or signifiait un système d’ajustement au cours du dollar, qui, nous l'avons vu, avait été défendu par les patrons mais qui ne donnait pas une mesure exacte des variations du coût de la vie.
Ces systèmes revenaient à fixer le salaire de base en markspapier et à le modifier proportionnellement aux variations de l’indice-or, mais ils gardaient au mark-papier son double rôle d'étalon de la valeur et d’instrument d'échange, tandis que la nouvelle conception du salaire-or ne laissait à la monnaie que son rôle de moyen d'échange (1). Elle n’était que la généralisation de la méthode employée à ce moment sur les marchés de gros et de détail, qui avaient depuis longtemps pris l’habitude de fixer les prix en une unité stable, principalement le dollar, et de payer en marks-papier.
D'ailleurs les premières monnaies à valeur stable faisaient leur apparition. Il devint possible d'effectuer une partie des paiements en ces monnaies. Ce changement se fit progressivement.
Les taux de salaires furent fixés en marks-or, puis en rentenmarks Les organisations patronales limitèrent au début à 10 % la proportion des rentenmarks dans le paiement des salaires. Cette fraction devait s’accroître peu à peu.
Par suite de la stabilisation monétaire et du retrait des markspapier, la situation s’améliorait et, dès janvier 1924, on revenait à la fixation des salaires par conventions collectives d’une durée d'un mois.
Ps
En Pologne, au cours des deux premières années d'après-guerre,
(1) Cette conception du salaire-or avait déjà été défendue en 1922 lors
de la discussion de l’échelle mobile, notamment par Tarnow et Wagner Roemich.
De
l’ajustement des salaires au coût de la vie se faisait par le moyen de négociations individuelles et collectives, mais elles entraînaient une perte de temps considérable, d’interminables discussions et de violentes grèves. L'absence d’un nombre-indice satisfaisant aggravait la situation.
Le gouvernement y remédia en partie en instituant, par décret du 27 mai 1920, auprès de l'Office de Statistique, une commission paritaire chargée d'étudier les variations du coût de la vie. Cette mesure entraîna rapidement l'extension de l'échelle mobile. A la fin de 1920, sept conventions collectives en prévoyaient l’application. Le système se répandit dans les années 1921 et 1922, au cours desquelles on enregistra, par semestre, plus de vingt contrats collectifs qui l’adoptaient (1). Les fonctionnaires n’en obtinrent cependant le bénéfice qu’en février 1923.
Le fonctionnement de l'échelle mobile se fit sans trop de difficultés tant que la hausse des prix se développa avec une rapidité relativement faible. Il n’en fut plus de même en 1923. On proposa alors soit de diminuer le délai d'ajustement des salaires, soit d’appliquer un système de salaire-or, soit d’éfeñndre obligatoirement l'échelle mobile à toutes les industries. C’est la première ‘solution qui fut adoptée. Le nombre-indice du coût de la vie, en juin et juillet, fut calculé pour la dernière semaine du mois, au lieu de l'être pour la moyenne. A partir d'août, il fut publié chaque quinzaine.
Mais cette innovation n'évita pas une recrudescence des conflits industriels. Le gouvernement se vit dans la nécessité de proposer. en décembre, à la Diète un projet de loi rendant l'échelle mobile obligatoire dans toutes les entreprises assujetties à la loi du 18 décembre 1919 sur les heures de travail et à celles employant plus de quatre ouvriers. Le Conseil des Ministres devait fixer la durée des périodes dans lesquelles le nombre-indice de la période précédente devait servir à l’ajustement des salaires. Il était prévu
(1) Szturm de Sztrem — La question des salaires en Pologne pendant et après la guerre. R. I. T. Septembre 1924.
M EUUrS
que tout système plus avantageux pour les ouvriers que celui de la loi était autorisé, mais que les contrats prévoyant un système moins favorable ne seraient pas valables. L’ajustement automatique cesserait d’être obligatoire lorsque le niveau des salaires dépasserait en valeur or celui de 1914 (1). Certaines entreprises pouvaient néanmoins en être exemptées dans les cas de nécessité par le Ministre du Travail.
La loi avait été étendue à toutes les entreprises industrielles et commerciales, mais au début de 1924, la stabilisation monétaire en suspendit l’application.
