SAUT
ricde troublée, il faut tenir compte des substitutions possibles de nouveaux aliments ou d’addition de nouveaux aliments aux denrées rationnées. Et du simple point de vue pratique, nous verrons plus loin que le salaire de base peut tenir compte des exigences de la production. Au surplus, cette objection ne porte pas sur les nombres-indices des pays de l’Europe Centrale, qui ont pris pour base la consommation d’'après-guerre.
En Allemagne, en Autriche, en Pologne, les nombres-indices officiels expriment la hausse des dépenses nécessaires pour maintenir depuis l’avant-guerre un niveau de vie correspondant aux conditions de l'après-guerre. Ils tiennent compte d’une consommation réduite et substituent en partie aux articles d’avant-guerre des articles de qualité moindre.
La durée de validité d’un nombre-indice est évidemment difficile à définir, car elle dépend à la fois des conditions économiques et politiques d’un pays. Mais il est toujours possible de vérifier au moyen d'enquêtes budgétaires le niveau de vie pris pour base, de calculer une nouvelle série de nombres-indices si la nécessité s’en fait sentir et d’y adapter un nouveau salaire de base. Ici encore l’objection théorique n’est pas irréfutable.
La consommation des classes ouvrières varie d’une région à l’autre. La situation géographique exerce son influence sur le régime alimentaire et d’une façon générale sur l’ensemble des articles consommés. Le mouvement des prix n’est pas uniforme à l'intérieur d’un pays. Pour ces raisons, il paraît logique d'adapter les salaires au coût de la vie au moyen de nombres-indices calculés selon une pondération régionale ou locale.
Il n’y a cependant que les municipalités de certains pays qui aient calculé de tels indices. Les Services de Statistique centraux qui publient des indices particuliers à des villes ou régions déterminées utilisent la plupart du temps des pondérations uniformes qui sont appliquées au nombre-indice national. La Grande-Bretagne ne publie qu’un seul indice pour l’ensemble du pays. Les nombres-
PAL P LCL
indices des prix de détail calculés en Belgique pour les grandes villes et certaines régions sont établis sur une base unique, et c’est d'ailleurs le nombre-indice national qui a été le plus souvent utilisé. Il ne semble pas que l'ajustement des salaires à un nombre-indice unique ait soulevé des difficultés dans ces pays, où la population industrielle est très dense et où les conventions collectives sont souvent conclues sur une base nationale.
Par contre dans des pays où les régions économiques sont très différenciées, comme en France, on a eu recours à des indices régionaux. À l'inverse, les échelles mobiles de salaires en Pologne ont utilisé le nombre-indice de Varsovie et en Autriche on a employé le plus fréquemment celui de Vienne. Il est vrai que ces indices étaient les seuls chiffres officiels publiés par ces pays.
Ha
On a également soutenu que les salaires devaient être ajustés à un nombre-indice spécial à la profession considérée, étant donné que la consommation varie en quantité et qualité avec la profession. La répartition des dépenses n'étant pas la même chez les travailleurs manuels que chez les employés et fonctionnaires, il paraît préférable de ne pas lier leur rémunération'à une mesure unique.
Rappelons qu'Engel avait déjà formulé à la fin du XIX° siècle un certain nombre de lois relatives à l'influence du revenu sur la répartition des dépenses et que si certaines d’entre elles ont pu être contestées, on est encore maintenant d’accord sur la première, à savoir que :
« plus le revenu est élevé, plus est petite la proportion des dépenses consacrée à la nourriture ».
Il y a des professions qui nécessitent un habillement plus soigné que d’autres, des frais divers plus importants. Même parmi les professions manuelles, il est permis de penser que le métier exerce une influence. M. Halbwachs est toutefois d’un avis contraire (1).
(4) «… Nous n’avons aperçu aucune régularité ni aucune exception que
Let UE
Mais il est incontestable qu'un fonctionnaire moyen el un ouvrier qualifié de revenu égal ont des goûts et des habitudes différents.
Certains statisticiens se sont déclarés à diverses reprises partisans du calcul de nombres-indices particuliers à une classe de revenus ou à une profession déterminée.
A la deuxième Conférence Internationale des Statisticiens du Travail, M. Julin a exprimé l'avis « qu’il conviendrait de publier un nombre-indice pour les travailleurs non manuels, étant donné que leurs habitudes de consommation diffèrent de celles de la classe ouvrière et que parfois ils paient pour les mêmes articles des prix différents ».
nous puissions attribuer à l'influence du métier comme tel...
«Cela ne nous surprend point. Pour s'attendre au résultat contraire il faut penser que le métier laisse une empreinte si profonde dans le corps et la pensée que l’homme, hors de l’atelier et de l’usine, loin des machines, des instruments et des outils, demeure sous leur influence et en quelque sorte dans leur atmosphère ; il faut mettre au premier plan les besoins qui sont en rapport direct avec la grandeur et le mode de dépense de force occasionnée par le travail. Sans doute le travail industriel exerce sur le travailleur une influence négative ; l’ouvrier n’est capable de développer en lui des tendances telles que le besoin d’un certain luxe du logement, de la nourriture, du vêtement, la recherche des distractions spirituelles et le goût des plaisirs sociaux, que dans la mesure où ia fatigue physique et les habitudes mentales contractées dans le travail n’ont pas émoussé sa sensibilité, lui ont laissé assez d'énergie spirituelle et de spontanéité interne. Mais nous l’avons vu, l’ouvrier au travail est momentanément transporté hors de la vie et des relations sociales, mis en rapport avec des choses et des machines, ou avec des activités humaines qui s’identifient aux choses et aux machines, si bien que tout cet ensemble de forces ne peut exercer sur lui aucune action sociale positive. Or aucun besoin n’est purement physique ou individuel. Les besoins sont tous sociaux, c’est-à-dire orientés vers des buts que la société représente et propose à l’individu, en une large mesure, et d'autant plus que dans le groupe où ils se trouvent la vie sociale est compliquée et intense. Puisque la partie de la vie de l’ouvrier qui se déroule à l'usine ou dans l’atelier n’est point sociale, c’est tout-à-fait accidentellement et pour très peu de temps qu’on pourra parler, comme d’un groupe social, des serruriers, des forgerons, des ferblantiers (quant une discussion d’intérêt professionnel les groupera) et ce n’est pas à l’intérieur de tels groupes que se définiront des besoins et des habitudes de dépense sociales ».
«La Classe Ouvrière et les niveaux de la vie. » \ p. 234-285. ï