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cence sociale est plus restreinte. Mais dans leur ensemble tous ces conflits se traduisaient par une demande d'augmentation de salaires et avaient pour effet de diminuer la production ; et quoique les organisations ouvrières aient nié cette influence des grèves, il est évident qu’un arrêt du travail, lorsqu'il se prolonge, a un effet néfaste sur la production. :
Les solutions appliquées jusqu'alors n'empêchaient pas les conflits : les allocations familiales laissaient de côté le cas des salariés célibataires et ne suffisaient pas à compenser le renchérissement du budget des chargés de famille. Le salarié attendait en échange de son travail la somme nécessaire à son entretien et à celui de sa famille. S'il se voyait trompé par les variations des prix des denrées, il souffrait d’une inquiétude continuelle, qui le rendait accessible aux influences perturbatrices et portait atteinte à sa productivité. Une bonne partie de son temps était perdue dans d’interminables discussions avec les patrons et la production s’en ressentait.
Cette situation était particulièrement grave dans les pays de l'Europe Centrale, où la diminution des salaires réels avait conduit à un tel abaissement du niveau de vie que le rendement de la population ouvrière s’en était considérablement ressenti (1).
(1) «.… Le peuple est malade, et cette maladie du peuple se traduit tou- «jours plus ou moins dans ses actes, dans ses mesures législatives, «ses décrets, etc... Donnez du pain au peuple, vous lui donnez de «la santé, vous lui donnez par là du calme et vous lui donnez la «force économique en vue de la production et de l’accomplissement «des obligations qui lui incombent en vertu des traités de paix et «aussi, en définitive, en vue de la restauration des autres pays... »
(Extrait de la déclaration de M. Hermes, Ministre du Ravitaille- 1090) du Reich à une consultation du B.I.T. en date du 25 octobre
«. Pour accroître la production dans tous les domaines, la « question préalable est de savoir de quelles matières premières et «de quelles quantités de charbon on disposera et si l’on peut faire «des calculs à long terme ; l’autre face de la question est celle de « l'alimentation. Si on fournit à la population plus de nourriture, «la production augmentera et nous maîtriserons aussi le bolche- « VISMme ».
(Extrait de la déclaration de M. Stegerwald, ministre de la
À ce point de vue, l'établissement de l'ajustement automatique est à rapprocher de l'institution d'un salaire minimum reposant sur le principe du « living wage ». Il s'en rapproche encore à un autre égard : souvent les différences d'organisation des travailleurs conduisent à des différences de rémunération sensibles. L’institution de l'échelle mobile permettait aux syndicats les plus faibles d'obtenir plus que ne leur aurait donné une négociation libre (HE
Un système d'ajustement des salaires au coût de la vie permettait donc à la fois de diminuer les conflits et d'augmenter la production. Voici, en substance, à ce sujet une opinion patronale, celle de‘ M. Francis H. Byrd, Directeur de la Section des Relations Industrielles d’une importante association de maîtres imprimeurs de Chicago, employant de 9.000 à 10.000 salariés.
« Grâce à la clause d’ajustement automatique insérée, dans l'accord supplémentaire du 25 août 1919, une production continue
a pu être obtenue à un moment où les conditions de la demande dans l’imprimerie permettaient aux employeurs de se remettre sur
Prévoyance Sociale de Prusse à la consultation du B.LT. du 26 octobre 1920).
« Le facteur principal chez nous est, sans aucun doute, la sous- «alimentation. Les ouvriers ne sont pas capables de fournir un bon «rendement, pour la seule raison que la nourriture ne leur donne «pas les forces nécessaires ».
(Extrait de la déclaration de M. Brauns, ministre du Travail du Reich, le 26 octobre 1920).
Enquête sur la Production, t. IV, 1* volume, p. 307 et suivantes. De semblables réponses ont été faites par les gouvernements ou organisations privées des autres pays de l'Europe Centrale.
(1) Cf. Bulletin quotidien de la S.E.LE., du 31/3/22, qui rend compte des articles que le « Vorwaerts » avait publié sur l'échelle mobile :
« Quelques-uns défendent le système de l'échelle mobile, quoique, à vrai dire, sans beaucoup d'enthousiasme.
«Leur principal argument, c’est que les ouvriers ne sont pas tous également favorisés. Il en est qui n'arrivent que très difficilement à obtenir des augmentations en rapport avec celles du coût de la vie. Cela provient de ce que leurs syndicats sont faibles ou bien de ce que leur industrie est dans une situation peu prospère. C’est au fond le désir de l’égalité et de l’uniformité qui inspire ces partisans de l'échelle mobile ».
pied financièrement, après de nombreuses années de faible activité, et d'accorder des augmentations substantielles aux salariés ».
« C'était l'époque où les autres industries avaient à supporter de coûteux arrêts du travail en raison des troubles dûs principalement à la dépréciation du pouvoir d’achat des salaires nominaux. La cessation de la production durant cette période aurait été coùteuse aux patrons comme aux employés de l’imprimerie à Chicago. Ils réussirent cependant à stabiliser les conditions du travail en substituant à un marchandage collectif « grosso modo » une méthode plus exacte basée sur un procédé d'investigation des faits à intervalles spécifiés. A la vérité, quand les faits montraient que les employeurs avaient droit à une réduction des salaires, les unions résistaient, mais elles finissaient par capituler quand les faits étaient revus par un bureau d’arbitrage » (1).