Le système du salaire-or, qui consistait à fixer les salaires en termes d’une unité monétaire stable, le zloty, et à les payer en marks-papier au cours du change du zloty au jour de paie, avait été réclamé à diverses reprises durant les années précédentes par les milieux ouvriers et par le parti socialiste qui avait même proposé à la Diète un projet de loi en ce sens en juin 1923. À ce moment les organisations patronales s’y étaient opposées.
Le salaire-or fut mis en application après la stabilisation mais il eut une courte durée, car dès juillet 1924, le mark-papier était remplacé dans la circulation par le zloty.
La conclusion du B.I.T. est que le système de l’échelle mobile « a constitué durant toute la période d'inflation le moyen fondamental d'adapter les salaires au coût de la vie, bien que les propositions de le rendre universel et obligatoire n'aient pas eu à être appliquées » (2).
En Hongrie, la dépréciation de la monnaie a eu la même répercussion désastreuse sur le pouvoir d’achat des salaires que dans les trois pays précédents.
(1) Des dispositions semblables avaient été prévues en Allemagne à la suite des Directives du Ministère du Travail. Celui-ci avait d’ailleurs prévu que les parties pouvaient reprendre leur liberté d’acia dans le cas où le niveau ds prix mondiaux viendrait à être
épassé.
(2) Condition de vie des ouvriers dans les pays à change déprécié.
MUR es
L'adaptation des salaires au coût de la vie a été d'autant plus difficile qu’il n'existait pas de nombre indice officiel ou même privé jusqu’en 1921. Les anciens syndicats ouvriers, très affaiblis par la révolution, étaient d’ailleurs dans l'impossibilité de lutter contre le patronat qui s’employait de son mieux à les diviser.
À partir du 1° février 1921, la Fédération syndicale hongroise publia mensuellement l'indice du coût de la vie d’une famille ouvrière, en prenant pour base de comparaison les prix au 31 juillet 1914 (1). Cet exemple fut suivi de la publication par le « Pester Lloyd ». organe de l’industrie et du commerce, d’un nombre-indice de 57 denrées de consommation courante ayant pour base le milieu de juillet 1914. Enfin parut dans la même année le nombre-indice calculé par M. Dalnoki-Kovats, secrétaire de l’Association industrielle nationale, pour la consommation d’une famille de la classe moyenne inférieure et d’une famille d’artisans. Il est à remarquer qu'il s’agit uniquement d'initiatives privées (2).
En raison de l’augmentation du nombre des conflits dus à l'insuffisance des salaires, on proposa la création d’une fédération professionnelle mixte qui aurait été chargée d’améliorer les conditions de travail et de réorganiser l’industrie tout entière. Ce projet n’aboutit pas, et celui présenté par le gouvernement en avril 1923 à l’Assemblée Nationale pour la réglementation de la conciliation, de l'arbitrage, de la liberté du travail et des associations professionnelles échoua également.
Néanmoins ces essais obligèrent les employeurs à accepter de négocier directement avec les travaïlleurs et à utiliser les nombres indices du coût de la vie pour la fixation des salaires. Les syndicats ouvriers en demandèrent d’ailleurs l'adaptation automatique obligatoire en 1922. A cette date, quelques industries avaient déjà adopté le système.
(1) Cet indice, calculé par M. Gal, se rapporte au coût de la vie d’une famille ouvrière de cinq personnes, père, mère et trois enfants de douze, sept et un an et demi.
(2 L'indice de M. Dalnoki-Kovats porte sur le coût de la vie d’une famille de quatre personnes.
SRE RTS
Le principe de l'échelle mobile fut longuement discuté à l’Assemblée Nationale et par les associations d'employeurs comme par quelques économistes. Il fut rejeté, mais on reconnut la nécessité de tenir compte des nombres-indices dans le but de réduire les conflits. C’est ce qu’on fit dans les mois suivants.
A la suite de l'effondrement de la couronne, en août 1923, les ouvriers insistèrent à nouveau pour l'institution obligatoire de l'ajustement automatique. Bien que le gouvernement ait encore refusé d’acquiescer à leur demande, les conditions de vie des travailleurs se sont améliorées grâce aux efforts de la classe ouvrière. Le système de l’échelle mobile a été appliqué sur une assez large échelle et particulièrement dans l'artisanat, malgré l'absence d’un nombre-indice officiel. S’il l’a été plus rarement dans l’industrie, celle-ci a néanmoins été obligée de prendre en considération la hausse des prix, tout en la confrontant avec la situation écono-
mique (1).
(1) D. Pap — L'ajustement des salaires au coût de la vi i R.LT. Février 1995. Vie en Hongrie.