C’est une erreur de penser que la loi de l'offre et de la demande suffira à l’ajustement des salaires, dit un autre employeur américain. « Supposons que dans une industrie donnée le niveau général des salaires soit fixé par la considération que la loi de l’offre et de la demande agit sur l'offre de travail. Dès que le coût de la vie s'élève, la pression qu'il exerce sur les employés de l’établissement en question les force à chercher un emploi ailleurs et finalement à s’en aller. On fait appel à de nouveaux hommes pour prendre leur place. Après qu’il en a été ainsi pendant un temps assez long pour convaincre les employeurs que les salaires sont trop bas, ces salaires sont élevés lentement, mais restent toujours derrière celui qui suffirait à faire disparaître cette situation. Le niveau des salaires atteint l'équilibre par ce moyen lent et coûteux. La différence entre les deux méthodes est mesurée par l'influence sur le coût de production d’un fort mouvement de la main d'œuvre résultant de cette première méthode ou d’un faible mouvement causé par l'adaptation continue des salaires au coût de la vie ».
(D) Carr, op. cit. p. 213 — L'accord du 25 août 1919 prévoyait un ajustement automatique de l'échelle des salaires pour toute élévation de
5 points de lindex-number du Bureau of Labor Statistics calculé pour Chicago,
CRUE Ne
« En approchant le problème de l'ajustement des salaires de cette manière, il se résout lui-même en un problème mécanique de stabilisation de forces. La force qui tire les employés d’atelier en atelier à la recherche d’un living wage est aussi réelle que la force de gravitation ».
« On a gaspillé beaucoup de temps, d'argent et d'activité en essayant d'établir une méthode qui contrebalancerait le changement du personnel. Les directeurs d'usine ont essayé des systèmes de bien-être, des systèmes de primes, etc... qui ont sans doute eu leur
effet. En déterminant les raisons principales du mouvement du
personnel, les remèdes peuvent être scientifiquement établis et appliqués. Coordonner les salaires et le coût de la vie est une méthode scientifique de résoudre le problème » (1).
D'autre part, lorsque la hausse des prix est due à l’augmentation de la circulation monétaire, l’industrie est stimulée par le fait que le niveau général des prix s’élève entre le moment où un article est fabriqué et celui où il est vendu. Cet écart équivaut à une réduction des frais de fabrication et détermine une inflation des profits qui sera d'autant plus grande que les salaires ne bénéficient pas d’un ajustement immédiat. Une adaptation automatique de ces derniers à la hausse des prix se traduirait par une augmentation du coût de production et atténuerait cette illusion de prospérité. Aussi a-t-on soutenu que les risques de surproduction s’en trouveraient diminués (2).
Mais pour certains, l'échelle mobile paraissait avoir également d'heureux résultats en période de baisse des prix.
Au point de vue économique d’abord, la diminution automatique des salaires était avancée comme un moyen de réduire la
(1) Carr. op. cit. p. 373. Holt Manufacturing Co Semi Annual Report on living costs. Mai 1921.
(@) Mrs Burns (Wages and the State), en étudiant l'adaptation du living wage à l'augmentation des prix, va plus loin et défend à ce point de vue un ajustement à la hausse future des prix, telle qu’elle peut être prévue par la connaissance de la situation économique.
durée de la crise de 1920, plus rapidement que ne l’eussent fait des diminutions résultant de négociations ordinaires. Tel était l’avis de l'Université de Prague :
«On a fait observer ci-dessus que la crise de la production, ellemême ordinairement accompagnée d’une diminution des prix, avait sa cause principale dans la disproportion existant entre les prix diminués des produits et les prix des moyens de production, notamment du travail, qui persisteront à se maintenir longtemps encore à l’ancien niveau. Si la crise doit donc être atténuée et courte et la faculté de concurrence avec d’autres pays maintenue, la baisse des prix doit être étendue le plus tôt possible aux prix des moyens de production, surtout aux salaires. On y parviendra d’une manière plus parfaite en déterminant périodiquement, de façon précise, le coût de la vie des ouvriers (index des prix) et en établissant un accord entre les entrepreneurs et les ouvriers, en vertu duquel le niveau des salaires devrait hausser ou baisser automatiquement avec le coût de la vie. En vue de l’atténuation desdites crises, il faut prêter l’appui le plus efficace à de tels accords. On pourrait objecter néanmoins que parfois même une diminution des salaires proportionnelle aux prix diminués ne suffit pas à assurer la rentabilité d’une entreprise. La chose est bien possible, mais, dans ce
cas il faut en rechercher la cause dans l'examen des autres éléments entrant dans les frais de production, qui n’ont pas encore baissé au
même degré que le prix des produits ; il s’ensuit qu'il faudra poursuivre la diminution desdits frais de production dans toutes les branches » (1).
Par contre, certains auteurs voyaient avant tout dans la crise de 1920 une crise de sous-consommation. En se plaçant par conséquent à un point de vue opposé, ils aboutissaient à la même conclusion. déclarant que c'était une erreur de remédier à la sousconsommation par une réduction du pouvoir d’achat de la classe ouvrière. Il fallait, au contraire, le maintenir constant et l'échelle mobile était le moyen d'y parvenir (2).
Du point de vue social, la réduction des salaires d’après la baisse de l'indice du coût de la vie devait, comme en période de
(1) Réponse de l'Université de Prague à l'Enquête sur la Production, en date du 25.VIII.21 — Enquête, t. V, 2° volume, p. 1072.
(2): En ce sens M. Roger Picard : « La crise économique et la baisse des salaires » — 1921.